AU COMTE DE MONTALIVET
MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR (1).
Fontainebleau, 13 octobre 1810.
Des malveillants ou des oisifs, et même des échos des journaux étrangers à la discrétion de l'Angleterre, répandent trop facilement toute espèce de faux bruits. Les contredire dans nos journaux a des inconvénients et n'a pas d'ailleurs la dignité convenable. Je désire que, toutes les semaines, vous fassiez une circulaire aux préfets pour leur faire connaître la vérité sur les bruits qui courent, et pour diriger leur langage et leur opinion. Vous leur recommanderez de garder vos dépêches pour eux, et de s'en servir pour tout
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7g LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉON I-. — 1810.
ce qui peut influer sur ropinion publique de leur département.
Je désirerais que votre circulaire eût pour but : I* de faire connaître notre système contre l'Angleterre; que ce n'est pas le besoin d'argent qui dicte au gouvernement ces mesures, mais le désir de faire du mal à l'Angleterre, et que l'avantage de ce système est confirmé par l'expérience; 2* de faire connaître l'état prospère des finances de la France. Les revenus de cette année montent à plus de 800 millions, comme l'établissent les comptes des ministres des finances et du trésor public, qui vont être publiés ; ce qui prouve le ridicule des faux bruits répandus dans plusieurs départements de la création d'un papier-monnaie, de cédules hypothécaires, de nouveaux impôts, de contributions même sur les fonds, dont les auteurs appliquent à la France les mesures désastreuses de l'Autriche, de la Russie, de la Prusse et de l'Angleterre.
Le troisième point doit rouler sur les affaires d'Espagne. Les armées françaises y sont dans le meilleur état et abondamment approvisionnées. L'armée d'Andalousie, qui occupe Séville, Grenade, etc., a plus de 90,000 hommes présents sous les armes, sous les ordres des maréchaux ducs de Bellune et de Trévise, du comte Sébastiani et du duc deDalmatie. L'armée de Portugal, sous les ordres du prince d'EssIing, des ducs d'Elchingen et d'Abrantès et du comte Régnier, a plus de 70,000 hommes sous les armes. Elle s'est emparée de Ciudad-Rodrigo, d'Almeida, et était, le 24, en présence de l'armée anglaise, qu'elle avait forcée de rétrograder de dix marches et qui paraissait se diriger sur ses vaisseaux. Une bataille était imminente, et les Anglais renforçaient leur armée, qui pouvait être de 36,000 hommes.
Vous leur direz que les bruits répandus contre le duc d'Abrantès sont calomnienx et fiinx; que ce général sert avec la pins grande distinction, et que la meilleure harmonie règne entre les généraux; que l'Aragon, qui était la province la plus animée de TEspagne, est la plus soumise ; que le général Suchet, qui a une belle armée, forte de 40,000 hommes, assiège Tortose et menace Valence; que le duc de Tarente s'étant porté sur Tarragone, quelques bandes en ont profité pour se répandre sur ses derrières et insulter quelques parties des frontières des Pyrénées ; que d'autres corps français nombreux occupent la Navarre, les Asturies, la Biscaye et autres provinces; que de quelques contrebandiers et des débris des armées espagnoles il s'est formé des bandes qui arrêtent les voyageurs, ce qui n'est pas étonnant dans un pays aussi étendu que l'Espagne ; mais que, du reste, les aifaires vont bien.
En les prévenant ainsi toutes les semaines contre les faux bruits qui courent, les principaux fonctionnaires des départements auront on langage fixe, et cela réagira sur Paris même.
Vous me présenterez ces lettres au travail.
MINISTRS DB LA POLIGB 6ÉNÉBALE (1).
Fontainebleau, 14 octobre 1810.
Vous m^avez remis trois rapports sur les journaux, deux aujourd'hui, et un il y a plusieurs jours. Ces rapports ne sont pas clairs et ne me donnent pas une idée suffisante de la situation des choses.
Je désire : 1* que vous me remettiez sous les yeux tout ce que j'ai fait, il y a plusieurs années, sur les journaux, et les ordres qu'a donnés le ministre de la police, lorsqu'on les a fait contribuer et qu'on leur a donné un rédacteur ;
â"" Que vous me fassiez un rapport très détaillé sur les sieurs Bertin de Vaux. J'ai dans l'idée qu'il est prouvé que les sieurs Bertin étaient en correspondance avec l'Angleterre ; que leur journal a été fondé avec les fonds des Anglais, et qu'ils ont toujours été ennemis du gouvernement. Je désire que vous me remettiez toutes les preuves que vous devez avoir contre eux, afin de bien m'éclairer. Car, si je me trouve fondé dans cette opinion à leur égard, mon intention est, non seulement de leur interdire leur propriété sur les journaux, sans leur donner aucune indemnité, mais encore de leur interdire tout droit d'imprimer, et de les éloigner à 50 lieues de Paris. Il serait par trop scandaleux que des intrigants, ennemis de l'État et à la solde de l'étranger, continuassent à exercer une influence quelconque dans les lettres.