‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 2)Chapitre 92 sur 263 · AU COMTE BIGOT DE PRÉAMENEU · texte numérisé non relu

AU COMTE BIGOT DE PRÉAMENEU

Paris, 20 janvier 1811.

J*ai reçu votre lettre avec le rapport du préfet de Savone du 10 janvier. Mon intention est que vous écriviez au préfet que le Pape ne doit se mêler de rien, et, comme il a lui-même proposé de ne se mêler de rien si on le lui signifiait, je vous autorise à lui faire faire cette signification. Le préfet doit lui faire connaître qu'il a été cause de Tarrestation de trois chanoines de Florence, de la confiscation de leur prébende, et de la même sévérité envers le chapitre d'Asti; que tous les chanoines et théologiens de France et d'Italie sont indignés des lettres qu'il a écrites aux chapitres ; qu'il est cause de l'arrestation du cardinal San-Pietro, du chanoine d'Astros, de l'abbé Fontana, de l'abbé Gregori, qui tous vont être éloignés, de manière qu'ils ne pourront jamais faire de mal ; que ces pratiques ténébreuses sont indignes d'un pape ; qu'il sera cause du malheur de tous ceux avec lesquels il correspondra; que, déclaré ennemi de l'Empire, il doit désormais rester tranquille, et, puisqu'il se dit luimême « arrêté » , se conduire comme tel et cesser de correspondre avec ses agents et avec ceux qui auraient noué quelque correspon-

(1) AFiv 888.

(2) Ibid. ^ Comte o'Hausson ville, L* Église romaine et le premier empire,

t. III, p. 522.

i08 LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉON I-. ~ 1811.

dance avec lui; qu'il est fâcheux pour la chrétienté et pour TÉglise d'avoir eu un pape aussi ignorant de ce que Ton doit aux souverains ; mais que, du reste, le bien s*opérera sans lui et que TÉtat ne sera point troublé.

Vous écrirez en outre au préfet de Montenotte qu'il ait à prendre toutes les mesures pour que le Pape ne puisse correspondre avec personne; pour qu'il ne puisse communiquer avec aucun voyageur et aucun commissionnaire quelconque; pour que les auberges de Savone soient surveillées, et enfin pour qu'on ne laisse rien passer. Vous lui ferez connaître que le ministre de la police lui écrira pour les personnes qui doivent être arrêtées, renvoyées ou conservées auprès du Pape.

MINISTRE DE LA POLICE GlÊNÉRALB (1).

Paris. 20 jaoYier 1811.

Je VOUS envoie les notes confidentielles du préfet de Montenotte sur les personnes qui composent la maison du Pape à Savone et sur leur caractère. Vous pouvez laisser au pape Porta son médecin, Palmieri dépensier. Campa fleuriste, Targhini cuisinier et Cotogni valet de pied. Donnez ordre au prélat Doria de se rendre à Naples auprès de sa sœur, et faites arrêter Ceccarini chirurgien, Soglia chapelain, Moiraghi et Morelli, valets de chambre, Rertoni valet de pied et Petroncini domestique du prélat Doria. Si le Pape a besoin d'un ou deux domestiques de plus, on les choisira Français, et dont on soit sûr. Vous aurez soin que, simultanément à minuit, tous les individus que je viens de vous indiquer comme devant quitter Savone, en partent sans voir le Pape. Vous recommanderez qu'on saisisse leurs papiers pour vous les envoyer ; ils doivent avoir conservé des pièces importantes. Tous ces individus pourront être envoyés à Fénestrelle, hormis ceux que vous ferez venir à Paris. Vous aurez soin de les garder au secret cinq à six mois avant de les mettre en liberté, afin qu'ils soient depuis longtemps séparés du Pape, lorsqu'ils rentreront dans la société. A leur arrivée à Fénestrelle, vous les ferez interroger; on en tirera quelque chose sur toutes les intrigues qui ont eu lieu. Le prélat Doria partira égale-

' (1) AFiv 888.

ment sans voir le Pape ; on le conduira en poste par Ancône jusqn*àNaples, où il devra demeurer auprès de sa sœur; il lui sera recommandé d'être sage, et vous en écrirez au roi de Naples. Quant à Porta et aux autres personnes que vous laisserez auprès du Pape, il faut bien leur faire connaître que la moindre intrigue qu'ils auraient au dehors sera sévèrement punie, et qu'il n'y va de rien moins que de la vie.

Voua réitérerez les ordres au préfet de Montenotte et au com* mandant de la gendarmerie de ne laisser le Pape correspondre avec personne, de bien surveiller les abords de Savone, ainsi que les auberges, et de s'assurer de toutes les personnes suspectes. Il sera même convenable d'observer les lieux où se rendront les domestiques qui resteront auprès du Pape, et, pour peu qu'ils se conduisent mai, de ne plus les laisser sortir de la maison et de les séquestrer tous.

INTENDANT GÉNÉRAL DB LA MAISON DB l'bMPERBUR (1).

Paris, 22janYier 1811.

J'avais fait mettre le séquestre sur Saint-Leu. Mon intention est que vous fassiez venir l'homme d'afifaires de la reine Hortense et que vous lui fassiez la remise de cette campagne, pour que la reine en jouisse pleinement et y fasse les dispositions qu'elle jugera convenables.

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