AU COMTE BIGOT DE PREAMENEU
Alençon. 2 jain 1811,
Je vous envoie les lettres de Savone, afin que vous ayez toujours la collection complète.
J'ai chassé de chez moi l'évéque de Séez; j'ai fait arrêter un de ses chanoines nommé Gallois, et le fais conduire à Paris; j'ai fait mettre le scellé sur ses papiers. Le secrétaire d'État vous enverra la démision de cet évéque. Il est impossible d'avoir un plus mauvais esprit que lui, et tout allait mal dans son diocèse.
MAJOR GÉNÉRAL DE l' ARMÉE d'eSPAGNE (3).
Saint-GIoud, 11 jain 1811.
Je VOUS prie d'aller voir le roi d'Espagne pour lui parler de la
(i) AFiv 891.
(2) Ibid,
(3) Ibid. — Rmme IkUiorique, t. X (1879), p. 370.
dernière audience diplomatique et de Tindécence avec laquelle se sont comportés plusieurs Français portant la cocarde espagnole. Vous lui direz qu'ils sont entrés en forçant la consigne, et sachant bien que je ne reçois pas les Français qui sont à un service étranger; que, heureusement, je ne les ai pas vus à Taudience, je les aurais fait chasser; que j'avais entendu, par recevoir les Espagnols, recevoir les trois ministres et quelques chambellans espagnols que le roi a amenés; mais que c'est sur la liste destinée pour le Moniteur que j'ai vu le nom d'un grand nombre de Français, entre autres le sieur Tascher, qui n'a pas même la permission de prendre la cocarde espagnole ; et que je ne sais même pas comment on peut porter une cocarde étrangère sans en avoir l'autorisation. Ce que je désire, c'est que Clary, Miot, Expert et les autres Français portés sur la liste partent demain pour Bayonne. Je ne m'oppose pas à ce qu'ils soient en Espagne ce que le roi veut ; mais je ne puis m'accoutumer à voir des Français venir faire de l'embarras à Paris sous le costume étranger. Le remède à tout est qu'ils partent aujourd'hui ou demain. Je ne vois pas quelle nécessité il y avait à ce que le roi amenât ce tas de gens avec lui.
Vous direz également au roi que je ne vois pas d'objections à ce qu'il parte; que, quant à mes dispositions, je persiste dans celles dont vous lui avez fait part ; cela doit donc lui servir entièrement de règle; que le temps prouvera, par la conduite qu'il tiendra, si le voyage de Paris lui a été utile, et s'il y a acquis la prudence nécessaire pour manier ces matières ; que, quant à Pargent, je ferai donner au roi des avances sur les sommes mensuelles que je lui ai promises, mais que c'est un argent bien mal employé que celui destiné à payer les voyages d'un tas de gens inutiles comme Miot, Expert, etc.
Saint-Cloud. 13 juin 1811.
Je vous envoie l'état des sommes que les villes de Hambourg» Brème et Lubeck ont payées à différents Français. Vous me ferez un rapport là-dessus.
Je vois que le sieur Bourrienne a reçu de Hambourg en 1806 :
(1) AFiv 891. — Mémoires d'un ministre du Trésor public, t. III, p. 329.
150,000 francs, en septembre suivant : 300,000 francs, plus bas : 45,000 francs; que l'inspecteur aux revues Brémond a reçu 250,000 francs, le consul La Chevardière 130,000 francs, le maréchal Brune 400,000 francs, une autre fois pour le même, 100,000 francs, et pour son secrétaire 40,000 francs, et diverses petites sommes à la suite du maréchal Brune; le commissaire des guerres Ricard 10,000 francs, une autre fois 10,000 francs ; qu'un payeur a reçu une fois 10,000 francs, une autre fois 10,000 francs; qu'il a été remis au sieur Durand 20,000 francs, une autre fois, 10,000 francs, au sieur Laborie une fois 70,000 francs, une autre fois 10,000 francs, etc., etc., etc. (1).
Mon intention est que vous preniez sur-le-champ inscription sur les biens de ces individus, et que vous lanciez contre eux des mandats, pour qu'ils aient à restituer toutes ces sommes, le trésor de Hambourg étant devenu celui de la France.
Vous aurez une conférence avec M. de Talleyrand, pour lui faire connaître qu'on a trouvé ces renseignements, et qu'il faut que ces fonds rentrent. Vous lui ferez comprendre que, s'il ne rend pas cette somme, vous serez obligé de le faire poursuivre, à moins qu'il ne se mette en règle auprès de moi.
Pour ce qui concerne le prince de Ponte-Corvo, il n'y a rien à faire dans sa position actuelle.
Quant au maréchal Mortier, vous aurez avec lui une conférence ; vous lui demanderez à quel titre il a reçu cette somme, et vous lui ferez comprendre que, s'il n'a pas de quitus de moi, vous serez forcé d'en poursuivre la rentrée. Je ne veux pas, pour cette somme, perdre cet ofGcier qui a conquis le Hanovre ; mais il faut que du n(\oins il se mette en règle.
Quant aux autres, j'entends qu'ils rendent tout.
Vous verrez que, sur Brème et Lubeck, M. Bourrienne y est encore porté pour des sommes considérables.
Si le général Rcubell a quelque bien en France, faites aussi prendre inscription sur tous.
Avant de rien commencer, faites-moi un rapport qui me fasse connaître la partie de cet argent dans laquelle vous présumez que le Trésor pourra rentrer, et ne donnez de ceci connaissance à personne.
(1) Sur les malversations commises ca Allemagne et ailleurs, voyez la Correspondance, n« 16891, 16918, 17036, 17082, 17257, 17317, 18111, 20138, etc., etc.
140 LETTRES INEDITES DE NAPOLÉOX l', - 1811.
Saint-Cloud. ISjoio I8II.
Je désire que vous demandiez le compte du produit des certificats de marchandises délivrés par le sieur Bourrienne à Hambourg, quel est le droit qu'il a perçu et quel en a été le produit. Ses papiers doivent maintenant être arrivés. Mon intention est qu*il compte de clerc à maitre, et que 75 pour 100 des droits qu'il a perçus soient versés dans la caisse des Relations extérieures pour servir à achever rhôtel du ministère.
Saint-GIoud. 22 jain I81I.
J'ai lu ivec intérêt l'état par ordre alphabétique des officiers (français et belges) au service d'Autriche. Je vous le renvoie. Il faut le faire faire par départements, l'envoyer aux préfets pour avoir des renseignements, et faire apposer sans délai le séquestre sur les biens de ces individus. Il faudra prévenir l'Enregistrement, afin que cette administration puisse faire saisir tous les biens et héritages qui viendraient à leur échoir.
Saint-Clond. 22 juin 1811.
J'ai reçu votre rapport du 20 juin. J'approuve que vous fassiez rentrer les 3,635,000 francs que doivent les villes hanséatiques et que pour solde de payement vous fassiez rendre par les particuliers ci-après, savoir : par le général Girard 250,000 francs; par
(1) AFiv 891.
(2) Ibid.
(3) Ibid. — Mémoires d'un ministre du Trésor public, t. III, p. 329.
le sieur Bourrienne 670,000 francs; par le général Allemand 20,000 francs; par le maréchal Brune 785,000 francs; par son secrétaire 99,000 francs; par le payeur Poulain 33,000 francs; par M. de Talleyrand 680,000 francs; par M. Durand 354,000 francs; par M. Laborie 80,000 francs; par M. Brémond 250,000 francs; par M. La Chevardière 131,000 francs; par le commissaire des guerres Ricard 38,000 francs; par M. Mathieu 72,000 francs; par M. Laforest 142,000 francs; par M. Chalopin 200,000 francs; total : 3,804,000 francs. Vous ferez poursuivre ces individus en restitution et prendrez des inscriptions sur leurs biens. Le remboursement du Trésor ainsi assuré, vous ferez prendre des éclaircissements sur les autres sommes. Il faut d'abord opérer ces recouvrements; après cela, nous aurons recours aux hommes (1).