A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE
Paris, 18 fëfrier 1810.
Faites connaître à mon ambassadeur à Madrid que j'ai donne Ordre que les quatre provinces de Catalogne, d'Aragon, de Biscaye et de Navarre formassent quatre gouvernements ; que j'ai donne les pouvoirs les plus étendus aux généraux qui y commandent, et que j'ai prescrit que les revenus de ces quatre gouvernements fussent versés dans la caisse de l'armée. Demandez mon décret au prince de Neuchàtel; vous l'enverrez à M. Laforest, et vous le chargerez de déclarer aux ministres du roi que c'est ma volonté, que l'Espagne offre des ressources suffisantes pour faire face à ces dépenses, et que je n'en puis douter, surtout voyant les folles (2) dépenses qu'on fait. Vous ferez connaitre à mon ministre, par une lettre en chiffres, que sa correspondance doit devenir plus active ; que mon intention est de réunir la rive gauche de l'Ebre à la France, peut-être même le pays jusqu'au Douro (3) ; qu'il veille à ce qu'on ne touche à aucun des biens appartenant aux familles condamnées, et qu'on ne permette la rentrée d'aucun de ces individus ; que, s'il en était par hasard question dans quelque traité ou capitulation, il s'y oppose et proteste contre; que je n'entends pas ratifier la grâce qui serait accordée à aucun d'eux, et que, partout où mes troupes les saisiront, elles les passeront par les armes ; qu'enfin il doit se mêler davantage des affaires, et parler aux ministres du roi, observer qu'on a donné des récompenses à des Français qui n'ont d'autre mérite que celui d'avoir suivi le roi ; que ces ressources sont perdues pour l'intérêt commun; que la guerre d'Espagne me coûte plusieurs centaines de millions, et que, au lieu de me trouver indemnisé des énormes dépenses que j'ai faites, je vois avec peine
(i) AFiv 883.
(2) Ce mot a été bifTé par l'Empereur sur la minute.
(3) ici Napoléon a biffé sur la minute : i Qu'on me blesse en parlant, tant qu'on le fait, d'intégrité; que c'est me défier et me jeter le gant; que cela est maladroit. »
prodiguer les ressources de l'Espagne à des favoris. Vous (l) enverrez au sieur Laforest le Moniteur de demain, pour qu'il y voit quels sont mes principes sur les princes français et que, lorsqu'ils oublient les liens qui les unissent à la France, j'ai le droit de les rappeler, ou de les faire agir d'abord pour l'intérêt de la patrie.