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LETTRE DICTEE PAR L'EMPEREUR

AU MINISTRE DBS CULTES POUR LES ÉVÊQUBS DÉPUTÉS A SAVONK (3)^

Paris, 9 fëvrier 1812.

J'ai remis à Sa Majesté la lettre du Pape; elle m'a chargé de vous en envoyer copie.

Sa Majesté n'a pas jugé convenable de repondre. Je vous avouerai inéine conOdcntiellement qu'elle a beaucoup de regret d'avoir, dans

(1) Dépôt des afTaires étrangères, vol. France 1790. — Baron Dm Casse, Supplément à la Correspondance,

(2) Jérôme, roi de Westphalie.

(3) Publiée par M. o'Haussok ville, t. V, p. 503.

des temps antérieurs, suivi une marche différente, et de s'être laissé induire à une correspondance directe avec le Pape.

En effet, toutes les correspondances qiie Sa Majesté est dans le cas d'avoir avec les têtes couronnées ne sont que de courtoisie et d'aménité ; des lettres de discussions, de reproches ne sont point dignes du haut rang où elle est placée.

L'Empereur écrira au Pape quand il aura des compliments à lui faire, des choses douces à lui dire ; mais pour des choses pénibles à entendre, il préfère que ce soit par la voix ministérielle. 11 est à regretter que le Pape n'ait pas suivi la même méthode, au lieu d'adresser directement à Sa Majesté une lettre qu'il savait ne pouvoir être aucunement satisfaisante. Une contestation directe est toujours plus fâcheuse que quand elle passe par des intermédiaires.

11 est convenable que vous manifestiez ces principes, dont vous comprenez facilement toute la justesse.

Une correspondance directe entre l'Empereur et le Pape doit être tout amicale, toute de procédé et de conciliation. Cependant que pourrait lui répondre l'Empereur? Que le bref qu'il a envoyé n'a pas été admis, comme plein de propositions équivoques et qui peuvent être interprétées d'une manière contraire aux canons et aux franchises et libertés de l'Eglise de France ; que les modifications à ce bref qui lui ont été envoyées sont sans inconvénients, puisqu'on y a évité d'y rien préjuger. Dire au Pape que les conseils des cent évêques dont les diocèses embrassent des nations formant les trois quarts de la chrétienté et y tenant le premier rang, ne sont d'aucun poids pour lui; qu'il leur préfère le sentiment des Pietro, des Pacca, que l'Empereur a été obligé de dégrader pour s'être déclarés les ennemis de l'Etat, ce serait lui dire qu'il manifeste une incapacité absolue. En effet, s'il eût marché sur les traces de Jésus-Christ, il eût été loin de faire dépendre le sort de l'Eglise de tel ou tel cardinal ; mais il se serait cru assuré de trouver dans un aussi nombreux concours d'évêques, successeurs des apôtres, les lumières qui doivent le diriger. Quand il éloigne leurs conseils pour ne s'en rapporter qu'à ceux qui ont déjà rendu son pontificat si funeste, il n'y a plus rien à espérer.

Sa Majesté ne pourrait se dispenser dédire au Pape qu'il manque à son devoir envers le souverain comme envers les évêques qui forment son conseil naturel, en ne voulant agir que par le conseil des rebelles, constitués, d'après la loi criminelle, en état d'accusation et de forfaiture. Sa Majesté lui dirait encore que, quand les députés du concile et les cardinaux ont été à Savone, elle leur a

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donné pour instructions d'une manière nette et positive qu'elle entendait nommer à tous les évéchés de son empire et de son royaume, le seul évéché de Rome excepté; et en se résignant à cette concession. Sa Majesté faisait beaucoup pour la conciliation ; carie clergé de Rome a, pendant un grand nombre de siècles, nommé au siège pontiGcal, et sa nomination était ensuite confirmée par TEmpereur. Lors donc que Sa Majesté s'est désisté de cette prérogative de sa couronne impériale, elle a fait un grand sacrifice aux préjugés, aux prétentions et à Famour-propre.

Le Pape demande la communication avec les fidèles; mais cette communication, comment Ta-t-il perdue? 11 Ta perdue par la violation de tous les devoirs de son ministère de paix et de charité. Il a maudit l'Empereur et l'autorité civile par une bulle dont l'original a été saisi à Rome. Est-ce pour maudire les souverains que Jésus- Christ s'est mis en croix? Est-ce là le principe du souverain Rédempteur? Cependant la condescendance de l'Empereur a été au point de se borner au dédain d'une excommunication ridicule par son impuissance, quoique criminelle par son intention. Il a laissé le Pape à Savone, maître absolu de communiquer avec les fidèles.

Quel usage a-t-il fait de son ministère? Il a envoyé des brefs pour soulever les chapitres, brefs aussi remarquables par l'ignorance des canons et des principes que par le caractère de malveillance. Il a donné des pouvoirs à di Pietro, cardinal qu'il savait être en exil et sous la main de la justice pour avoir tramé contre l'État. Il a bien fallu s'opposer à ce qu'un tel esprit se propageât; il a fallu prendre le seul moyen de se mettre à l'abri d'une pareille malveillance.

Le Pape demande la libre communication avec les fidèles ; mais dans quel esprit fait-il cette demande? Il voit de sang-froid et avec indifférence l'esprit de soulèvement qu'il a provoqué dans les Etats romains. Il sait qu'il s'est élevé dans le clergé de Rome deux clergés : l'un n'obéissant point au Pape, qui défend le serment, l'autre, qui, victime de son ignorance, est éloigné du pays comme ennemi de la tranquillité publique. Il sait qu'un millier de prêtres, gens d'ailleurs simples et bons, sont ainsi fanatisés par l'idée d'obéissance qu'ils croient lui devoir. A-t-il fait quelque démarche, a-t-il témoigné quelque intention de cesser de s'opposer a ce qu'ils rendent à leur souverain ce qu'ils lui doivent? A-t-il, par amour de la vérité, par amour de la religion, par amour de l'humanité, cherché à les arracher à une position aussi pénible? \on, rien n'a été fait ni proposé de sa part, qui tendit à ce but. Il n'y a donc aucune garantie qu'il ne continuerait pas de faire de son ministère un aussi mauvais usage.

A quoi servirait d'ajouter scandale a scandale, et comment l'Empereur serait-il assez peu sensé pour laisser libre la communication avec celui qui persiste ainsi à défendre de rendre à César ce qui appartient à César?

Lorsque cent évéques lui ont déclaré, dans un décret solennel, lorsqu'ils lui ont répété, dans une lettre pressante, que le salut de rÉglisc tenait à l'approbation de ce décret, et qu'une pareille intervention, presque sans exemple, n'a eu aucun effet, par quels moyens, par quels conseils entendrait-il remplir son ministère?

Le Pape a, il est vrai, écrit deux lettres à l'Empereur, et on peut en induire qu'il a renoncé à une excommunication démentie, sur la forme comme sur le fond, par l'opinion générale du clergé lui-même; mais en même temps il récuse tous les évéques de l'empire et du royaume d'Italie ; les seuls conseils qu'il veuille sont les cardinaux noirs, qu'il n'aura jamais. Si le Pape croit ne pouvoir rien décider sans eux, c'est sa faute ; s'il perd pour jamais en conséquence le droit d'instituer les évéques, c'est encore sa faute. La religion marchera sans son secours, et l'on s'aperçoit chaque jour davantage que son intervention n'est pas nécessaire, puisque, au défaut des évéques, les vicaires capitulaires gouvernent les églises.

On espère des troubles ; on a mal calculé l'esprit public, désormais trop éclairé. C'est de cette coupable espérance, déçue par les hommes, désavouée par la religion et par son divin auteur, dont le Pape sera comptable un jour. Il parle toujours de sa conscience ; mais l'Empereur n'a-t-il pas la sienne? La conscience est la propriété de chacun, sans qu'un autre puisse la dominer; mais chacun aussi doit éclairer la sienne ; et comment le Pape, ne se confiant pas dans ses lumières, rejette-t-il celle de cent évéques qui ont aussi chacun leur conscience?

Vous comprenez combien il serait au-dessous de la dignité de l'Empereur d'exprimer ces sévères discours au Pape. Sa Majesté plaint son ignorance, et elle a pitié de voir un pontife qui pouvait remplir un si grand et si beau rôle, devenir la calamité de l'Église. Il a pu conserver tous les avantages dont la papauté avait la possession ; il a fini par rompre pour les préjugés et malgré ce qui lui était prescrit par les doctrines de l'Eglise.

Dans les trois jours après la réception de la présente lettre, ayez une acceptation pure et simple qui embrasse tous les évéchés, hors celui de Rome, ou, à défaut de cette acceptation, quittez Savone. L'évéque de Plaisance pourra s'en retourner à son diocèse ; les autres dont le siège est moins éloigné de Paris s'y rendront. Les cardinaux

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recevront aussi Tordre d'y revenir; quant à Fcvéque d'Ëdesse, il pourra se retirer d'où il est venu.

Vous aurez soin de notifier au Pape, dès qu'il aura refusé, que, le bref n'ayant point été ratifié, l'Empereur regarde les concordats comme abrogés et ne souffrira plus que le Pape intervienne dans l'institution canonique des évéques. L'institution canonique n'est, au vrai, qu'une usurpation de la cour de Rome. Ce sera un service rendu de mettre un terme à ces vaines subtilités, aux ennuyeuses discussions des prétentions de cette cour, qui ont presque toujours tourmenté et fatigué les souverains.

Je ne puis que vous répéter qu'aucune modification ne sera faite au décret du concile. Je vous ai envoyé un projet ; si le Pape l'adopte, le bref sera reçu ici ; mais le moindre changement ne serait pas admis. S'il ne veut pas de ce bref, qu'il confirme seulement le décret.

L'espérance de prolonger, de délayer, de finasser, que pourrait avoir le Pape, ne mène à rien et ne pourrait que l'égarer. De la simplicité, de l'abandon, une véritable espérance dans la loyauté de Sa Majesté, sont le seul parti qui lui reste à prendre. Sa Majesté connaît toutes ces matières mieux que le Pape, et trop bien pour qu'elle puisse jamais s'écarter de la route qu'elle s'est tracée. Le Pape devrait, comme elle, très facilement prévoir que les conciles provinciaux finiront par instituer les évéques; que les évéques reprendront la plénitude des pouvoirs inhérents à leur caractère ; que la religion sera maintenue, qu'elle prospérera; que le Pape perdra seul toutes ses prérogatives, résultat d'habileté, de persévérance, de ruse et d'adresse pendant un aussi grand nombre de siècles. Les Papes ont emprunté le secours du bras séculier des princes pour accroître l'autorité pontificale au préjudice de celle des évéques. Le bras du souverain et l'incapacité du Pape actuel rétabliront les évéques dans tous leurs droits. Le résultat sera plus ou moins médiat ou immédiat ; mais il sera infaillible autant qu'il est à désirer.

En effet, dans la fausse direction où Sa Majesté voit le Pape, elle préfère autant qu'il n'adopte pas le décret, afin que, s'il refuse, il demeure couvert de la honte de son ignorance. Et s'il ne se croit pas suffisamment autorisé, suffisamment éclairé par le Saint-Esprit et par les cent évéques, pourquoi ne se démet-il pas, en se reconnaissant incapable de distinguer ce qui est du dogme et de l'essence de la religion de ce qui n'est que temporel et variable? Cette distinction, si simple qu'elle serait entendue par le premier séminariste, si

le Pape ne la comprend pas, pourquoi ne descend-il pas de sa propre volonté de la chaire pontificale, pour la laisser occuper par un homme plus fort de tête et de principes, qui répare enfin tous les maux que le Pape a faits en Allemagne et dans tous les pays de la chrétienté?

Paris. 9 février 1812.

Je VOUS invite à faire connaître à mon ministre à Cassel le décret par lequel toute insulte faite à mes soldats dans le territoire de la Grande Armée est déférée au jugement d'une commission militaire française. Je suppose que vous avez reçu ce décret. Donnez-en également communication à M. de Saint-Marsan.

11 est nécessaire que mon ministre à Cassel fasse connaître que je suis très mécontent de la ville de Brunswick, et que, à la première faute dont elle se rendra de nouveau coupable, je la mettrai hors de ma protection, pour qu'on en fasse un exemple si sévère, que les enfants des habitants s'en souviennent dans cent ans.

Paris, 12 fëtrier 1812.

Note confidentielle. — Sa Majesté Impériale et Royale, voulant faire une chose agréable au roi de Westphalie, son auguste frère, a ordonné que ce qui reste dû par la Westphalie, sur la solde des 12,500 hommes de troupes françaises qu'elle est chargée d'entretenir, montant pour 1811, après déduction faite de 450^000 francs que le trésor westphalien a payé à compte, à la somme de 2,499,761 francs 88, soit 'payé par le trésor impérial jusqu'à concurrence de 2,494,745 francs 05. 11 reste, par conséquent, pour compléter la solde, à payer par le gouvernement westphalien une somme

(1) Dépôt des affaires étraDgères, vol. France 1790.

(2) Baron Du Casse, Supplément à la Correspondance.

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de 5,026 francs 83, an prompt payement de laquelle le ministre de France est chargé de demander qu'il soit pourvu sans retard.

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