A JÉRÔME XAPOLÉOX
ROI DE WBSTPHALIB (1).
Wilna, 8 juillet 1812. à cinq heures du matin.
Il résulte des renseignements du prince d'Eckmiihl que Platow, après avoir marché sur Iwié, faisait sa retraite, le 6 au soir, sur Nicolaïew, que la cavalerie ennemie qui était à Kamen paraissait également en retraite ; que si vous aviez su les premières notions de ce métier, vous auriez été le 3 au même lieu où vous étiez le 6, et bien des événements, résultats des calculs que j'avais faits, m'auraient faM faire une belle campagne. Mais vous ne savez rien, et non seulement vous ne consultez personne, mais vous vous laissez guider par de petits motifs. Croyez que tout est à jour; je vous rendrai justice, quand vous le mériterez. Mais, jusqu'à cette heure, je suis bien mécontent de tous les motifs qui vous dictent ces petites mesures. Tout porte a penser que Bagration se retire par Xeswisch. Cessez de tenir les ailes du prince Poniatowski et de Latour-Maubourg. Ce n'est pas seulement la cavalerie légère qu'il faut donner
(i) Publiée en partie dtns les Mémoires du roi Jérôme, t. V, p. 517, et en totalité par M. le baron Do Gassb, Supplément à la Correspondance.
à ce dernier, mais toute la cavalerie. Agissez vigoureusement et vivement, et ne rougissez pas de consulter sur ce que vous ne savez pas. Élevez-vous à la hauteur des succès et du bien de Tarmée, et étouffez toutes les petites vues secondaires.
Moscou, 5 octobre 1812.
Je VOUS renvoie ces dépêches. Il me parait extraordinaire que cette personne ait pu prendre cela sur elle. Je ne puis pas m'empécher de reconnaître que c'est écrit avec esprit et facilité ; mais je ne connais pas assez Thomme pour pouvoir ajouter foi à ce qu'il dit ; car enfin, avec Tesprit qu'il parait avoir, il pourrait avoir imaginé tout ceci pour se faire accréditer. Je crois me souvenir qu'il a été employé, il y a dix ou douze ans, auprès des tribunaux de l'amirauté anglaise, et qu'il a procuré le relâchement d'une douzaine de bâtiments à Hambourg, qu'il a fait restituer, et sur lesquels il a eu une part de plusieurs centaines de mille francs. Cela étant, il n'est pas dans ma manière d'agir de lui donner des pouvoirs comme commissaire pour l'échange ; mais je ne m'oppose pas à ce que vous l'employiez comme agent secret et à ce que vous le renvoyiez à Londres pour traiter toute espèce de question. La manière la plus simple de m'acquitter envers lui est de le payer. Je pense donc que vous devez le faire venir à Wilna, causer longuement avec lui, après quoi le renvoyer par la Suède, par le Danemark ou de toute autre manière en Angleterre.
Quant au fond de la question, je pourrai me décider à envoyer un commissaire français à Londres ; car je ne veux pas de commissaire anglais en France. L'agent pourrait donc être chargé de dire que, si on veut lui donner des passeports pour l'arrivée d'un commissaire français, il les fera passer. Toutefois il faut qu'il soit bien établi que je ne veux pas me relâcher du principe d'un échange simultané.
(i) Dépôt des affaires étroogères, vol. France 1790.
Doubrovna, 18 novembre 1812.
Je suis depuis cinq jours sans estafettes. J'apprends que le 16, Tennemi est entré à Minsk. Où était alors le prince Schwartzenberg ? Je rignore. Le 16, le duc de Bellune n'avait encore rien fait.
Depuis la dernière lettre que je vous ai écrite, notre position s'est gâtée. Des gelées et des froids rigoureux de 16 degrés ont fait périr presque tous nos chevaux, c'est-à-dire 30,000. Nous avons été obligés de brûler plus de 300 pièces d'artillerie, et une immense quantité de caissons. Les froids ont beaucoup augmenté les hommes isolés. Les Cosaques ont proGté de cette nullité absolue de notre cavalerie et de cette nullité de notre artillerie pour nous inquiéter et couper nos communications, de manière que je suis assez inquiet du maréchal Xey, qui était resté en arrière, avec 3,000 hommes, pour faire sauter Smolensk. Du reste, quelques jours de repos, de bonne nourriture, et surtout des chevaux, et un matériel d'artillerie nous rétabliront. L'ennemi a sur nous l'habitude et l'expérience des mouvements sur la glace : ce qui lui donne, l'hiver, des avantages immenses. Un caisson ou une pièce que nous ne pouvons pas faire monter au moindre ravin sans y perdre 12 à 15 chevaux et 12 à 15 heures, eux, moyennant des patins et autres équipages faits exprès, les enlèvent plus vite que s'il n'y avait pas de glace.
Donnez de nos nouvelles à Paris. Voyez l'artillerie que nous pouvons nous procurer à Kowno et à Wilna, et écrivez à Dantzick qu'on prépare les caissons et équipages de campagne qu'il y aurait, pour nous les envoyer. Voyez aussi ce qu'il y a à Modlin et dans les places du grand-duché.
Selitchë. 2 décembre 1812.
Il est nécessaire que vous disiez au gouverneur de Wilna de
(1) AFiv 896. — Une traduction allemande de cette pièce a été donnée dans la Neue Frète Presse de Vienne du 27 juillet 1881
(2) AFiv 896.
LETTRES IXEDITES DE NAPOLEON I". — iSlî. 203
prendre des mesures particulières pour qa^ancun courrier extraordinaire, expédié par qui que ce soit, agent d^administration ou spéculateur, ne passe à Wilna. S'il en passait, on les retiendrait, et ce ne serait qu'après s'être assuré du contenu de leurs dépêches qu'on les laisserait passer.