‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 3)Chapitre 185 sur 280 · AU BABON BEINHABD · texte numérisé non relu

AU BABON BEINHABD

MINISTRE PLéxiPOTBNTIAIRB PRÈS LE ROI DE WESTPHALIE (1).

Uayence, '20 tml 1813.

Je reçois votre lettre du 18 à 11 heures du soir, avec une apostille du 19 à 6 heures du matin. Je vous recommande de m'instruire de tout ce qui se passe, en distinguant bien ce qui est bruit et rumeur de ce qui vous paraît sûr.

Le prince de la Moskowa est arrivé le 17 au soir à Erfûrt, et il a dû faire occuper Weimar le 18. Je compte incessamment être moimême à Ëisenach.

Je ne puis pas comprendre comment l'ennemi ferait un mouvement sérieux sur Cassel; ce doit être un fantôme ou des partisans.

Profltez de cette circonstance pour faire comprendre au roi combien sa position est insensée ; que si, dans ce moment, il avait une garde de 600 cavaliers français, de 3,000 fantassins français et une ou deux compagnies d'ariillerie française, il serait maitre de son royaume et à l'abri de tout. Le roi d'Espagne et le roi de Naples n'y ont pas manqué. Moi-même, dans mon royaume d'Italie, j'ai eu une garde française jusqu'au moment où l'esprit de l'armée italienne est devenu si bon, que cette précaution s'est trouvée inutile, et d'ailleurs je ne demeurais pas dans le royaume. Le gouvernement du roi lui est contesté par les anciens souverains, et même n'a jamais été reconnu par une des grandes puissances prépondérantes, l'Angleterre; comment, dans cette situation, n'avoir pas

(1) AFiv 899.

adopté le parti, que je lui ai conseillé et qui était si politique, de se composer une garde sûre et qui ne pût jamais le trahir? Je pense que c'est facile à réparer aussitôt que faire se pourra ; mais il y aura eu un temps précieux de perdu. Si cela avait été fait il y a six ans, la garde westphalienne serait superbe, au lieu qu'aujourd'hui elle ne pourra se composer que de conscrits. Mieux vaut cependant tard que jamais. Le roi de Westphalie sera toute sa vie incertain de son trône; car l'Angleterre, même après avoir fait la paix et reconnu son existence, ne voudrait plus le reconnaître, si une nouvelle guerre venait à éclater. Les rois de France ont eu des gardes suisses, parce que les Français étaient trop fréquemment Bourguignons ou Armagnacs. Dans tous les pays du monde, on a eu des gardes étrangères, et certes c'est surtout dans les circonstances où se trouve le roi de Westphalie qu'il en fallait une. Le grand défaut du roi, c'est de connaître peu l'histoire, les principes de la politique, et de marcher en jeune homme. En voilà le résultat : c'est qu'avec une armée de 15 à 20,000 hommes, il est sur le point d'être chassé de sa capitale, probablement par deux ou trois escadrons de mauvaises troupes. Qui aurait pu trouver étrange que le roi formât une garde française? Il est même un temps où j'ai voulu l'exiger pour la dignité de mon sang ; mais les idées fallacieuses qu'on a données au roi qu'en cela on pouvait attenter à son indépendance, m'en ont empêché. Comme si l'indépendance n'était pas plutôt un fait qu'un droit !

Je désire que vous fassiez germer ces idées, et que le roi sorte enfin de cette ridicule situation, en plaçant sa personne sous la garde d'une bonne troupe française.

Weissenfels. 1" mai 1813.

^ Je vous avais chargé, il y a quatre mois, de faire passer 1 million* à Varsovie; vous n'avez pas pu réussir dans cette opération. Je vous avais chargé de faire passer 500,000 francs à Cassel, et je les avais mis à cet effet dans votre crédit d'avril et de mai ; vous n'avez pas encore pu réussir à cette mission. Vous m'écrivez lettre sur lettre, et n'arrivez à rien ; je ne puis pas concevoir tout cela.

(l) AFiv 899.

Weissenfels, !•' mai 1813.

Vous faites venir un tas de vieilles sottes du faubourg Saint-Germain à Toccasion de Sabran, et vous en parlez tant que vous donnez de Timportance à cette misérable affaire. Vous vous faites moquer de vous par tous ces gens qui disent que vous les appelez, non pour les interroger, mais pour les entendre. Je ne comprends rien à cette conduite. Ce Sabran n'est pas un conspirateur; ce n'est qu'un polisson qu'il fallait faire fouetter et envoyer à Vincennes ou ailleurs, mais dont il ne fallait pas parler. Il faut plus de conduite dans la police d'un grand empire, et surtout moins parler. Ils disent devant vous tout ce que vous voulez, et derrière ils s'en moquent.

Borna, 5 mai 1813.

Écrivez au roi d'Espagne pour lui réitérer des ordres, afin que, s'il est vrai que les Anglais ont retiré des troupes, il se porte sur les frontières du Portugal pour menacer le pays ; que je vois avec peine qu'il fasse le contraire de ce qui lui est prescrit, de sorte que, tandis que je laisse mes troupes en Espagne, les Anglais peuvent retirer les leurs ; qu'agir de cette manière, c'est absolument trahir les intérêts de la France.

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