IMPÉRATRICE-REINE ET RÉGENTE
Dresde. 11 mai 1813.
Mon usage est de ne jamais rien communiquer à la cour des nouvelles que je reçois. Je pense que vous devez le maintenir. Les nouvelles qui arrivent de l'armée doivent paraître d'abord dans le Moniteur. Seulement, vous pourrez en parler aux ministres, si vous avez un conseil dans l'intervalle, ce qui n'empêche pas que, si les nouvelles ont quelque intérêt extraordinaire, vous les puissiez dire en conversation; mais il ne faut jamais rien lire.
lOOi. — AU PRINCE CAMB ACERES,
ARCHICHANCELIER DE l'eMPIRE (3).
Dresde. 11 mii 1813.
Je reçois votre lettre du 5.
Il est tout simple que le serment des évêques soit prêté entre les mains de la régente. Il est tout simple également que la régente accorde les frais d'établissement aux évêques comme c'est l'usage.
(1) AFiv 899.
(2) Ibid. — L. Ht, Brotonne, dans la Nouvelle Revue, t. LXXXVI (1894).
(3) Al-'iv 899.
Î40 LETTRES INEDITES DE XAPOLEOX I-. — 1813.
Je désire que vous me fassiez une note sur le remplacement du grand juge, si cela devenait nécessaire. Faites des recherches dans toutes les cours; il faudrait un homme d*un grand talent.
Je suppose que le ministre de la guerre ne fait rien mettre au Moniteur des nouvelles officielles de Tarmée d'Espagne, qu'auparavant il ne Tait soumis à la régence. Il est bon, toutefois, que cela paraisse comme extrait des lettres du ministre de la guerre, puisque c'est la marche naturelle, et qu'on n'a adopté une autre forme pour les nouvelles de la Grande Armée qu'a cause que c'est moi qui la commande. Il n'en est pas moins nécessaire que la régente connaisse d'abord ces nouvelles et puisse juger si elles doivent être imprimées, puisque, quelquefois, il peut y avoir de l'inconvenance dans telle ou telle rédaction.
1005. — AU PRIXCE DE XEUCHATEL,
MAJOR GÉNÉRAL DK lA GRANDE ARMÉE (1).
Rosnig, 30 mai 1813
Ecrivez au prince d'Eckmiihl que, la 32* division étant hors de la constitution et lui se trouvant revêtu de pouvoirs extraordinaires, il est maître d'y imposer toute contribution qu'il jugera convenable ; que les réclamations des préfets ne sont pas fondées, et que tout ce qu'il fera sera bien fait, pourvu que tous les fonds soient levés régulièrement, soient versés dans les mains des préposés du Trésor, et que les payements soient faits sur les ordonnances des agents des ministres de la guerre et de l'administration de la guerre. Toute cette division est coupable, ainsi qu'il a été jugé lorsqu'on l'a placée hors de la constitution. Dans cette situation des choses, les préfets doivent obéir à ses ordres et les faire exécuter.
Neumtrkt. P^juiii 1813.
Je reçois votre lettre. Il n'y a rien à faire qu'à gagner du temps
(1) AFiv 899.
(2) AFiv* 56.
LETTRES INEDITES DE N.^IPOLEON I-. — 1813. 241
D'abord, étant à cheval, et probablement à Breslau, je n'aurai pas encore reçu cette lettre, et, par ce moyen, gagnez trois ou quatre jours. L'armistice se négocie dans ce moment; je ne sais s'il réussira. Si on le conclut, je vous en instruirai sur-le-champ.
Je suppose que M. de Stadion tient sa cour très instruite de toutes ces démarches. Il est bon que vous n'en disiez rien au comte Bubna. Vous pouvez lui dire qu'il n'a pas tenu à moi d'éviter la bataille de Wûrtschen; que j'avais proposé d'envoyer le duc de Vicence pour essayer des ouvertures d'armistice, sans en faire cependant des propositions positives, vu que, à la veille d'une bataille, on attache toujours quelque motif d'infériorité à ces sortes de propositions. Fixez cela, pour que cela serve à sa correspondance avec Vienne. Tâchez aussi de voir s'il n'a pas d'autres propositions à faire que celles qu'il a faites. Il semble que, s'il n'avait que celles-là, il se serait moins embarrassé que ses instructions fussent prises par l'ennemi ; car je pense qu'il n'en pouvait pas recevoir de meilleures aux yeux du cabinet russe. Donnez-lui aussi des détails sur la bataille de Wûrtschen, pour qu'il les puisse transmettre, et tâchez de pénétrer toutes ses instructions. Je compte éviter de le voir. Si l'armistice ne se fait pas, les circonstances de la guerre justifieront cela suffisamment ; s'il se fait, je vous renverrai à Dresde, où je serai censé venir et où je n'irai pas.
Vous pouvez essayer bien doucement de voir quel serait le côté d'avantages qu'il y aurait pour moi dans cette paix; car, pour qu'elle paraisse honorable, il faut qu'il y ait quelque chose pour moi. Il faut tâcher de le faire parler. Si vous n'en tirez rien, vous pourriez vous jeter sur les généralités et les lieux communs de choses à obtenir contre l'Angleterre.
Avez- vous des nouvelles du Danemark et du côté de Hambourg?
Ncumarkt, 2 juin 1813.
Désirant vous écrire en chiffres, je serai très concis.
Il faut gagner du temps. Pour gagner du temps sans indisposer
(1) AFiv 900. — Une traduction allemande de cette pièce a été publiée dans la Neue Freie Presse de Vienne du 27 juillet 1881.
Î42 LETTRES INEDITES DE NAPOLEOX I-. — 1813.
l'Autriche, il faut tenir le langage que nous tenons depuis six mois : que nous pouvons tout faire, si rAutriche est notre alliée. Metternich déclare que Talliance subsiste, et il propose de négocier un traité pour remplacer les articles secrets, que, de sa propre autorité, il déclare annulés. Travaillez à cet ouvrage; battez la campagne, et gagnez du temps sur ce texte.
Parcourez le traité d'alliance pour voir les articles que TAutriche veut conserver. Veut-elle conserver l'intégrité de l'Empire? la garantie des deux États? l'article relatif à l'intégrité de l'empire ottoman? etc. Vous pouvez sur ce canevas broder deux mois et donner lieu à vingt courriers.
On négocie l'armistice. Si l'armistice n'avait pas lieu, je désirerais que vous vous rendissiez à Dresde, afin d'être dans la position qui convient à un ministre qui a tant de papiers et tant de relations.
Je vous écrirai demain.
Neamarkt, 4 juin 1813.
Je suppose que vous ne favorisez plus la correspondance du chargé d'affaires d'Autriche avec l'Angleterre. Si cette correspondance continuait, vous m'enverriez les dépêches qui viendraient ou qui iraient. Voyez le ministre de la marine pour cela.
Buniltu, 7 juin 1813.
Je n'ai pas besoin de vous dire que vous devez désarmer les habitants [de Hambourg], vous emparer de tous les fusils, sabres, canons et de toute la poudre, faire des visites domiciliaires si cela est nécessaire, et utiliser le tout pour la défense de la ville. Je n'ai
(1) AFiv 900.
pas besoin de vous dire non plus que vous devez presser tous les matelots, au nombre de 3 à 4,000, et les envoyer en France; que vous devez presser également tous les mauvais sujets et les envoyer aussi en France, pour être incorporés dans les 127% 128' et 129* régiments. Débarrassez ainsi la ville de 5 à 6,000 hommes et faites peser le bras de la justice sur la canaille, qui parait s'être on ne peut plus mal comportée. Pour les autres dispositions, je m'en rapporte à la lettre chiffrée du major général, en date du 7 mai.
MINISTRE DE LA POLICE CéNÉRALE (1).
Dresde, 10 juin 1810.
Je VOUS envoie des lettres ; le ministre des relations extérieures vous envoie les originaux. Il faut sur-le-^hamp mettre le séquestre sur les biens du sieur Alexis de Noailles, qui parait être Tagent des princes près les Suédois. Il faut également faire saisir les biens de ceux qui en auraient et se trouveraient compromis dans cette correspondance. Mais, du reste, il faut n'en rien faire; cela n*en mérite pas la peine.