AU PRIXCE BORGHESE
GOUVERNEUR céxÉRAL DES DÉPARTEMENTS AU DELA DES ALPES (3).
Parif, 6 janrier 1811.
Le Pape a profité de la liberté que je lui ai laissée à Savone pour semer parmi mes sujets la rébellion et le désordre. Je m'étais contenté, (jusqu'à ce que la grande question de l'institution canonique ait été décidée (4),] que les évéques que j'avais nommés administrassent au nom du chapitre et comme vicaires capitulaires, conformément aux maximes de l'Eglise et à ce qu'ont fait Louis XIV et d'autres souverains de l'Europe.
Cependant le Pape, [inspiré par l'esprit de désordre qui le carac
(2) ibid. — Mémoires du prince Eugène, t. VII, p. i08.
(3) AFiv 888.
(4) Les passages mis entre crochets ont été biffés par TEmpereur sar la minute primitive.
J.ETTRES LVEDITES DE XAPOLEOX l", — 1811. 103
térise,] a, par des menées sourdes et séditieuses, fait parvenir aux chapitres de Paris, de Florence et d'Asti des brefs contraires aux lois de l'Empire [et du reste de TEurope, puisque les souverains, sentant la nécessité de se mettre à Tabri des mouvements atrabilaires des papes, avaient défendu qu'aucune communication ait lieu avec eux sans leur permission. Le Pape a d'autant plus tort dans cette question que, même selon l'opinion des ultramontains, il n'a pas le droit de modiGer les délibérations du chapitre pendant la vacance des sièges ; cela est bien plus contraire encore aux libertés de l'Église gallicane.]
Voulant garantir mes sujets de la rage et de la fureur de ce vieillard ignorant et atrabilaire, je vous ordonne par la présente de lui faire notifier que défense lui est faite de communiquer avec aucune église ni avec aucun de mes sujets, sous peine de désobéissance de sa part et de la leur.
V^ous oterez de la maison du Pape les individus suspects ; vous ne laisserez que le nombre de personnes nécessaires pour son service, et vous n'y souffrirez la visite de qui que ce soit. Vous prendrez des mesures pour augmenter la garnison de Savone. Vous aurez soin de faire enlever tous les papiers du Pape, livres et documents, que vous ferez transporter à Paris. Si le Pape se portait à des extravagances, vous le feriez enfermer à la citadelle de Savone, en prenant soin d'y faire mettre des vivres à l'avance et de la munir de tout ce qui est nécessaire.
Prenez des mesures pour l'exécution de ces ordres. Le préfet ou tout autre sera chargé de lui faire les notifications [par écrit] et de lui dire [que je ne le reconnais plus pour pape, et] qu'il cesse d'être l'organe de l'Église, celui qui prêche la rébellion et dont l'àme est toute de fiel.
Vous sentez l'importance de ces mesures. J'ai envoyé un officier de gendarmerie à Savone ; il vous sera facile de tirer de la légion une trentaine de vieux gendarmes pour les charger de l'exécution de ces ordres. [Le temps de louvoyer est passé.] Puisque rien ne peut rendre le Pape sage, il verra que je suis assez puissant pour faire ce qu'ont fait mes prédécesseurs et déposer un pape.
Il faut que la visite des papiers du Pape se fasse avec adresse. Vous ne lui laisserez ni papier, ni plumes, ni encre, ni aucun moyen d'écrire. Vous lui donnerez quelques domestiques français et lui ôterez les mauvais. D'ailleurs, les gens de sa maison peuvent aussi être consignés.
104 LETTRES INEDITES DE NAPOLEOX I". — 1811.
MINISTRE DE lA POLICE GÉNÉRALE (1).
Paris, 7 janTier 181 1.
Mon consul à Kônigsberg, Clérembault, a fait des opérations fort extraordinaires sur la conGscation de bâtiments chargés de marchandises coloniales entrés dans les ports de Prusse, et m'est dénoncé de tous côtés. Soit qu'il ait prévu ces dénonciations, soit tout autre motif, il m'a fait dire, il y a quelques jours, qu'il avait 500,000 francs à verser dans la caisse de l'extraordinaire. J'ai depuis appris que c'était pour couvrir des dilapidations fort considérables. Pour arriver à connaître la vérité, il faut faire arrêter son homme d'affaires avec ses papiers, mesure qui doit être faite adroitement. Je sais qu'il a versé 200,000 francs dans la caisse des relations extérieures, en conséquence de ce que j'avais dit qu'il les versât aux relations extérieures. J'ignore le nom de cet homme d'affaires. Il faut mettre de l'adresse pour le savoir, soit a la caisse des relations extérieures, soit chez Mme Clérembault, sans que personne s'en doute. Cet homme arrêté, vous le mettrez au secret, et vous me remettrez sa correspondance et le dossier de ses affaires avec le sieur Clérembault, afin que j'arrête mon jugement sur cette affaire.
7i9. — A ÉLISA NAPOLEON,
(iRANDE-DlCHESSE DE TOSCANE (2).
Paris, 8 janvier 1811.
Je recois votre lettre du 28 décembre. Vous avez bien fait de faire arrêter le chanoine Muzzi. Il me semble aussi que l'ile d'Elbe est un lieu fort bien choisi. Envoyez-y la prétraille dissidente, en ayant soin de ne pas la faire rester à Porto-Ferrajo ni à Porto- Longone, mais de la reléguer dans les villages. Je suppose que vous aurez défendu à cet avocat Valentini de correspondre avec le Pape. Il faut faire arrêter également la partie du chapitre qui se conduit
(1) AFiv 888. — Voyex la Correspondance, n. 17257.
(2) AFiv 888.
LETTRES INEDITES DE MAPOLÉOX I". — 1811. 105
mal. Aussi bien le chapitre de 36 membres peut être réduit à 20. Je suppose que vous aurez reçu le bref du Pape au chapitre, qu'on vient de me remettre ; c'est le comble de Tignorance et de Tabsurditc.