A LOUIS NAPOLEON
Posen, 15 décembre 1806.
Je reçois votre lettre du 7 décembre. Il faut de l'unité dans mes armées. Le général Dumonceau a donc eu tort de vous envoyer la capitulation de Hameln; d'autant plus qu'il l'a tronquée, parce qu'il n'y commandait pas.
Je vous remercie des journaux anglais que vous m'avez envoyés. Continuez à m'envoyer exactement tous ceux que vous recevrez, et faites-moi part de tous les bruits d'Angleterre qui circuleraient dans vos places de commerce. Le blocus ruinera beaucoup de villes de commerce, Lyon, Amsterdam, Rotterdam ; mais il faut sortir de cet état d'anxiété ; il faut en finir. Le ministre en Danemark que vous m'avez envoyé m'a paru un bon jeune homme. Il m'a dit que les Hollandais ne se prêtent point aux sacrifices que la sûreté de leur pays exige. Je les traiterai à la paix en raison des services qu'ils m'auront rendus, et je donnerai à la Hollande proportionnellement à ce qu'elle m'aura fourni.
Je ne sais pas si, dans le Texel, il y a des bâtiments de transport. Si cela est, il faut les congédier. Cependant ayez toujours votre flotte de guerre armée, puisque cela fatigue les Anglais. Tous mes
(1) AFiv 871. — Publiée par M. RocQUâiN, Napoléon et le roi Louis, (2j Ibid. — F. Rocquain, Napoléon et le roi Louis.
efforts sont sur la terre ; c'est par mes armées de terre que je veux reconquérir le Cap et Surinam. La grandeur future de votre peuple est donc dans vos mains. Si vous gouvernez par deë jérémiades, si vous vous en laissez imposer, vous ne me fournirez rien que les mauvais 6,000 hommes qui sont en Hanovre, et vous me serez moins utile que le grand-duc de Bade. Si, au contraire, vous me donnez 30,000 hommes et si vous m'aidez vigoureusement, vous serez mieux traité que le roi de Bavière. 11 n'est point vrai que des sujets hollandais aient été arrêtés dans des ports de France ; c'est une chose absurde. 11 n'y a qu'un moyen d'empêcher qu'il n'arrive des événements du côté de vos frontières, c'est de saisir les marchandises anglaises dont vos frontières sont le dépôt, pour être introduites en contrebande dans l'Empire. Ces malheureux habitants sur lesquels vous vous apitoyez, le sont moins que vous ne le pensez. Je vous le répète, je ne puis protéger la Hollande qu'autant Qu'elle m'aidera et que vous empêcherez la contrebande dans mes États. H est par trop ridicule que vous me parliez de troupes et d'officiers français, et vous n'avez personne; en vérité, c'est me fetiguer inutilement. Voulez-vous que je vous retire les trois régiments? Envoyez-les à Wesel ; alors vous serez satisfait : vous n'aurez pas un Français. En vérité, je ne sais sur quoi tombent vos réclamations. Tout cela fait voir combien vos idées sont étroites, et le peu d'intérêt que vous prenez à la cause commune. Si la Hollande ne m'est d'aucun secours, je ferai ma paix à ses dépens. Je vous prie de ne plus me parler misère. Je connais les Hollandais de longue date. La première force d'un État, le premier soin d'un roi est d'avoir une armée. Ne payez pas plutôt les dettes. Les femmes seules pleurent et se lamentent; les hommes prennent un parti. Ayez 30,000 hommes. Si l'on persiste en Hollande à ne vouloir aucune force armée, vous serez envahi au printemps, et je vous laisserai deux mois dans les mains des Anglais, et les Hollandais payeront deux cents millions de contributions. Faites faire des visites et faites saisir les marchandises anglaises, et mes douaniers respecteront votre territoire. Si vous ne le faites pas, je le ferai moi-même, comme cela est de droit.
N'envoyez aucun ordre aux troupes que vous avez à la Grande Armée. Je la commande; vous devez vous adresser à mon quartier général. Il est étrange que vous ayez rappelé une compagnie d'artillerie qui était à Stcttin; vous ne pensez qu'à vous. Cela n'est ni bien, ni généreux. Peu vous importe que je sois au milieu de la Pologne. Le but de toutes vos actions est de chercher les applaudi»-
sements des boutiquiers, et vous négligez ce qui vous importe pardessus tout. Si vous ne montrez pas plus d'énergie, il arrivera des événements qui feront déplorer votre faiblesse. Ce que je vous demande par-dessus tout, c'est de ne pas parler de misère. Proposezmoi des mesures, et j'y adhérerai, si vous avez besoin de ma sanction. Je vous ai demandé de faire occuper Embden par 0,000 hommes, et de leur donner Tordre, en cas d'événement, de soutenir Hambourg. De l'énergie! De l'énergie!
P.-S. — On ne fait le bien des peuples qu'en bravant l'opinion des faibles et des ignorants.