‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 150 sur 493 · A M. FOUCHÉ · texte numérisé non relu

A M. FOUCHÉ

Rambouillet, 7 septembre 1807.

Je vois, dans votre rapport du 25, qu'un nommé Frémont, prêtre du département de Seine-et-Marne, exerce, sans avoir fait sa soumission, au village de Rois-lc-Roi. Faites-le arrêter; faites-le interroger par mon procureur impérial près la cour criminelle, et mettez-moi sous les yeux tout ce qui sera relatif à ce prêtre, afin que je statue ensuite sur ce qu'il conviendra de faire à son égard. Un prêtre qui exerce sans l'aveu de son évéque commet un crime de

(1) AFiv 874. — L. db Brotonne, dans la Nouvelle Revue, t. LXXXVI (1804). (2)*AFiv 874.

révolte contre l'Etat et doit être puni. Faites connaître au procureur impérial que vous lui donnez là une mission de confiance et non une mission officielle. Faites-lui connaître là-dessus mes principes.

Je vois dans votre bulletin du 25 août différents noms d'émigrés. Faites-moi connaître s'ils sont portés sur la première liste des maintenus, et, en cas qu'il n'y soit pas, présentez-moi une soixantaine de noms de personnes dont la résidence autour du comte de Lille vous soit bien connue, et avec des notes si détaillées qu'on ne puisse pas s'y tromper.

Donnez (1) ordre que le sieur Kuhn, consul d'Amérique à Gênes, soit mis en état d'arrestation comme porteur d'une croix de Malte donnée par les Anglais, et comme agent des Anglais. Ses papiers seront saisis ; le dépouillement en sera fait, et il sera maintenu au secret jusqu'à ce que vous m'en ayez rendu compte. Cet individu, ayant reçu une décoration étrangère, n'est plus Américain. Du reste, je suis fâché que vous ayez communiqué avec l'ambassadeur des États-Unis. Ma police ne connaît pas d'ambassadeur. Je suis le maître chez moi. Quand un homme m'est suspect, je le fais arrêter. Je ferais même arrêter l'ambassadeur d'Autriche, s'il tramait quelque chose contre l'Etat.

Faites-moi un rapport sur les pénitents blancs, bleus, etc., et sur les lieux où il y en a en France, afin que je voie s'il est convenable de prendre des mesures à leur égard.

Je vois, dans votre bulletin du 26, un rapport du commissaire de police à Bordeaux annonçant que la noblesse n'a pas été au bal de de M. le sénateur Lamartinière. Je désire des détails à ce sujet, et connaître, famille par famille, les personnes que cet article cons cerne, et savoir si elles étaient à Bordeaux ; car, il se pourrait que, à cause de la belle saison, elles fussent à la campagne, et, dans ce cas, se serait mal au commissaire général de leur en faire un crime. Si, au contraire, quelques-uns/de ces gentil là très s'étaient permis de manquer aux égards dus au sénateur, il est bon que je connaisse les trois ou quatre chefs de file, afin que la police les éloigne de Bordeaux.

(1) Paragraphe publié par M. L. de Brotoxn'k dans la Nouvelle Revue, t. LXXXVI (181)4).

Page 1