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AU GÉNÉRAL CLARKE

Fontainebleau, 28 octobre 1807.

Vous enverrez un courrier au général Junot pour lui porter l'ordre, du moment que la tête de ses troupes sera arrivée à Salamanque, d'y porter son quartier général, afin de se trouver à même

(i) AFnr 874.

(2) Ibid.

de correspondre avec mon ambassadeur à Madrid et avec les ministres du Portugal.

Je donne Tordre au sieur Hermann de se rendre près de loi. Il l'emploiera comme secrétaire général et s'aidera de son expérience. Vous lui ferei connaître que je désire que, dans toutes les communications qui auront lieu, le sieur Hermann en ait connaissance et puisse envoyer des rapports circonstanciés au ministre des relations extérieures.

Je suppose que, du 1* au 15 novembre, son armée sera arrivée à Ciudad-Rodrigo. Il faudra donc que, du 20 au 30, il puisse se mettre en marche sur Lisbonne, et que, quelque chose que fasse le prince régent, qu'il déclare ou non la guerre à l'Angleterre, mes troupes aillent à Lisbonne.

J'ai donné mes instructions à mon ambassadeur à Madrid, auquel il doit se référer. Le général Junot doit écouter toutes propositions ; mais il ne doit rien signer, puisqu'il n'est muni d'aucun pouvoir des relations extérieures pour cela. Il doit tout renvoyer à mon ambassadeur à Madrid, et vous instruire exactement de toutes les ouvertures qui lui seront faites.

Je désire que mes troupes arrivent le plus tôt possible à Lisbonne pour séquestrer toutes les marchandises anglaises. Je désire qu'elles y arrivent, s'il est possible, comme amies, afin de se saisir de la flotte portugaise. Je donne l'ordre au ministre de la marine d'envoyer un certain nombre d'officiers de marine près du général Junot. Ils lui seront utiles pour la police du port de Lisbonne.

Le gouvernement portugais prendra une de ces deux mesures :

1° Ou , lorsqu'il verra l'approche de l'armée française, il fera marcher son armée et se mettra en défense. Alors tout est du ressort militaire. 3,000 cavaliers espagnols et 8,000 hommes d'infanterie se réuniront au corps du général Junot, qui se trouvera porté à un effectif de 35,000 hommes et à un présent sous les armes de 30,000 hommes. Deux divisions espagnoles, l'une de 10,000 et l'autre de 6,000 hommes, doivent marcher sur Porto et sur les Algarves. Le général Junot doit marcher droit sur Lisbonne. Il correspondra souvent avec le commandant du 2 e corps de la Gironde, que vous pouvez lui annoncer comme devant être de 25,000 hommes réunis à Bayonne à la fin de novembre.

2° Ou le gouvernement portugais prendra le parti de se soumettre, déclarera la guerre à l'Angleterre et enverra au-devant de l'armée pour négocier. Dans ce cas, le langage du général Junot doit être celui-ci :

120 LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉOfo I». — 1807.

« J'ai ordre de mon souverain de ne pas m f arrêter un jour et de

marcher droit à Lisbonne. Ma mission est de fermer ce grand « port aux Anglais. Je devrais vous attaquer par la force; mais, « comme répandre le sang répugne au grand cœur de l'empereur « Napoléon et au caractère français, si vous consentez a ne point « tenir vos troupes réunies, si vous les mettez dans des lieux où « elles ne puissent point causer d'inquiétudes, si vous nous recevez » comme auxiliaires, jusqu'à ce que les négociations entamées à a Paris soient terminées, j'ai ordre d'y consentir. »

Par ce moyen, il est possible que le général Junot arrive à Lisbonne comme auxiliaire. On calculera ici le jour de son arrivée à deux jours près, et vingt-quatre heures après, un courrier partira pour lui annoncer que les propositions du Portugal ne sont pas acceptées, et que le pays doit être traité comme ennemi. Huit ou dix vaisseaux de guerre et les chantiers seraient d'un immense avantage pour nous. Tous les discours du général Junot doivent donc se tourner vers l'exécution de ce grand projet. On est porté à croire qu'il réussira, parce qu'il n'est pas probable que le Portugal veuille résister; on croit encore moins que le prince veuille aller au Brésil.

La convention secrète conclue avec l'Espagne, et que le premier courrier portera au général Junot, lui fera connaître qu'il est convenu que les troupes espagnoles qui feront partie de son armée, seront sous son commandement; que, si le roi d'Espagne ou le prince de la Paix se rendaient à l'armée, ils en auraient le commandement en chef; mais il a été convenu qu'ils n'y viendraient pas. S'ils y venaient pour une parade, le général Junot leur rendra tous les honneurs dus aux généraux en chef; mais, s'ils y venaient pour y rester, le général Junot doit tenir strictement à ses instructions de garder ses troupes réunies, de ne faire aucun détachement et de marcher droit sur Lisbonne.

Mon intention est que le général Junot ne s'éloigne en rien de la ligne directe, qu'il n'aille ni à Madrid ni ailleurs, et que, du moment que son premier corps de troupes sera arrivé à Ciudad-Rodrigo, il y soit de sa personne.

L'opération du général Junot aura vraiment réussi si, par sa prudence, ses bons propos, il se rend maître de l'escadre portugaise. Il doit tirer parti de sa nomination pour faire entendre qu'il est envoyé pour tout concilier. Tout discours est bon, pourvu qu'il s'empare de l'escadre portugaise. Dans aucun cas, il ne doit signer aucune convention avec les Portugais.

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