A JOSEPH NAPOLÉO
ROI DE NAPLBS (1).
Fontainebleau, 13 novembre 1807.
Je vois, par votre lettre du 3, que vous avez 74,000 hommes, soit Français, soit Napolitains, soit Suisses; et cependant, avec ces forces, vous n'êtes pas maître de Reggio et de Scylla. Si vous ne le faites pas, j'enverrai un général pour commander mon armée, ou je retirerai mon armée du royaume de Naples. Quant aux polissons que vous avez autour de vous, qui n'entendent rien à la guerre, et qui donnent des avis de l'espèce de ceux que je vois dans les mémoires qu'on me met sous les yeux, vous devriez m'écouter de préférence. Quand votre général est venu me trouver à Varsovie, je lui ai déjà dit alors : « Comment souffrez-vous que « les Anglais s'établissent à Reggio et à Scylla ? Vous n'avez à com- « battre que quelques brigands, et les Anglais communiquent avec « eux et occupent les points les plus importants du continent « d'Italie. Cela me révolte. » Cette occupation d'ailleurs tranquillise les Anglais sur la Sicile ; ils n'ont rien à craindre tant qu'ils ont ces deux points ; et, dès lors, leurs troupes de Sicile peuvent entreprendre impunément tout ce qu'elles veulent. Mais il paraît que, vous et vos généraux, vous vous estimez heureux que les Anglais veuillent bien vous laisser tranquilles dans votre capitale. Ils ont 8,000 hommes, et vous en avez 74,000. Depuis quand les Français sont-ils si moutons, si inertes? Ne répondez à cette lettre qu'en m'apprenant que vous avez fait marcher des troupes et que Reggio et Scylla m'appartiennent. Avec l'armée que vous avez, je
(1) AFiv 874. — Baron Du Casse, Supplément à la Correspondance.
voudrais non seulement défendre le royaume de Naples et prendre Reggio et Scylla, mais encore garder les États du Pape et avoir les trois quarts de mes troupes sur l'Adige. Du reste, vous n'avez de brigands dans le royaume de Naples que parce que vous gouvernez mollement. Songez que la première réputation d'un prince est d'être sévère, surtout avec les peuples d'Italie. Il faut aussi en chercher la cause dans le tort qu'on a eu de ne point se captiver les prêtres, et en ce que l'on a fait trop tôt des changements. Mais enfin Cela n'autorise pas mes généraux à souffrir que, en présence d'une d'une armée aussi puissante, les Anglais me bravent. Je ne me donne pas la peine de vous dire comment il faut disposer vos troupes; cela est trop évident. Je reconnais bien là les sots propos des freluquets (1). Parce que le général Reynicr a eu un événement à Maltea, ils croiront ne pas pouvoir aller à Reggio et à Scylla, à moins qu'ils n'aient 100,000 hommes. Il est permis de n'être pas un grand général ; mais il n'est pas permis de rester insensible à un tel déshonneur. Je préférerais apprendre la mort de la moitié de mon armée et perdre le royaume de Naples, plutôt que de souffrir une telle ignominie. Pourquoi faut-il que je sois obligé de vous dire si fortement une chose si simple?
Quand vous enverrez 10,000 hommes à Reggio et à Scylla et que vous en conserverez 6,000 à Cassano et à Cosenza, que diable craignez-vous de toutes les armées possibles de l'Angleterre ? Quant à Naples, la moitié de vos gardes suffirait pour mettre la police dans cette ville et la défendre contre qui que ce soit.
Je suppose que vous n'avez pas laissé Corfou sans le 14', et que vous avez ponctuellement exécuté les ordres que je vous ai donnés. Vous avez une singulière manière de faire, et vous laissez les points les plus importants sans défense. Il y a plus d'un mois que je vous en ai donné l'ordre.
Votre femme est venue me voir. Je l'ai trouvée si bien portante que j'ai été scandalisé qu'elle ne voulût pas partir. Je le lui ai dit ; car je suis accoutumé à voir les femmes désirer être avec leur mari.
Ne me répondez pas à cette lettre que Reggio et Scylla ne soient à vous.
(I) Cette phrase est biffée sur la minute ; nous la rétablissons parce qu'elle est nécessaire pour le sens de ce qui suit.