A LOUIS NAPOLÉON
Milan. 16 décembre 1807.
Le sieur de Champagny fera connaître à votre ministère le décret que j'ai pris relativement aux atroces mesures des Anglais du 14 novembre. Il faut exciter les armements en course ; c'est désormais le seul moyen de s'approvisionner.
Je pense qu'il n'est pas convenable d'envoyer le maréchal Verhucll à Saint-Pétersbourg, d'abord parce que je puis avoir besoin de lui pour les besoins de la flottille, ensuite parce qu'il n'est pas d'usage d'envoyer un maréchal pour ministre dans une cour étrangère. Puisque vous avez rétabli cette dignité, il ne faut pas la déshonorer. Je n'entre pas dans les raisons qui vous portent à vous défaire de votre ministre de la guerre et de celui de la marine, qui vous sont, en ce moment, les plus utiles; mais, si vous tenez à éloigner Verhuell, je préfère que vous l'envoyiez comme ambassadeur à Paris. Il faut envoyer à Pétersbourg un homme sur l'attachement duquel vous puissiez compter, et qui ait quelque fortune.
Je ne sais si ce que j'ai lu dans les journaux est vrai, que vous avez nommé chancelier le petit Fleur y. Il ne vous a pas rendu de grands services, ni déployé de grands talents. C'est le moyen de rendre les places ridicules. Il faut que chacun reste à la place que lui ont assignée ses talents et ses services. Je n'en dirai pas davantage là-dessus. Je vous ferais moins de reproches s'il était question de Hollandais; mais ce qui concerne un Français doit me regarder.
Milan, 17 décembre 1807.
Le sieur Perrier, prêtre dissident du département des Deux-Sèvres,
(i) AFiv 874. — Publiée par M. Rocquain, Napoléon et le roi Louis. (2) AFiv 874.
dont il est question dans votre bulletin du 9 décembre, doit être envoyé en surveillance à Fénestrclle.
Il est bon de faire imprimer et de réunir dans une brochure les papiers de Sain t-Hil aire qui tendent à démasquer tous ces petits intrigants de Londres. Vous me les présenterez avant de les publier. Je les lirai, et je verrai s'il convient de les faire imprimer à un assez grand nombre d'exemplaires pour pouvoir en répandre en Angleterre. Cela servira à jeter du ridicule et à démasquer les fripons subalternes qui intrigaillent obscurément à Londres.
Je désire que vous suiviez également l'affaire de Perlet, à laquelle j'attache de l'importance, mon dessein étant d'en faire imprimer les pièces. L'expérience des temps passés prouve que c'est de cette manière que finissent ces questions. Le bien qu'a fait la publication de la correspondance deDrake, de Taylor, de Spencer Smith est incalculable. Celle de Perlet produira le même effet. 11 ne faut point que cela circule en France; mais il faut les répandre à Hambourg et à Londres.
Je crois avoir signé la première liste d'émigrés. J'imagine que vous l'avez envoyée au grand juge, pour qu'il la communique au greffe des différentes cours, afin qu'on connaisse tons ceux qui sont dans le cas d'être hors du code civil. Il faut en former une seconde.
Sachez ce que fait à Rastadt cet agent de Sainte-Foix, et, si l'on peut avoir des lumières certaines sur le bot de son voyage, il faut le faire arrêter.
Vous vous concerterez avec le sieur Portalis sur les moyens de dissoudre toute congrégation des Pères de la Foi, en cherchant les plus doux, mais en même temps les pins efficaces. Étendez cette mesure à tout l'Empire. Vous aurez soin que ces individus n'aient aucun point de réunion, et je vous rends responsable de l'existence de toute société de ces religieux. Serions-nous donc dans les temps de faiblesse et d'inertie où les volontés de l'administration ne pouvaient être exécutés? Le premier diocèse par lequel vous devez commencer, est celui de l'archevêque de Lyon; mais, avec ce prélat comme avec tous les autres, il ne faut parler que les pièces à la main et ne s'engager dans aucune discussion de théologie. Je ne veux pas de Pères de la Foi, encore moins qu'ils se mêlent de l'instruction publique pour empoisonner la jeunesse par leurs ridicules principes ultramontains. Il vous sera possible de vous procurer les renseignements dont vous aurez besoin sur les Pères de la Foi par leur supérieur le P. Varin, qui paraît être un aventurier
Je vois, dans votre bulletin du 27 novembre, que le nommé Fay,
histrion, est désigné par le préfet de Maine-et-Loire comme intrigant, perturbateur et dangereux. Si ces qualifications sont relatives à des opinions politiques, faites-le arrêter et fouetter, comme le mérite cette canaille, lorsqu'elle se mêle d'objets importants. Je désire un petit rapport sur cet objet, qui parait de peu d'intérêt, mais qui doit exciter la sollicitude de la police.