A JÉRÔME NAPOLÉON
ROI DE WBSTPHALIB (2).
Ptris, 4 janvier 1808.
J'ai reçu votre lettre relative au discours que vous avez prononcé à votre conseil d'Etat. J'ai trouvé ce discours ridicule. Aucun Français ne vous prêtera le serment que vous demandez, si ce n'est les Français à qui j'accorderai la permission de passer à votre service. Mes conseillers d'Etat, ni même mes ofGciers, ne peuvent vous prêter ce serment. Si Beugnot et Simcon veulent rester avec vous, ils sont les maîtres de faire ce qu'ils veulent. S'ils ont prêté le
(1) Marie-Louise d'Espagne, reine d'Étrurie.
(2) AFiv 875.
serment que vous avez exigé, je les rayerai de la liste de mes conseillers d'Etat. Vous pouviez vous dispenser de faire ce discours.
J'ai à nommer un commissaire pour vous mettre en possession de la moitié des domaines qui vous reviennent. C'est M. Jollivet que je nomme à cette place. Comme je suppose que mes conseillers d'Etat sont couverts de mauvais traitements à votre cour, je désire qu'ils reviennent le plus tôt possible.
Il me tarde beaucoup que vous m'envoyiez l'état des Français que vous gardez à votre service. Voici les avantages que je leur ferai : ceux qui resteront à votre service vous prêteront tous les serments qu'ils voudront; lorsqu'ils quitteront votre service, je leur rendrai le grade qu'ils avaient quand ils ont quitté le mien, sans prendre en considération les services qu'ils vous auront rendus. C'est ainsi que j'ai agi avec le roi de Naplcs et avec celui de Hollande. Cette liste est très nécessaire à faire; sans quoi, il y aura une grande confusion. En général, si vous voulez me plaire, ne faites aucune grâce à un Français sans mon avis. Je vous le demande par courtoisie pour ceux qui sont attachés irrévocablement à votre service; je vous le demande impérieusement pour ceux que j'aurais autorisés à accepter du service chez vous, et qui conserveraient l'esprit de retour. Quant aux Westphaliens, je ne m'en mêle pas. Vous devez vous attendre qu'il est des Français auxquels je n'accorderai pas la permission de rester à votre service.
Quant à H***, je ne puis que m'étonner de votre légèreté. C'est un homme poursuivi pour faux, pour procès criminels tels qu'il est l'horreur de la France. Est-il possible que vous portiez l'inconfiance en moi à ce point? Demandez à Siméon, a Beugnot, à Jollivet ce qu'ils en savent. C'est un homme très habile, mais de gibet, et dont le domicile n'est qu'aux galères. Vous ne connaissez point les individus, et vous voulez m'apprendre à les connaître. Il y a, je vous le répète, peu de maturité dans ce procédé de votre part.
Envoyez-moi par le retour de mon courrier, l'état des Français qui sont à votre service, en ayant soin de distinguer ceux qui y sont comme commandant mon armée de ceux qui y sont comme devenus vos sujets.