A JÉRÔME NAPOLÉON
ROI DE WKSTPHAL1E (2).
Paris, 4 janvier 1808.
Je reçois votre lettre du 28 décembre, où je vois que vous avez le projet de donner la terre de Furstenstcin et 40,000 livres de rente au sieur Lecamus. Je ne connus rien de plus insensé que cette marche, également contraire à vos intérêts, funeste à l'État,
et surtout funeste à vous. Qu'a fait le sieur Lecamus? Il n'a rendu aucun service à la patrie ; il en a rendu a votre personne. Est-ce là une récompense proportionnée aux services qu'il vous a rendus? Depuis que je règne, je n'ai pas conçu un acte d'un pareil arbitraire. J'ai plus de dix hommes qui m'ont sauvé la vie, auxquels je ne fais que 600 francs de pension. J'ai des maréchaux qui ont gagné dix batailles, qui sont couverts de blessures et qui n'ont pas la récompense que vous donnez au sieur Lecamus. Des services rendus à votre individu ne sont pas des services rendus au roi ni au royaume de Westphalie. Il est donc indispensable que vous reveniez sur cette mesure, et je présume que vous n'avez pas fait une chose de cette importance avec tant de précipitation. Si vous l'avez fait, il faut revenir, ou que le sieur Lecamus renonce au caractère de citoyen français, et alors il perd tous droits d'hérédité en France. Si le sieur Lecamus a 40,000 livres de rente, que donner aux maréchaux Berthier, Lannes, Bernadotte, et à plus de vingt personnes qui ont acheté le trône où vous êtes par des blessures de toute espèce? Que deviez-vous faire de ce domaine de Fûrstenstein? Le réunir à la couronne (vous êtes assez pauvre, puisque vous ne jouissez pas de la moitié de vos domaines), ou le garder en réserve pendant dix ans. Vous pourrez alors avoir un ministre qui vous ait servi assez utilement pour mériter cette récompense. J'ai des ministres qui auraient pu gagner 10 millions, qui n'ont pas un sol, et qui sont loin de prétendre à de pareilles récompenses. Je vous l'ai déjà dit à l'occasion du général Lagrange, ce qui me peine dans tout cela, c'est votre peu de maturité.
Je (1) reçois votre lettre du 24 décembre relative à la situation de vos finances. Quelles finances voulez-vous avoir avec la conduite que vous tenez? Vous avez mangé 3 millions à Paris en deux mois; vous en mangerez 30 sans rime ni raison en moins de temps.] Il ne faut point vous imaginer cependant que le royaume de Westphalie soit une terre. J'aurai des guerres pour vous soutenir, et je vois que, dans la balance, au lieu que vous mettiez un avantage, j'aurai un déficit de mes forces.
(1) Le passage entre crochets a été Lille sur la minute.
136 LETTRES INEDITES DE XAPOLEOX f. — 180*.
211. AH GÉXÉRAL JUXOT, conu9DA.Tr l'aimée d'occupatio* ex pottcgal (1).
Paris. 7 jnvicr 1808.
Je reçois votre lettre du 21 décembre. Je vois avec peine que, depuis le 1" décembre, jour de votre entrée à Lisbonne, jusqu'au 18, où ont commencé à se manifester les premiers symptômes d' insurrection, vous n'ayez rien fait. Je n'ai cependant cessé de vous écrire : « Désarmez les habitants; renvoyez toutes les « troupes portugaises ; faites des exemples sévères ; maintenez-vous « dans une situation de sévérité qui vous fasse craindre. » Mais il parait que votre tête est pleine d'illusions, et que vous n'avez aucune connaissance de l'esprit des Portugais et des circonstances où vous vous trouvez. Je ne reconnais pas là un homme qui a été élevé à mon école. Je ne doute pas que, en conséquence de cette insurrection, vous n'ayez désarmé la ville de Lisbonne, fait fusiller une soixantaine de personnes et pris les mesures convenables. Toutes mes lettres vous ont prédit ce qui commence à vous arriver et ce qui vous arrivera bientôt. Vous serez honteusement chassé de Lisbonne, aussitôt que les Anglais auront opéré un débarquement, si vous continuez à agir avec cette mollesse. Vous avez perdu un temps précieux, mais vous êtes encore à temps. J'espère que mes lettres, que vous aurez reçues successivement, vous auront fixé sur le parti à prendre, et que vous aurez adopté des mesures fortes et vigoureuses, sans vous repaître d'illusions et de bavardages. Vous êtes dans un pays conquis, et vous agissez comme si vous étiez en Bourgogne. Je n'ai ni l'inventaire de l' artillerie ni celui des places fortes; je ne connais ni leur nombre ni leur situation. Je ne sais pas même si vous les occupez. Vous n'avez pas encore envoyé au ministre la carte de vos étapes depuis Bayonne jusqu'à votre première place forte, ni aucune note sur la situation du pays. J'avais cependant de fortes raisons de le désirer. Enfin je suis porté à croire que mes troupes ne sont pas encore dans Almeida. S'il arrivait quelque événement, vous vous trouveriez bloqué par les Portugais. Il y a dans tout cela une singulière imprévoyance.
(1) AFiv 875.