‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 186 sur 493 · AU GÉNÉRAL JUNOT · texte numérisé non relu

AU GÉNÉRAL JUNOT

COMMANDANT l/ ARMÉE d' OCCUPATION EN PORTUGAL (1).

Paris, 28 jantier 1808.

J'ai fixé le traitement de l'administrateur général des finances du Portugal à 100,000 francs, et je lui ai accordé 50,000 francs pour frais de premier établissement. J'ai lu son rapport; il propose deux choses :

1* De ne pas diviser le royaume. C'est bien mon intention. Je vous ai déjà fait connaître, et je vous réitère, que l'administration doit être une et entière, jusqu'à ce que les circonstances permettent de publier le traité et de partager le pays. Prenez donc des mesures pour l'exécution stricte de cette disposition ;

2* Il porte la dette consolidée à 160 millions, et la dette non consolidée à 80 millions. Ma réponse à cela est qu'il ne faut pas payer un sol, sans cependant rien méconnaître; mais, jusqu'à ce que le sort du Portugal soit fixé, il ne faut pas s'occuper de cet objet, pas plus qu'on ne s'en est occupé à Vienne et à Berlin. Lorsque le sort du pays sera décidé, on verra alors ce qu'on fera de la dette. Si l'intérêt des 160 millions est à 5 pour 100, c'est une économie de 8 millions que vous faites. Vous avez, de la liste civile, des dépenses pour l'armée portugaise. Envoyez toutes les troupes en France, et réduisez ces dépenses à très peu de chose. Les dépenses de l'intérieur doivent diminuer en temps de guerre. En ôtant les dépenses de la dette publique, de la guerre, de la marine, de l'intérieur, les payements doivent être réduits à bien peu de chose, et les revenus doivent vous rester presque entiers pour nourrir et entretenir mon armée.

Je n'ai point de nouvelles de vous depuis le 9 janvier. L'article 9

(1) AKiv 875

de mon décret de Milan fixe la quotité des gratifications que j'accorde à mon armée. Depuis longtemps on ne paie plus rien en Pologne, et cela n'a été que momentané et pour certains corps.

J'ai envoyé un intendant général de la police, comme vous l'avez désiré.

Je suppose que vous n'avez pas perdu un moment pour bien organiser votre artillerie, et mettre dans le meilleur état vos transports et votre cavalerie. Je n'ai pas encore le mémoire des officiers du génie sur Abrantès, Almeida, Santarem, Viseu et les autres places.

Attendez-vous à être chicané et troublé ce printemps dans votre conquête. Vous êtes souverain pendant ces deux mois. Si vous n'en profitez pas, vous vous repentirez de votre négligence; le mal sera sans remède. Désarmez, mais entièrement, le pays; occupez les forteresses ; faites diriger des batteries de mortiers contre les villes ; armez et approvisionnez les forts, pour qu'ils puissent être gardés par tout le monde ; éloignez les hommes marquants ; punissez sévèrement les moindres fautes. Vous êtes le maître de faire tout cela pendant février et mars. Si vous attendez un débarquement, il en coûtera du sang pour tout apaiser.

Le général Dupont est à Valladolid. Je n'ai pas de situation de votre armée; envoyez-la-moi par le retour de l'officier d'ordonnance Turenne. Faites-moi bien connaître en même temps la situation du pays, des places fortes, de l'artillerie, et envoyez-moi une description des chemins. Faites atteler le bataillon d'équipages militaires ; mettez-les en bon état, et envoyez-en une partie au général Dupont.

Si j'avais besoin de deux divisions de 5,000 hommes, ayant douze pièces de canon attelées, pour se porter, l'une sur Badajoz, et l'autre sur Alcantara, pourriez-vous me les fournir, l'hiver, sans que cela influât sur la tranquillité du pays? En cas que vous ne pourriez pas en fournir deux, pourriez-vous en fournir une de 6,000 hommes? Combien de jours mettraient-elles pour se rendre à leur destination? Quel est le nombre de troupes qui sont à Porto et sur le bas de la [Galice] (1) espagnole? S'il y avait des événements inattendus avec l'Espagne, que pourriez-vous craindre de ses troupes, et pourriez-vous facilement vous en débarrasser? Vous seriez, dans cette supposition, favorisé par les habitants du pays.

Ne soyez pas assez faible et assez imbécile pour laisser manquer

(1) Ce mot est en blanc dans l'original.

d'argent vos services et vos troupes. Ayez plusieurs centaines de milliers de biscuit, soit en retraite, soit en avant. Doublez les attelages de votre artillerie. Il y avait au service du Portugal des Suisses et des étrangers qui pourraient vous servir à cela. Vous pourriez même y employer quelques bataillons du pays.

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