‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 201 sur 493 · AU GÉNÉRAL CAULAINCOURT · texte numérisé non relu

AU GÉNÉRAL CAULAINCOURT

Paris, 17 février 1808.

Je reçois votre lettre du 29 janvier. M. de Champagny m'a rois sous les yeux vos dépêches. Vous trouverez ci -joint une lettre interceptée de M. de Dreyer qui vous fera connaître le mauvais esprit de Tolstoï. Quand je reçus vos lettres, j'écrivis, comme je vous l'ai mandé, à Bcrnadotte de faire passer 12,000 hommes en Scanie, et voilà Tolstoï qui est venu à la traverse et a donné des inquiétudes à Dreyer. Vous remarquerez que la lettre de Dreyer est du 12, ce qui prouve que sa conversation avec Tolstoï est du 12, et cependant, la conversation que j'ai eue avec Tolstoï à Saint-Germain est du 5, conversation à la suite de laquelle il a écrit et qui paraissait avoir dissipe ses craintes. Vous ne ferez usage de la lettre de Dreyer qu'autant que vous le jugerez convenable. Tolstoï est peu disposé pour RomanzolT. Si on ne le rappelle pas, ce qui est important c'est que l'empereur lui écrive ou lui fasse écrire. Je suppose que je ne tarderai pas à recevoir de vous une nouvelle lettre, mon courrier devant arriver peu de jours après le départ du vôtre. Je désire fort savoir ce que l'on pense de la réponse du Moniteur à la déclaration anglaise. On ne doit avoir aucune inquiétude sur l'escadre russe ; mais il est convenable qu'on lui fasse connaître si elle est en guerre ou en paix. Mon escadre de Toulon, forte de 9 vaisseaux, est partie le 10 février pour aller ravitailler Corfou et lui porter des munitions et autres objets qui y sont nécessaires, et de là balayer la Méditerranée. Mes escadres de Brest et de Lorient sont également parties pour donner chasse aux Anglais et se réunir sur un point donné à mon escadre de Toulon. Mais les 2 vaisseaux russes qui sont à l'île d'Elbe ne veulent pas venir h. Toulon. S'ils avaient reçu des ordres, cela aurait été utile pour la cause commune, et ils en auraient retiré l'avantajje

(1) Comte Vandal, Napoléon et Alexandre, t. III.

de se former à la mer. J'aurais également fait prendre l'escadre qui est à Tri este, pour la réunir dans un de mes ports, si elle avait reçu des ordres; mais aucune ne reçoit d'ordres positifs, et l'ambassadeur qui est ici ne leur donne pas l'impulsion convenable. J'ignore à quoi cela tient ; je dis seulement le fait. J'ai écrit deux lettres à l'empereur depuis votre dépêche du 29 janvier. Je n'ai pas encore reçu la sienne que vous m'annoncez, et que sans doute M. de Tolstoï me remettra demain. Quant aux affaires avec l'Espagne, je ne vous en dis rien, mais vous devez sentir qu'il est nécessaire que je remue cette puissance, qui n'est d'aucune utilité pour l'intérêt général. Mes troupes sont entrées à Rome. Il est inutile d'en parier; mais, si l'on vous en parle, dites ]que, le Pape étant le chef de la religion de mon pays, il est convenable que je m'assure de la direction du spirituel ; ce n'est pas là un agrandissement de terrain; c'est de la prudence.

P. S. — Le 18 février. — Je viens de voir M. de Tolstoï, qui m'a remis une lettre de l'empereur. J'ai beaucoup causé avec lui. Je pense que si on lui montre de la conGance et qu'on le dirige bien de Saint-Pétersbourg, il y a autant d'avantage à l'avoir pour ambassadeur ici qu'un autre. Mes lettres précédentes vous l'auront assez peint; mais, pour achever de le peindre en deux mots, c'est un général de division qui ne sent pas l'indiscrétion de ce qu'il dit, qui est un peu en opposition avec l'esprit de la cour, mais qui du reste est assez attaché à l'empereur.

Le prince de Ponte-Corvo m'écrit du 11 qu'il doit avoir une entrevue avec le prince royal (1) à Kiel, et qu'immédiatement il se met en marche. Vous sentez que je ne puis pas passer par i'ile de Rûgen, parce que je n'ai point de vaisseaux là pour protéger mon passage; mais j'écris aujourd'hui pour que des troupes y soient embarquées pour menacer aussi de ce côté le roi de Suède.

Il n'est point question de négociations avec l'Angleterre; mais tous les bruits qui reviennent de ce pays sont qu'on veut la paix générale et qu'on sent la folie de la lutte actuelle. Dites bien au reste à l'empereur qu'il ne sera écouté ni fait aucun pourparler sans m'être entendu avec lui. Je pense qu'il aura dans tous les cas la Finlande, ce qui sera toujours avantageux pour lui, puisque les belles de Saint-Pétersbourg n'entendront pas le canon.

(1) De Danemark.

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