‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 206 sur 493 · A JEROME NAPOLEON · texte numérisé non relu

A JEROME NAPOLEON

Paris, 6 mai? 1808.

J'ai lu la lettre que vous écrivez à Beugnot. Il me semble que je vous avais dit que vous pouviez garder Beugnot et Siméon pendant tout le temps que vous en aviez besoin ; mais l'idée de leur faire prêter serment est une idée absurde. Il n'y a que des Français inconséquents, et indifférents sur les suites d'une pareille démarche, qui peuvent l'avoir prêté, et je le leur pardonne, parce que je crois que ce n'est pas dans leur cœur. Si c'est un serment de fidélité à votre personne, il est contenu dans le serment que tout Français m'a prêté. Si c'est un serment comme sujet westphalien, vous

(2) Ibid.

exigez une chose que le dernier tambour de mon armée ne voudrait pas faire. D'ailleurs les sénateurs et les conseillers d'État qui sont employés à Naples n'en ont pas prêté ; les Français employés dans la maison du roi lui ont prêté serment comme prince français. Et, quand ces raisons ne seraient pas bonnes, ce n'est pas quand vous êtes entouré d'ennemis, d'étrangers, que vous devez exiger d'hommes qui peuvent vous être utiles, de renoncer à leur patrie et de se rendre criminels. J'ai vu peu d'hommes qui aient si peu de mesure que vous. Vous ignorez tout, et vous ne vous conduisez que d'après votre tête ; rien chez vous ne se décide par la raison, mais tout par l'impétuosité et la passion. Je désire n'avoir avec vous que la correspondance indispensable pour les affaires relatives aux cours étrangères, parce qu'elles vous font faire des pas et mettre votre désaccord à découvert aux yeux de l'Europe : ce que je ne suis point d'humeur à vous laisser faire. Quant à vos affaires intérieures et de finances, je vous l'ai déjà dit et je vous le répète, rien de ce que vous faites n'est dans mon opinion et dans mon expérience, et avec cette manière d'agir vous ne ferez pas grand 'chose. Vous m'obligeriez cependant si, dans les démarches dont vous n'appréciez pas les conséquences, vous mettiez moins de pompe et d'ostentation. Rien n'est ridicule comme votre audience aux Juifs; rien n'est mauvais comme votre singerie du Moniteur de France. J'ai entrepris l'œuvre de corriger les Juifs ; mais je n'ai pas cherché à en attirer de nouveaux dans mes Etats. Loin de la, j'ai évité de faire rien de ce qui peut montrer de l'estime aux plus méprisables des hommes.

P. S. de la main de l'Empereur. — Mon ami, je vous aime; mais vous êtes furieusement jeune. Gardez Siméon et Beugnot sans serment, au moins encore un an. Alors comme alors!

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