‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 227 sur 493 · AU GENERAL CAULAINCOURT · texte numérisé non relu

AU GENERAL CAULAINCOURT

Saint Ctoud, 31 mari 1808

Saint-Aignan est arrivé à deux heures après midi; il en est six. Les affaires d'Espagne demandaient depuis longtemps ma présence. Je me suis refusé à ce voyage dans la crainte que l'autorisation que je vous avais donnée d'arrêter le rendez-vous n'eût fait partir

(1) Dans les provinces baltiqucs.

(2) AFiv 875. — Mémoires du prince Eugène, t. IV, p. 102.

(3) Comte Vandal, Napoléon et Alexandre, t. III.

l'empereur. Ce que je vois d'abord dans les nombreuses dépêches que vous m'envoyez, c'est que l'entrevue est ajournée. Cela étant, je pars après dîner pour Bordeaux pour être au centre des affaires. Voici votre direction pour les affaires d'Espagne. Le Moniteur cijoint vous fera connaître les actes publics rendus à Madrid. Mais un courrier que j'ai reçu ce matin change l'état des choses. Le roi Charles a protesté et a déclaré qu'il a été forcé par son fils à signer son abdication; on a menacé de tuer la reine dans la nuit, s'il ne signait pas. Mon armée est entrée le 23 à Madrid, où elle a été parfaitement reçue. Mes troupes sont casernées dans la ville et campées sur les hauteurs. Je n'ai pas reconnu le prince des Asturies, et peut-être ne le reconnaitrai-je pas ; mais je n'en suis pas encore certain. L'infortuné roi se jette dans mes bras et dit qu'on veut le tuer. On a excité une émeute pour faire massacrer le prince de la Paix. Heureusement mes troupes sont arrivées à temps pour le sauver; ce prince vit encore. Le grand-duc de Berg a fait son entrée dans Madrid quatre heures après les troupes. Le cérémonial l'a empêché de voir le nouveau roi, ne sachant pas si je le reconnaîtrais. Les lettres du roi Charles font pleurer. Ceci est pour vous seul; gardez-en le secret. Vous pourrez en dire un mot à l'empereur et à l'ambassadeur d'Espagne, qui est un homme du prince de la Paix et qui parlera comme vous. Vous direz à l'empereur que j'avais retardé mon voyage en Espagne pour ne point manquer de me trouver au rendez-vous ; mais je suis parti deux heures après la réception de vos lettres. Je répondrai dans peu de jours à toutes vos dépêches. En communiquant le Moniteur a l'empereur, vous lui direz que je ne suis pour rien dans les affaires d'Espagne ; que mes troupes étaient à 40 lieues de Madrid, lorsque ces événements ont eu lieu ; que le prince de la Paix était généralement haï, mais que le roi Charles est aimé. Vous lui direz aussi que le roi a été forcé, et que vous ne seriez pas étonné que je me décidasse à le remettre sur son trône. Les mauvais esprits de Pétersbourg diront que j'ai dirige tout cela.

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