AU CITOYEN LUCIEN BONAPARTE
Paris, 1 er nivôse an IX (22 décembre 1800).
J'ai reçu vos lettres des 12, 16 et 23 frimaire. Le citoyen Talleyrand vous aura écrit pour vous faire connaître l'intention du gouvernement pour que vous fassiez passer sur-le-champ des bâtiments en Egypte. Faites en sorte que le premier puisse partir huit ou dix jours après la réception du courrier. Le citoyen Clément, officier supérieur de la garde, part après-demain avec des dépêches ; vous le ferez embarquer sur ce bâtiment.
Vous trouverez ci-joint une note que m'envoie Berthier. Vous y verrez que plusieurs négociants espagnols s'offraient d'envoyer des vins en Egypte. Il se trouve toujours dans les ports d'Espagne des bâtiments ragusains, tunisiens, algériens, marocains, qui se chargeraient de ces expéditions.
Dans ces envois de bâtiments d'Espagne pour l'Egypte, le gouvernement a deux objets en vue : 1° y faire passer deux fois par mois des nouvelles d'Europe, des fusils, des boulets et des médicaments ; 2* y faire passer plusieurs gros bâtiments chargés de vins, d'eau-de-vie, de fer, d'acier, de soufre, de liqueurs. Quoique l'on agisse du côté de l'Italie, en même temps que du côté de l'Espagne, vous ne devez pas moins vous considérer comme si vous étiez le seul qui expédiassiez des bâtiments en Egypte. Je n'ai pas besoin d'entrer dans les mille et une raisons que nous avons de secourir cette brave et intéressante armée.
Je ne nommerai définitivement au ministère de l'intérieur que lorsque le citoyen Alquier sera arrivé à Paris.
Je conserve toujours l'espérance que vous ferez déclarer la guerre au Portugal, et que vous conclurez la paix. N'oubliez rien pour y parvenir.
Le ministre des relations extérieures ne vous aura pas laissé ignorer les brillantes victoires de l'armée du Rhin, et la situation satisfaisante de la République.
(1) Dépôt des affaires étrangères, vol. France 1771.
Apprenez-moi bientôt que plusieurs bâtiments font l'Egypte. Vous pourrez vous sertir de quelques corsair*
qui viennent ordinairement relâcher dans les ports dEspj leur ferez des avantages, pour qu'ils portent en Egypte velles et les objets ci-dessus mentionnés.
P. S. (autographe). — Écrivez à l'armée d'Orient élevé, et propre à enflammer cette armée de son importa lui que l'Europe, l'Espagne prend grand intérêt à sa et à sa gloire.