‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 305 sur 493 · AU GÉNÉRAL CAULAINCOURT · texte numérisé non relu

AU GÉNÉRAL CAULAINCOURT

Saint-Cloud, 26 août 1808.

Je reçois votre lettre du 9. Montesquiou est parti avant-hier; ainsi cette lettre pourra vous arriver avant lui. Voici ce qui s'est passé. Il y a deux jours que M. de Metternich reçut un courrier de Vienne, qui annonçait la résolution où était sa cour de me donner satisfaction sur tout, et de faire rentrer les choses dans leur ancien état pour le 1 er septembre. M. de Metternich avait même l'ordre de me demander une audience et de me donner ces assurances de vive voix, ce qu'il a fait hier avant la comédie. Je lui ai donné une audience d'une heure, dans laquelle il m'a fait toutes sortes de protestations de bons sentiments, et m'a annoncé que sa cour reconnaîtrait le nouveau roi d'Espagne. Je suis donc fondé à penser qu'au l -r septembre, c'est-à-dire dans peu de jours, tout sera rentré dans l'ancien état. Je renverrai alors les troupes de la Confédération chez elles, et tout redeviendra pacifique en Allemagne. La convention avec les Prussiens n'est pas encore signée ; j'espère

(1) A. Vaxdal, Napoléon et Alexandre, t. III.

qu'elle le sera demain ou après. Aussitôt que je verrai que l'Autriche tient ses promesses, je compte réunir 100,000 hommes au camp deBayonne. Le 1 er et le 6* corps de la grande armée arrivent à May en ce.

Les Anglais veulent attaquer le Portugal. Au 15 août il n'y avait rien de nouveau à Lishonne. Junoty était en bonne position, ainsi que l'escadre russe.

La division espagnole qui était dans le Nord s'est embarquée pour l'Espagne, grâce à l'extrême imprévoyance du prince de Ponte-Corvo, quoique je lui eusse répété plusieurs fois qu'il devait placer ces troupes de manière à en être sûr ; mais La Romana et d'autres généraux espagnols lui avaient tourné la tête. Vous pouvez parler de cette affaire, comme ne voulant pas désarmer ces troupes ; dites que je 'préfère les vaincre en Espagne à désarmer des soldats qui étaient passés à mon service, mais que cette trahison m'a révolté et que les traîtres seront punis.

Les affaires d'Espagne vont médiocrement. Le roi d'Espagne est à Burgos; l'armée occupe la ligne du Duero. Saragosse a été prise; chaque maison a essuyé un siège, de sorte que cette ville est saccagée et perdue. Mes bonnes troupes arrivent de tous côtés, et aussitôt que la canicule sera passée, on fera une sévère justice des rebelles. Le parti du roi est composé de tous les hommes sages, mais qui tremblent sous les poignards des moines et aux sollicitations des agents anglais. '

Vous jugerez convenable de moins presser l'empereur Alexandre d'agir contre l'Autriche, puisque celle-ci ne paraît pas vouloir y donner lieu.

Vous recevrez par le prochain courrier les communications que je vais faire au Sénat des traités faits avec le roi d'Espagne, et des relations qui exposent au clair ce qui s'est passé et se passe en Espagne, pour détruire les faux bruits, quoique l'événement de Dupont ne soit que trop vrai. Lui et Marescot ont montré autant d'ineptie que de lâcheté et de pusillanimité. Je soupçonne que Villoutreys ne s'est pas comporté dans cette circonstance comme il convenait à un ofGcier de ma maison. Je ne le conserverai probablement pas près de moi. L'ancien roi d'Espagne est toujours à Compiègne, où il a la goutte; les princes sont â Valençay.

Depuis les dernières nouvelles de Constantinople, nous ne savons rien.

P.-S. — Les troupes espagnoles qui se sont sauvées avec le

marquis de la Romana ne se montent qu'à 5,000 hommes; 7,000 sont restés entre les mains du prince de Ponte-Corvo. J'ai ordonné qu'on les désarmât et qu'on les fît prisonniers.

Saint-Cloud, 29 août 1808.

J'ai reçu vos lettres du 20. Je suis bien aise que votre brigade soit prête. Faites-moi connaître quand elle sera rendue à Gand ou à Bruxelles. Vous me parlez dans une de ces lettres des mauvaises dispositions du Nord ; elles seront vaines. J'ai des forces suffisantes pour contenir et vaincre tous mes ennemis; j'en ai aussi pour réparer les bévues et les sottises de mes généraux. Vous verrez dans le Moniteur d'aujourd'hui que la Russie et l'Autriche ont reconnu le roi d'Espagne. Il est certain qu'il ne peut rien y avoir en octobre; mais ce qui se tramera cet hiver pour éclater au printemps, c'est une autre question. Il est de mon devoir comme du vôtre de supposer que la guerre générale aura lieu au printemps ; il faut donc préparer vos troupes, les mettre sur un hon pied et vous tenir en mesure d'être utile. Vous avez eu tort de renvoyer de votre garde les Français, qui sont de bons soldats et qui vous auraient bien servi. Vous avez eu plus tort de renvoyer 500 Russes qui se seraient aussi bien battus. Il y a longtemps que je vous ai dit que vous agissez trop vite. On passe ainsi sa vie a faire et à défaire.

Je vous recommande d'avoir l'œil sur mon escadre de Flessingue. Aussitôt que je pourrai faire revenir vos troupes d'Allemagne, je le ferai; mais il faut que je voie encore s'éclaircir les affaires.

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