‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 378 sur 493 · A JOSEPH NAPOLÉON · texte numérisé non relu

A JOSEPH NAPOLÉON

Paris, 27 mars 1809.

Je ne sais ce que vous voulez me dire des correspondances du sieur Fré ville ; vous me supposez beaucoup trop occupé des détails. Je me suis réservé les biens des douze familles proscrites, et je ne prétends pas à autre chose.

J'ai lu aujourd'hui cinq numéros d'un courrier espagnol rédigé en français ; je ne sais pas à quoi peut servir cette gazette. Si c'est pour agir sur l'armée, n'aurait-il pas été convenable que j'en connusse le rédacteur et qu'il eût ma confiance? Si c'est pour influer sur la France et sur l'Europe, il serait bien naturel qu'on me laissât ce soin, au moins pour ce qui regarde la France. On se permet dans ce journal des discussions littéraires sur Paris, et l'on s'y établit à l'égard de la France le Don Quichotte des Espagnols. Que cela s'écrive en espagnol et pour les Espagnols, ce n'est que ridicule; mais cela est très inconvenant en français. La France, engagée en Espagne dans une guerre si cruelle, doit espérer au moins l'avantage de régénérer ce pays et de le rendre à des idées plus libérales. On ne peut donc considérer que comme des malveillants ceux qui, dans ce moment, osent publier en français que l'Espagne était bien administrée sous Charles IV, et font l'éloge pompeux 'd'un Jovellanos que l'Europe ne connaît pas et qui est notre ennemi si acharné qu'il ne pardonne à personne. Il faut supprimer cette

(1) Al iv 879 — Mémoires du roi Joseph, t. VI, p. 89.

gazette, ou la faire rédiger en espagnol. J'ai ordonné qu'on en arrêtât partout les exemplaires.

Le ministre de la guerre vous écrit sur les opérations militaires, qui me paraissent bien faibles. Il est urgent de rétablir, à quelque prix que ce soit, les communications avec le duc d'Elchingen et le duc de Dalmatie. Il me semble que voilà un mois qu'on n'a pas reçu de lettre du duc d'Elchingen, et qu'on laisse La Romana s'établir entre la Galice et les Castilles. Si cela continue, les affaires d'Espagne empireraient d'une manière effrayante. Il faut beaucoup de soins et d'activité dans la conduite de ces opérations militaires.

Le prince de Neuchàtel part. On lui assure de tout côté que les Autrichiens attaquent les Bavarois depuis deux jours.

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