‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 407 sur 493 · GOUVERNEUR DE VIENNE · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR DE VIENNE

Schônbrunn, 25 juin 1809.

La ville de Vienne est mal gouvernée. L'insolence du peuple vient de la négligence à réprimer les excès auxquels il s'est livré depuis un mois.. Ces excès sont d'une nature telle qu'il n'en est aucun qui n'aurait dû être puni par la mort de plusieurs hommes. Si des exemples avaient été faits, la populace serait rentrée chaque jour de plus en plus dans le devoir. La coupable négligence dont on a usé a eu le résultat de rendre ce peuple insolent ; c'est la première fois que je vois mes armes méprisées. On m'a laissé ignorer ces faits; on n'a donné suite à aucun. Tout est encore à organiser dans Vienne, et tout est dans la main des bourgeois et de nos ennemis. Les Français y sont vexés et jugés par les vaincus. Il faut que cet ordre de choses change promptement.

On me remet tous les jours un rapport ridicule et insigniGant sur des faits obscurs qui ne peuvent m'intéresser. Pas même à Paris, de pareils rapports ne viennent à ma connaissance : ils restent chez les autorités locales. Mais on ne me remet pas le rapport politique des délits de la populace contre les Français. Mon intention est que désormais vous me remettiez tous les jours un rapport des commandants des faubourgs sur les événements importants de la journée et sur les mesures prises pour maintenir l'ordre, pour découvrir les criminels et venger les affronts faits aux Français.

Vous devez d'abord vous assurer que les commandants des faubourgs parlent allemand ; c'est un objet important. Vous attacherez à chacun des commandants de faubourgs un officier de Nassau, 2 sous-officiers et 15 hommes, lesquels formeront sa garde. Il se servira de ces Allemands pour bien éclairer ce qui se passe. Tout commissaire de police reconnaîtra le commandant du faubourg, lui rendra compte de ce qui se passe et fera toutes les dispositions pour exécuter ses ordres.

11 y aura également près le commandant de chaque faubourg un officier de garde bourgeoise et 8 hommes intelligents et pris dans cette garde, dont il se servira pour faire la police dans la populace et requérir les corps de garde de la force armée.

(i) AFiv 880.

Tout Viennois arrêté par la garde bourgeoise pour dispute de police ordinaire sera envoyé devant le commissaire de police.

Tout Français arrêté pour des querelles avec un Viennois, ou tout Viennois arrêté par une patrouille française, sera traduit devant le commandant du faubourg, sans que les autorités locales aient à s'en mêler.

Si les commandants des faubourgs ne sont pas assez nombreux, il faut en augmenter le nombre. C'est sur eux que doit rouler la surveillance et la police de la ville.

Sous quelque prétexte que ce soit, aucun prisonnier de guerre allemand ne doit entrer à Vienne. Le dépôt sera à Schënbrunn. Cet ordre a été donné plusieurs fois ; mais les consignes ne s'exécutent pas, parce qu'on ne punit pas les commandants de corps de garde qui out transgressé ces ordres.

Mon intention est que la garde nationale ne dépasse pas le nombre de 5 à G, 000 hommes, qu'elle n'ait pas plus de 1,500 fusils, et que tous les autres fusils, canons, etc., soient pris pour le service de mon armée. Vous me rendrez compte de la manière dont ce désarmement doit se faire, et je vous autoriserai à le faire demain 26. Immédiatement vous publierez un ordre pour enjoindre à tout individu qui aurait des boulets et des canons, de les rapporter. Faites précéder cet ordre de la sentence de mort de celui chez lequel on a trouvé les trois canons.

Vous prendrez des mesures pour faire des visites domiciliaires et découvrir ceux qui continueraient à avoir des armes. Vous exciterez les dénonciations, en chargeant les commandants des faubourgs de donner récompense à ceux qui leur en feraient découvrir.

Vous ordonnerez que tous Anglais, étrangers et gens sans aveu, quels qu'ils soient, soient arrêtés.

Faites faire une liste des principaux grands propriétaires ou de leurs hommes d'affaires, et ordonnez-leur de faire venir du blé, dont ils ont une grande quantité dans leurs campagnes, tels que le prince Albert, quia des grains à quelques lieues de Vienne, le prince Esterhazy ; également les chefs de couvent, obligez-les à faire venir du blé. Je suis certain qu'il y a des magasins cachés dans la ville. Exercez une grande surveillance là-dessus, et faites saisir ce qui se trouverait à Vienne ou dans les environs. Faites-le mettre en magasin sous la responsabilité des communes.

Pour gouverner Vienne, il faut de la fermeté et de l'énergie. Pour vous donner un exemple de l'ignorance où on me laisse, on ne m'a rendu aucun compte de la prise d'une voiture de fusils qui a donné

lieu à un événement important. Des injures sont faîtes journellement aux patrouilles françaises, je n'ai pas encore eu un rapport là-dessus. Je vous envoie un rapport que j'ai demandé sur cette affaire de fusils ; il est important d'y donner suite, de savoir d'où viennent ces armes, où on les introduisait, où on voulait les porter.

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