‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 429 sur 493 · MINISTRE DB LA POLICB GÉNÉRALE, TENANT LB PORTEFEUILLE · texte numérisé non relu

MINISTRE DB LA POLICB GÉNÉRALE, TENANT LB PORTEFEUILLE

DB l'intérieur (3).

Schônbrunn, 28 juillet 1809.

J'ai reçu un fatras que vous m'avez envoyé sur le commerce des blés et qui est tout à fait ridicule. Je ne sais pourquoi on a commencé par là; il fallait commencer par me montrer l'alphabet. C'est un bavardage d'économistes. Qui est-ce qui s'oppose en France au

(1) AFiv 881.

(2) Ibid.

commerce des blés? Qui est-ce qui s'oppose à l'exportation? Ce n'est pas la loi du pays; ce sont les Anglais qui empêchent les neutres de venir dans nos ports et d'enlever nos bâtiments (sic) . Ces raisonnements sont pitoyables, mais ont un grand inconvénient : c'est d'encourager le commerce à régenter le gouvernement, de relever les discussions et de mettre de l'agitation dans les esprits. L'administration n'est point économiste. Les principes sur le commerce des blés sont invariables : il y a exportation aussitôt qu'il y a des débouchés; il n'y a pas d'exportation sans commerce avec l'étranger. Ces moyens de commerce, c'est l'Angleterre qui les empêche. J'ai tâché d'y suppléer par des licences, et, si Ton s'en sert, cela pourra remédier au mal.

Pour ce qui me regarde, je vous prie de ne pas m'envoyer de pareilles balivernes. Je n'ai pas besoin du radotage ni des leçons de M. Dupont de Nemours et de quelques négociants.

J'ai lu les lettres de la chambre de commerce. Vous avez eu tort de la recevoir, et je suis fâché de voir la direction que vous donnez à l'intérieur. Nous n'avons pas besoin de leçons des chambres de commerce; et, si nous en avions besoin, ce n'est pas M. de Nemours qui nous en donnerait. Des conversations avec quelques négociants instruits peuvent être utiles ; mais les délibérés des chambres sont toujours inutiles et ont de graves inconvénients. Il faut que la chambre de commerce soit bien ignorante, si elle ne sait pas : 1* que les Américains n'ont pas levé leur embargo pour la France; 2* que je ne me suis jamais opposé à ce que les Américains vinssent dans mes ports ; ce sont les Anglais qui s'y opposent. L'acte d'empêchement a été levé pour la Hollande. Le roi a cru devoir le recevoir. J'ai cessé de permettre l'introduction des marchandises de Hollande en France, et je l'ai sommé de rapporter la mesure qu'il a prise, voulant que la France et la Hollande suivent le même principe ; et certainement, si l'Angleterre veut laisser venir les bâtiments américains en France, je serai le premier à l'approuver. La chambre de commerce ne sait rien et ne bavarde que préceptes. Je vous prie de ne pas m'exposer à l'inconvénient de recevoir de pareils mémoires. Je vois que vous n'avez aucune expérience des affaires de l'intérieur : nous n'avons besoin d'aucune nouvelle législation en fait de commerce. La France souffre beaucoup, je le sais, non par la législation, mais par le blocus de l'Angleterre. Cela vient de ce que les pavillons danois, russes, prussiens, etc., comme ennemis, ne peuvent circuler, que les Américains ont mis l'embargo chez eux, puis après ont rendu un acte d'empêchement. Il n'y a pas de canal

d'écoulement; on a cherché à y suppléer par des patentes ou des licences. Faites-moi connaître l'effet de ces mesures, et n'agitez pas l'esprit du commerce par de folles et intempestives discussions. Us bavarderont beaucoup et ne diront rien qui vaille : ils n'ont pas même les premières notions de la question.

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