‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 446 sur 493 · AU COMTE DE CHAMPAGNY · texte numérisé non relu

AU COMTE DE CHAMPAGNY

ftctoabraiiB, 90 aoét 1809.

Je vous renvoie votre courrier, qui ne vous porte rien d'intéressant. J'ai reçu votre lettre du 10 à minuit. Il est possible que H. de Metternich ait des nouvelles de l'Angleterre. Tâchez de connaître celles qu'il a, et sachez surtout s'il a des journaux anglais. Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous lui communiquiez les gazettes françaises. On n'a pas encore publié toutes les pièces relatives à la descente des Anglais, parce qu'il a fallu le temps de me les envoyer. Dans peu de jours, toutes les dépêches télégraphiques , rapports et autres pièces officielles seront dans le Moniteur . Donnez-lui la nouvelle que, en Espagne, le général Wellesley, avec trente mille Anglais, a élé complètement battu à trois journées de Madrid, et que, par les résultats de cette victoire, les Anglais seront jetés dans la mer. Quant à Flessingue, je regarde cette entreprise comme un bonheur, parce que c'est la meilleure occasion de demander quatrevingt mille hommes, ainsi que je l'ai fait par mon message du 16 août, quatre-vingt mille hommes qui me resteront après le rembarquement des Anglais, que je suppose devoir être fait avant la fin du mois. Les Autrichiens doivent en savoir le but mieux que nous. C'était sans doute de s'emparer de l'escadre; mais il paraît que les Anglais ont eu de fausses dgnnées sur Anvers et Flessingue.

Faites connaître à M. Gardanne que sa lettre du 17 août a été mise sous mes yeux, et que je l'ai trouvée pleine de fautes et d'ignorance de ses devoirs. De même qu'un ambassadeur ne peut parler sans ordre, de même il ne peut revenir sans ordre, surtout quand cet ambassadeur quitte une ambassade qui m'a déjà coûté plus d'un million, et compromet des relations si précieuses sous tous les points de vue. Ainsi, dans tous les cas, son retour en France sans ordre serait un crime ; mais, puisque votre lettre de Toulouse du 17 juillet, qu'il cite, contenait l'ordre de rester à son poste aussi longtemps que possible, c'était lui dire assez qu'il devait rester jusqu'à ce que la cour de Perse le chassât; et, bien au contraire de l'avoir chasse, la cour de Perse a été desespérée de son départ et a fait son possible

(1) AFiv 881. — Le ministre était alors à Altenbourg pour les négociations de la paix avec l'AutrùJje.

LETTRES IXED1TES DE NAPOLKON I*. — 1809. 351

pour le retenir. Je ne saurais voir dans celte conduite que peu de zèle pour mon service et une infraction manifeste à ses devoirs. Au reste, il y a tant de décousu dans toutes ses dépêches, qu'il me paraît qu'il y a quelque chose de dérangé dans sa tête. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître les Français qui restent actuellement en Perse, et ceux qui y sont allés avec M. Gardannc. Je vous renvoie la lettre de l'empereur de Perse ; faites-moi une réponse que vous enverrez par la plus courte voie. Vous lui direz que j'ai Maine et disgracié le général Gardanne pour avoir quitté sa cour; que je donne ordre à mon chargé d'affaires de rentrer dans sa capitale , et que je lui enverrai incessamment un autre ambassadeur; que je vois par sa lettre qu'il a bien compris la situation où je me trouve, comme j'ai bien compris les raisons qui l'ont obligé à reprendre des relations momentanées et apparentes avec les Anglais.

Écrivez à II. de Saint-Marsan que le ministère de Berlin parait toujours dans une fausse direction ; que ces imbéciles s'imaginent que l'armée française n'est plus ici que de soixante-dix mille hommes. Faites-lui connaître ce qu'il en est, afin qu'il leur fasse savoir, au besoin, que l'armée est de plus de trois cent mille hommes, et qu'on doit comparer les idées qu'ils ont aujourd'hui à Berlin avec les idées qu'ils avaient avant la bataille d'Iéna, où l'on croyait également qu'il n'y avait plus d'armée française.

Je veux cultiver mes relations avec la Perse; j'y attache du prix.

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