A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE
MINISTRR DKS RELATIONS EXTÉRIEURES (3).
Trianon, 17 décembre 1800.
Je pense qu'il est nécessaire que vous expédiiez aujourd'hui au
(1) AFiv 882.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
duc de Vicence un courrier qui sera porteur du Moniteur (1). Vous lui manderez que ce Moniteur doit lui faire assez connaître la nécessité d'une réponse prompte et décisive.
Vous lui répondrez qu'il est faux que la lettre du prince Galitzine ait été communiquée à qui que ce soit; que, quand on emploie le mot Pologne dans quelque acte, c'est une erreur des employés, qui n'y entendent pas malice ; que j'ai témoigné mon mécontentement au prince de Neuchàtel pour avoir laissé mettre ce mot dans la convention militaire ; qu'il est difficile que ces nuances n'échappent pas quelquefois aux employés ; qu'aussi je me suis plu à faire dire, dans le discours du ministre de l'intérieur au Corps législatif, que les acquisitions en Galicie n'étaient pas une affaire de politique, mais de circonstance ; que l'empereur Alexandre a vu de quelle manière j'ai tranché la question de la Moldavie et de la Valachie, dans le même moment où je recevais la nouvelle des échecs essuyés par ie prince Ragration; que j'ai facilité la paix de la Suède; que cettt phrase de mon discours va la lui ménager avec la Porte. Que pouvais-je faire de plus?
Vous lui direz que la conduite du sieur Ledoulx est une folie, que je lui donne l'ordre de revenir à Paris pour en rendre compte. (Vous lui donnerez effectivement cet ordre; je serai bien aise d'avoir par ce consul des renseignements sur la situation de ce pays; il laissera son chancelier.) Vous ajouterez au duc de Vicence que, si un consul français gène à Bucharest, on l'ôtera.
Le duc de Vicence ne manquera pas de dire à M. de Romanzoff que, les Français étant nés dans l'idée que la France doit protéger la Porte, il est des choses qui tiennent au protocole et aux circonstances et que l'on ne peut dire tout haut que l'on abandonne la Turquie ; que mon discours ne laisse aucun doute sur la réunion de la Valachie et de la Moldavie. Le duc de Vicence, qui a les protocoles des conférences d'Altenbourg, doit faire remarquer à M. de R02 manzoff que, dans ces conférences, nous n'avons jamais voulu de la Galicie ; que nous en avons fait une question à part, et que l'Autriche, au contraire, voulait nous la donner tout entière.
(1) Sénatus-consulte prononçant le divorce entre Napoléon et Joséphine.