‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 63 sur 493 · A M. FOUCHÉ · texte numérisé non relu

A M. FOUCHÉ

Ilayence, le 4* complémentaire an XII (21 septembre 1804).

J'ai lu les pièces que vous m'avez envoyées du voyageur d'Husum ; elles sont très curieuses. J'y trouve ce fait qui cadre avec d'autres données que j'ai eues dans le temps, c'est que ce misérable Lahorie s'était chargé de suivre ma piste et d'avertir de l'instant favorable. Ce renseignement n'a pu m'étre donné que par vous ou Real. 11 faudrait savoir en quoi il se rapporte à la relation de Couchcry.

Lâchez un mandat d'arrêt contre Lahorie, que vous enverrez aux différents commissaires du gouvernement, et répandez que des griefs considérables sont venus à la charge de cet individu.

J'imagine que le voyageur d'Husum est parti. Il ne vous a pas échappé par la relation de Couchcry que ce polisson serait prêt à recommencer une seconde (bis. On pourrait donc profiter de cette extrême inconséquence, pour faire demander par son frère des conseils sur les hommes qu'il faudrait tàter et sur les moyens qu'il faudrait prendre pour renverser le gouvernement, qu'on aurait de l'argent à volonté. II faudrait aussi le faire interroger si Macdonald aurait la couleur et la volonté d'intermédiaire, et la résolution pour se mettre à la tête de ce parti. La légèreté est le caractère distinctif de tous ces individus, et je pense qu'il ne serait pas difficile de trouver des moyens pour faire parler Rivière. Un agent très adroit, qui commencerait par se mettre dans la confiance d'une femme qui a été sa maîtresse et a pris un grand intérêt à lui, qui serait porteur d'une lettre du comte d'Artois, pour laquelle il devrait ajouter foi à son contenu (sic), pourrait bien remplir ce but, et on ne devrait pas être embarrassé ni de la signature ni du cachet. Il faudrait trouver un moyen raisonnable pour que cet homme pût lui parler dans sa prison, et le moyen le plus extravagant serait le meilleur : en supposant par exemple qu'il s'est engagé dans le corps qui garde la

(i) AFiv 865. — Une version allemande de cette lettre t été publiée dans la Xeue Freie Presse de Vienne du 27 juillet 1881, et traduite en français dans le Temps du 31 juillet.

prison, et faire faire la première entrevue un joor qu'il serait de garde en habit de soldat; joindre à cela 200 louis, que cet individu serait chargé de lui remettre, et lui faire connaître qu'il a des moyens de lui en faire toucher, jusqu'à la somme de 2,000 louis. Il commencera sans doute par envoyer de l'argent à sa sœur; on le lui fera toucher. Au bout de quinze jours, par ce moyen, vous aurez une correspondance entre le comte d'Artois et Rivière, qui serait très curieuse.

Pour réussir dans ce projet, il faut tenir Rivière au cachot, et ne point lui laisser voir sa maîtresse. Ce n'est pas à vous qu'il faut dire combien il est important de savoir le secret de cette affaire.

J'imagine que les personnes qui sont à Paris, dont il est question dans le mémoire, sont surveillées. Il faut eu faire un petit état; il ne faut qu'aucune d'elles reste à Paris.

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