LETTRE II
▲ Çtraibonrgy 2 septembre i;53.
Je Fai lu , Madame , ce mémoire touchant dont vous me faites Thonneur de me parler.
C'est par oii j'ai commencé en arrivant à Strasbourg. Je ne vois pas ce que la rage de nuire pourrait opposer à des raisons si fortes. Je suis encore un peu enthousiaste , malgré mon âge. L'innocence opprimée m'attendrit; la persécution m'indigne et m'effarouche. Je prends le plus vif intérêt à cette affaire ^ m^ème indépendamment des sentimens qui m'attachent à vous depuis si long-tems. J'ai entendu beaucoup parler , beaucoup raisonner dans .mon hermitage , où il vient trop de monde, et oii je ne voulais voir personne. Je conclus » moi, à faire élever un monument àda gloire de votre frère , et à recevoir monsieur son fils en triomphe à Strasbourg. Tout ce^e je sais,
(^) Imprimée dans rcditîon de Kell.
DE VOLTAIKE» 5
c'est que feu M. de Klinglin a rendu, pendant trente ans, Strasboiu'g respectable aux étran^ gers , et que la patrie ne lui doit que de la reconnaissance. On dit que l'affaire est jugée au moment oii je vous écris, et j'attends avec impatience le moment de juger l'arrêt.
Le tribunal des honnêtes gens et des esprits fermes est le dernier ressort pour les persécutes.
Madame Gajot est venue dans ma solitude* Dieu veuille que vous ayez sa santé ! Je n'en ai point du tout; mais je porte par-tout un peu de stoïciisme. Croiriez-vous , Madame , que cette destinée qui nou2( ballotte m'a fait presque alsacien ! Je me suis trouvé^ sans le savoir, possesseur d'un bien sur des terres auprès de Gôlmar , et il se pourrait bien que j'y allasse. Je ne m'attendais pas à avoir une renie sur les vignes de Miquéi^ir} mais la chose est ainsi. Je ferais certaineihent le voyage , si je croyais pouvoir vous faire ma cour dans le voisinage ok vous êtes* Mais si vous revenez dans votre solitude auprès de^ Strasbourg , je ne ferai pas le voyage de^ Colmar. Je me meurs d'envie de vous revoir.
Madame ; il n'y aurait pas de plus grande consolation pour moi. Peut-être même le
4 LETTBES INEDITES
plaisir de vous entretenir de tout ce q[ue nous avons vu , et de repasser sur nos premièi^es années» pourrait adoucir les amertumes que vQtre sensibilité vous fait éprouver. Les matelots aiment^ dans le port, à parler de leurs tempêtes ; mais y a-t-il un port dans ce ^londe ? On fait par-tout naufrage d^ns ,^n rylssej^u.
Si vous êtes en commerce avec mon^iei^r Djss^leurs , je yq|is prie , Ma^aofe , de le £aiirp souvj^nir ^ moi. J|S,lui crois à pr^sei^t une vraie :f^çe à turban, ^^o^r mo^i , je,si{is plusm^requcjaïi^is.jje^ftis ^e om^rje, mais une ,çm^re urès-rçi^ii^ible, trèsrioijicbée de tout cp qui y pus rfsgarfle , et qui yçii- '4re|it;l:(ien vous app^r^ttre. Adieu, A((^da|ne ; }e yoi^s sq^^iaite un soir serein. si;r la ^fyi de ce .jour.Qr^geiix, qu'on appelle la vie .Comptez qBÇ je yows ,suis ^éyoué ,9ç%ec ,Ie plus tendre ^r€;sp«<;t.
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