LETTRE XVII
Aux Délices, a3 ao&t 1756.
DiTSS-MOi donc, Madame, yous qui êtes sur les bords du Rhin, si notre chère ' Marie*Thérèse., Impératrice-Reine, dont la tête me tourne, prépare des efforts réels pour reprendre sa Silésîe. Voilà un beau moment; et si elle le manque , elle n'y reviendra plus. TSe seriez-vous pas bien-aise de voir deux femmes , deux impératrices , peloter un peu notre grand roi de Prusse, notre Salomon du Nord ? Pour moi , dans ma douce retraite , au bord de mon lac , je ne sais aucune nou* velle 3 je n'apprends rien que par les gazettes. Elles me disent qu'on coupe des lêtes en Suède ; mais elles ne me disent rien de cette reine Ulrique.que j'ai vue si belle , pour qui j'ai fait autrefois des vers , et qui , sans vanité , en a fait aussi pour moi. Je suis trèsfàché qu'elle se soit brouillée si sérieusement 9vec sou parlement, lie nôtre fait , dit^^on ,
4o LETTRES tlfÈDfTE«
des remontrances pour une taxe sur les cartes^ et brûle des mandemens 4'^véque. On voua envoie dans votre Alsace un confesseur; un martyr de la constitution , que j'ai vu quel« que tems fort amoureux , et dont sa maîtresse était aussi mécontente que ses créanciers. . Les saints sont d'étranges gens. Portez-voui bien , Madame ; faites du feu dès le mois de, s^tembre* Traitez le climat du Rhin comlhe je traite celui du laci Vivez avec une amie charmante. Souvenez -vous quelquefois de moi. Madame Denis et moi nous vous présentons nos respects. U est triste pour noua que ce soit de si loin.
LETTRE XVIU.
Aux Délices, 6 octobre i.^56«
Si je ne me inouraîs pas d'un vilain rhuma* tisme , Madame , je crois que je mourrais de joie des nouvelles que vous avez la bonté de m'envoyer. Mais sont-elles bien vraies? Si vous en savez la confirmation , achevez mes plaisirs.
Vous avez bien raison de détester le style d'un polisson Ç') qui veut faire le plaisant , et parler en homme de cour des princes et des femmes dont il n'a jamais vu l'antichambre.
Il y a encore une raison de mépriser son livre, c'est que d'un bout à l'autre il contient un tissu de mensonges , ou de contes traînés dans les rues. Il est très-bien à la "^Bastille pour quelques impostures punissables 3 notre chère Marie-Thérèse, y est pour quelque chose. Si Marie-Thérèse est victo-
(^) On croit que Voltaire yeut parler de l4tf4Ë2Mi^)nU2^>\/ '
melle, son ennemi ^ contre lequel il emploie ime expression ignoble.
4a LETTRES INÉDITES
rieuse» comme je l'espëre, et si je suis en vie y Cft que je n'espère guère , vous pourriez bien encor revoir à File Jard votre ancien courtisan, qui vous sera attache jusqu^au dernier soupir de sa vie. Mille respects à votre digne amie.
BX YOI^TAXRI. 43