‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 142 sur 405 · A M. LE COMTE DE ROCHEFORT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE ROCHEFORT

lî. octobre.

Mon ombre a été consolée, égayée par M. d'Alembert et par M. de Condorcet pendant quinze jours. J'aurais bien dû me vanter de ma fortune à mes deux consolateurs du Yivarais, dont je regrettais plus que jamais la présence. Que madame la philosophe Dix-Neuf- Ans nous aurait animés ! que M. le chef de brigade nous en

* Il s*agit de la statue portant cette inscription i AM.de Voltaire, la gmu de lettres $es compatriotes et ses contemporains.

aurait dit de bonnes! Je ne peux plus écrire, tant je suis faible ; mais j*aurais pensé et senti.

M. d'Alem^ert est actuellement à Lyon, et s*achemine tout doucement en ProTence.

Nous jetons enfin les fondements deVersoix ; nous y bâtissons, madame Denis et moi, la première maison. Ce n*est pas que Taventure des inscriptions' m'ait laissé le moyen de b&tir ; mais le zèle fait des efforts, et Tenvie de mettre la première pierre dans la ville de M. le duc de Choiseul m*a fait passer par-dessus tout. Je sais bien que je n'habiterai pas cette maison ; mais madame Denis en jouira, et je suis content. En attendant, je me flatte d'être encore assez heureux, pour voir M. et madame de Rochefort honorer Ferney de leur présence; on ne peut finir plus agréablement sa carrière.

15 oetobre.

Mon cher ange, M. Marin me mande qu'il m'a envoyé, le 6 octobre, un gros paquet de vous que je n'ai point reçu, quoiqu'il m'en soit parvenu six contresignés Choiseul et Chancelier. Tous ces six étaient des factums de plaideurs. Cependant je ne crois pas être de la chambre des vacations, encore moins du conseil d'État.

Pour moi, je vous envoie le factum de Massinisse contre Scipion, par l'avocat Lantin*. Il a réformé son plaidoyer dans plusieurs points pour captiver la faveur

^ Les mesures financières de l'abbé Terray lui avaient fait essayer de grandes pertes.

* Sophonisbe, qa*U fit paraître sous ce pseudonyme.

DE VOLTAIRE (1770). «i»

de ses juges. Je ne sais si Le Kain pourra plaider cette cause à Fontainebleau devant le duc de Prasiin et M. le duc de Choiseul; je vous adresserai d*autres exemplaires, dès que vous l'ordonnerez.

Si TOUS êtes à Fontainebleau, j*ai bien fait d'adresser ce paquet à M. le duc de Prasiin; et si vous êtes à Paris, j'ai encore bien fait, parce que ce paquet lui arrivera plus sûrement.

Qu'il ait la bonté de me permettre de le féliciter et de ]e remercier d'avoir mis Tunis à la raison. Comme on aime passionnément dans ce pays-là les montres de France, et qu'elles sont à bien meilleur marché que celles d'Angleterre, la fabrique de Ferney oflfre ses trèshumbles services à M. le duc de Prasiin.

Pour moi, mon cher ange, je ne vous offre pour le présent que des vers de six pieds en tout genre.

Je me flatte que madame d'Argental est en bonne santé; madame Denis vous fait les plus tendres compliments.

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