‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 166 sur 405 · A M. LE MARQUIS DKARGENCE DE DfRAC · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DKARGENCE DE DfRAC

Le vieux malade de Femey, devenu presque entièrement aveugle, aimera, tant qu'il vivra, le philosophe militaire d'Angouléme. Son état l'empêche aonvent d'écrire, et d'ailleurs, le long circuit des lettres qui passent par Paris est un obstacle.

On a dépéché depuis quelques jours un petit paquet pour amuser mon philosophe angoumois; on ne sait s'il parviendra.

Nous avons beaucoup de fermentation dans le par* lement de Dijon, comme dans tous ceux du royaume; maïs il est àcroire que la sagesse du roi et du ministre dissiperont tous ces nuages. Le droit est certainement du c6té du roi ; sa fermeté et sa douceur rendront ce droit rei^ectable.

7li. — A M. LE MARQUIS DE THIBOUVILLE.

8 mai.

n est aussi impossible , mon cher Baron , d'avoir une montre à répétition pour quatre louis que d'avoir

DE YOLTAIRE (1771). Î39

à Paris un esturgeon pour quatre sous; ainsii je vous conseille de renoncer à cette idée.

M. de Belloy ' mérite une pension de la cour pour avoir ramené au spectacle les oisifs de Paris, qui ne s'occupaient que de brochures pour et contre Vancien parlement. Il fait là une belle diversion dont le gouvernement doit lui être très-obligé. C*est le poète tra<gique de la nation ; les autres étaient Grecs et Romains. Il est bon qu'il y en ait un qui soit citoyen. Je vous prie de lui faire mes très-sincères compliments.

Je ne me porte pas assez bien , f ai des affaires trop épineuses et des occupations trop tristes pour songer actuellement à des vers. Chaque chose a son temps; je suis bien aise, d'ailleurs, d'oublier entièrement un ouvrage pour le revoir avec des yeux frais.

Portez-vous bien ; madame Denis s'intéresse bien vivement à votre santé, quoique elle n'écrive point.

Ayez la bonté de faire la cour à mes anges, vos voisins, quand vous les verrez , et conservez-moi votre amitié, qui me sera toujours bien précieuse. Je suis un peu aveugle et sourd, et presque mourant; mais cela n'est rien.

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