‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 245 sur 405 · A M. LE MARQUIS DE MONTEYNARD · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE MONTEYNARD

A Feraej, 10 janTier.

Monseigneur, il n'appartient point du tout à un vieillard inutile de vous fatiguer de ses compliments, encore plus inutiles que lui. Mais s*il est vrai que le roi ait dit que vous deviez compter parmi vos amis votre probitéetlui, permettez-moi devousdirequ*oulre ces deux amis-là, vous avez de très-respectueux serviteurs qui font des vœux pour votre prospérité, et je suis confondu dans cette foule.

Je me flatte que vous avez été content du travail que vous daignâtes confier Tannée passée à M. Dupuits ', ainsi que de celui qu*il fit sous vos ordres, il y a deux ans. Vous.le trouverez toujours prêt à vous servir avec la plus grande exactitude et la plus grande diligence. Je sais qu'il a couru cinq cents lieues en peu de temps, sans que celte rapidité nuisit à Tintelligence avec laquelle il a tout remarqué.

Je suis en droit, monseigneur, de vous représenter son empressement à vous obéir, d'autant plus qu'il ne s'est point fait valoir, et qu'il ne vous a parlé ni de ses peines, ni de l'argent qu'il a été obligé d'emprunter pour faire ses voyages , ni d'aucune récompense. Je me borne à vous assurer de son zèle, et à souhaiter qu'il reçoive longtemps des ordres d'un ministre aussi équitable et aussi éclairé que vous.

J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, monseigneur, etc.

* \\ étiit officier d'étaUnmor.

342 LETTRRS INICDITES

30 janvier.

Vous êtes bien humain et bien généreux, monsieur, de vous souvenir d*un vieil ermite octogénaire, qui a joué de son reste avant de quitter la table de jeu, et qui ne sait encore s*il s'est retiré sur son gain.

Je n'ai qu'une idée très-confuse des petits mouvements faits, il y a plus d*un an» en Normandie ; mais j'en ai une très-nette des services que vous savez rendre au roi et à l'État. Si j'ai renoncé au monde, je n'ai pas certainement renoncé à l'intérêt que je pris à vos s^ccès et à VQtre gloire, depuis que j'eus l'honneur de vous connaître. Les Normands sont quelquefois aussi difficiles à mener que le parterre de Paris; mais vous êtes fait pour réussir dans tout ce que vous entreprenez.

L'état où je suis ne me permet pas d'écrire de longues lettres, quoiqu'il ne dérobe rien aux sentiments qui m'attachent à vous.

Agréez, monsieur, le sincère^respect de votre, etc.* Le vieux malade de Ferney.

Page 1