‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 294 sur 405 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

14 septembre.

Vous oubliez donc, monsieur, combien je m'intéresse à vous. Pas la moindre nouvelle de ce que vous devenez, de ce que vous faites. Vous me laissez ignorer si l'on vous a donné au moins une pension sur la Gazette, Je ne crois pas que vous alliez dans votre Lampédouse; mais si par hasard vous preniez ce chemin, songez que vous avez des amis sur la route.

^ Joseph Ilf empereur d'Allemagne.

n a couru des bruits bien ridicules sur le magistrat qui vous avait donné le secrétariat de la librairie. Je ne crois rien de ce qu'on dit ; mais je croirai tout ce que vous me direz.

Mandez-moi, je vous prie, quel est le magistrat qui est à la tête de la librairie. Est-ce M. Lenoir? Et faut-il vous écrire sous son enveloppe?

30 noTembre.

L'octogénaire malade, enseveli sous dix pieds de neige, n'a guère eu la force d'écrire; à peine peut-il écrire son testament : il ne peut se résoudre à dicter une lettre à MM. les habitants de Paris que quand il a quelque chose à mander qui puisse en valoir la peine. Il a cette fois un sujet d'écrire, et le voici.

Premièrement, mon cher ami, en supposant que vous êtes toujours lié avec M, Linguet, je vous prie très-instamment de lui demander si je puis lui confier, sous le secret le plus inviolable, une affaire trèsintéressante ^ dans laquelle il a déjà signalé, il y a quelques années, son éloquence et son courage avec un heureux succès, et dont les suites méritent assurément toute son attention, ses bons offices secrets et la circonspection la plus grande. S'il veut bien me promettre que cette affaire sera entre lui et moi, je lui réponds qu'elle lui fera un honneur infini lorsqu'elle sera terminée. II ne s'agit point de plaider, mais d'instruire et de donner des conseils à des personnes qui

* Le procèa du comte de Morangiès,

atlcndent tout de ses lumières et de sa franchise. S'il veut bien vous donner sa parole qu'il ne me citera jamais, je le mettrai bientôt au fait. Je n'attends pour cela que votre réponse.

La seconde grâce que j'ai à vous demander, c'est de vouloir bien vous informer si un officier, retiré après quarante ans de service, peut, à l'âge de soixante et huit ans, demander qu'on lui accorde le payement entier des arrérages de sa pension de retraite : celte pension est de mille livres. On lui doit, comme aux autres, cinq ans d'arrérages : ces cinq années sont payées à sa veuve, s'il meurt. Y a-t-il quelque officier à qui on ait fait la grâce de lui payer ces cinq années dues ? Et en cas qu'on puisse se flatter d'obtenir cette faveur, faut-il s'adresser à M. le contrôleur général? N'est-ce pas plutôt au ministre de la guerre qu'on doit avoir recours?

Quoique cette question ne soit pas immédiatement de votre ressort, cependant je présume que vous êtes assez répandu pour en être informé au juste, et je suis sûr que vous êtes assez bon pour m'en instruire.

Si, en répondant à mes deux points, vous me parlez de Henri IV ]oué à la Comédie Française, à l'Italienne et chez Nicolet , si vous me dites votre avis sur les opéras nouveaux et sur les mauvaises pièces nouvelles, ousiffléesou applaudies, vous égayeriez le mourant transi qui vous sera très-obligé.

S91. *- AU MÊME

16 décembre.

Voici de quoi il s'agit» mon cher ami ; je me fie en-

DE YOLTAIRK (1775). MH

tièrement à votre sagesse discrète et à la seDsibilité de votre cœur. Exigez de M. Linguet une réponse en marge aux questions qu*on lui fait. On compte d*ailleurs sur son silence et sur le vôtre^ comme il doit compter sur la reconnaissance de ceux qu*il obligera. Je soupçonne que vous avez été passer quelques jours en Normandie; dites-moi si je me trompe. Je vous embrasse de tout mon cœur.

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