A M. DE GHABANON
A Ferney, 7 atril.
Mon cher ami, j*ai été bien malade; je m'affaiblis tous les jours. Je n*ai pu encore répondre à votre con-^ fiance qui a pénétré mon cœur. Je viens enfin de rassembler mes idées et de les dicter. Plus j*ai relu la pièce, plus j*ai été confirmé dans ces idées que je soumets entièrement aux vôtres. Je m'intéresse à votre gloire comme vous-même; c'est ce tendre intérêt qui m'a rendu sévère; vous pardonnerez au motif, en réprouvant mes critiques. Vous êtes capable de m'en aimer davantage, quand je me serais trompé par amitié. Je vous embrasse tendrement. Y.
58i. — A M. LEGLERC DE MONTMERGY.
16 avril.
Plus j'avance en âge, monsieur, et plus j'aime la philosophie et les philosophes; jugez si j'ai conservé pour vous les sentiments d'une véritable amitié. Tout ce que vous m'avez jamais écrit a été conforme à ma manière de penser, excepté les éloges dont vous me comblez, éloges dont je suis redevable à votre seule indulgence.
Il est triste que, tandis que la raison élève sa voix dans presque toute l'Europe, le fanatisme fasse tou-
jours entendre ses cris dans Paris. Des honnêtes gens se taisenty ou sont persécutés; les fripons sont récom-^ pensés. Je fais plus de cas d*un philosophe comme Tous^ qui honore la médiocrité de sa fortune, que d'un hypocrite nageant dans Topulence et se pavanant dans sa fausse grandeur. Comptez que je vous suis bien véritablement attaché. Y.