‹ Lettres inédites des Feuquières (volume 2)Chapitre 24 sur 48 · M. DES VERNEYS2 A M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQ · texte numérisé non relu

M. DES VERNEYS2 A M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQ

A Feuquières , le 12 octobre 1688.

J'attendois de jour à autre à recevoir réponse à celle que j'ay eu l'honneur de vous escrire; mais, comme par vostre dernière vous m'ordonniez de vous envoyer un projet de nostre parterre, je vous diray que le jardinier de Queux a toisé toutes les distances de quatre en quatre toises, dont la quan-

1 Simon de Pas, chevalier de Feuquières.

9 Régisseur de Feuquières.

3 Après la mort de M. le marquis Isaac de Feuquières, arrivée le 6 mars de celte même année 1688, M. le marquis Antoine de Pas, son fils aîné , prit le titre de marquis de Feuquières .

tité se monte à deux cent vingt-une , en y comprenant le tour de l'octogone, qu'il nous promet un cent de plants de buis de la grande espèce ou plus, et environ cinquante plants d'aurones, accompagnés d'un mille d'autres plants de toutes sortes de fleurs; mais ledit jardinier de Queux jugeroit à propos de les mettre de huit toises en huit toises.

M. de Framenville m'a promis qu'il nous donnera des houx et des chèvrefeuilles.

Ledit jardinier de Queux demande si vous voulez faire couper vos pallissades comme vous le luy avez proposé, qui est de les couper à quatre doigts près du corps , et de les arrester d'un pied et demy par haut ; cependant ledit jardinier est d'avis qu'on les arreste par haut jusqu'à quatre et cinq pieds , parce qu'elles seroient trop descouvertes, et qu'il n'y auroit pas assez de bois pour garnir, attendu qu'il en faudra couper beaucoup de gros qui sera hors de l'alignement. J'ay cependant commandé des échelles doubles pour vos pallissades , afin que , comme le temps presse, aussitost que j'auray reçu vos ordres, on commence à y travailler.

J'attends vos ordres pour faire abattre les tilleuls, aussy bien que pour ce qui concerne la Pâte d'oye. Il est temps d'acheter du sainfoin. J'ay laissé vos fermiers sur le mesme pied qu'ils estoient , parce que vous m'avez fait espérer que vous seriez de retour dans le mois de novembre prochain , et

il sera temps de les mettre à la raison, et j ay fait labourer et ensemencer par nos mains les terres qui vous restent. À l'égard de vostre blé, je n en vends pas , parce qu'il ne vaut tout au plus que vingt-cinq sous le septier, mais seulement j'en livre à ceux à qui il est dû, et ce, sur le pied de trente sous ; mais , comme vous m'avez fort bien marque', voicy le froid qui s'avance, joint à cela que j'y fais travailler journellement; ainsi il se conservera, et il faut espérer qu'il se vendra mieux qu'il ne fait.

Pour ce qui est du sieur Renault, après avoir beaucoup tournoyé , vous devez vous attendre à avoir procès avecluv, puisqu'il est esloigné plus que jamais de la raison, à moins que vous n'ayez, comme je vous ay déjà mandé, une lettre de cachet.

J'ay payé à M. l'Abbé vostre frère 121 liv. 10s., suivant vostre billet. A l'égard de M. Langlois, je le payeray, que cela ne vous donne aucun chagrin; et si vous avez besoin de quelque chose, vous pouvez hardiment tirer lettres de change sur moy ; j'y feray honneur, puisque je suis toujours, en attendant vos ordres, avec respect, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur.

DES FEUQTJIÈRFS. 297

DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQUIÈRES A M. LE MARQUIS DE LOUVOIS

A Heilbron f, le 3 novembre 1688.

Suivant les ordres que j'ay reçus dimanche passé de Monseigneur5, de venir commander icy avec un bataillon de mon régiment les dragons de Lalande et les régiments de cavallerie de Vivans et de Villeroy. Je partis lundy du camp de Philipsbourg pour me rendre icy, où je suis arrivé cet aprèsdisner; et pour commencer, Monseigneur, à vous rendre compte de lestât auquel j'ay trouvé cecy

1 « Lorsque la paix fut conclue à Nimègue en 1678, le marquis « de Feuquières n'étoit que simple colonel. On en a attribué la cause en « partie à la brouillerie survenue entre M. de Luxembourg et M. de « Louvois. Ce ne fut qu'en 1688, au renouvellement de la guerre, « qu'il fut fait brigadier. Il servit en cette qualité au siège de Philips- « bourg , sous les ordres de M. le Dauphin , qui le considéra comme « un officier de distinction. Après la prise de Philipsbourg, M. de « Feuquières reçut ordre d'aller commander sur le Neckre, et établit « sa demeure à Heilbrcn. » {Vie de M. le marquis stntoine de Feuquières, par M. le comte Jules de Feuquières.)

2 « Le Roi avait envoyé en Allemagne , à la tète d'une armée de « cent mille hommes , son fils le Dauphin , qu'on nommait Mon- « seigneur : prince doux dans ses mœurs, modeste dans sa conduite, « qui paraissait tenir en tout de sa mère. Il était âgé de vingt-sept « ans. C'était pour la première fois qu'on lui confiait un comman- « dément après s'être bien assuré qu'il n'en abuserait pas. »

( Voi.tairk , Siècle de Louis XIV. )

quant à la place, je commenceray par vous dire que Heilbron est situé dans un lieu où les montagnes s'esloignent assez du Neckre pour n'estre pas incommodé du canon qu'on y placeroit, mais pas assez pour en rendre la circonvallation grande et difficile, puisqu'elle est la plus aisée du monde. Le Neckre, qui coule tout le long de la ville, est soutenu par une escluse qui en rend le lit plus creux , et l'on ne sçauroit oster cet advantage à la place , parce que l'escluse ne peut estre endommagée du canon, estant dans l'eau et trop espaisse. Tout le reste de la ville est entouré de murailles bonnes par elles-mesmes , mais point terrassées ; une fausse braye, presque partout assez mauvaise, parce qu'elle est plus basse que le costé extérieur du fossé , qui est fort creux; de l'eau quasi partout, soustenuepar des dames que le canon ne pourroit pas voir ; quelques tours d'espace en espace; au surplus, des jardins tout autour de la ville jusques sur le bord du fossé ; ces jardins sont entourés de hayes vives, dont les plus fortes sont celles qui sont parallèles à la place. Voilà, Monseigneur, comme cette ville est faite présentement, c'est à vous à voir à quel usage vous la destinez , et à ordonner sur cela ce que vous jugerez à propos que l'on y fasse. Si vous ne la regardez que comme un lieu sûr pour le receveur de vos contributions, il ne faudra que nous deffaire de ces bayes qui nous incommodent trop.

Que si vous voulez que les Allemands regardent cecy par la crainte que vous n'en fassiez une teste considérable et un establissement sûr pour estre, quand le Roy voudra , au cœur de leur pays , il y faudra des ouvrages plus considérables, et tels que vous le jugerez mieux que moy par le plan que M. de Romainville, que j'ay trouvé icy, a fait lever et a envoyé à M. le maréchal de Duras1. Sur tout cela, Monseigneur, j'attendray vos ordres avant que de rien faire de moy-mesme. Voilà ce qui regarde le dedans de la place.

Pour ce qui est des contributions , j'ay trouvé que les mandemens que Ion a envoyés commencent à avoir leur effect; le dernier party que M. de Romainville a envoyé et qui a bruslé les lieux dont il a envoyé le détail à M. de Duras, hastera cesgens-cy. Pour moy, j'attends de M. La Grange un estât plus précis que celuy qu'il m'a envoyé par Monsieur le receveur des contributions, des payemens qui ont desjà esté faits, parce je crains de tomber dans l'inconvénient de faire faire des exé-

1 Jacques-Henri de Durfort , marquis puis duc de Duras , né en 1625 , maréchal de France en 1675, mort en 1704. « Le maréchal « de Duras commandoit en second l'armée , avec huit lieutenants « généraux , six maréchaux de camp, neuf brigadiers d'infanterie et « cinq de cavalerie. Les vivres, les munitions, l'artillerie étoient en « abondance. Louvois , au comble de ses vœux d'avoir réussi à engager « la guerre , n'avoit rien oublié pour que les premiers succès ani- « massent à la continuer. » (De La Hode , Hist. de Louis XIV.)

curions militaires dans les lieux qui auraient marqué leur bonne volonté par estre entrés en payement, ce qui seroit fort préjudiciable à la levée des contributions. Après quoy, je crois qu'il faudra monstrer cette garnison-cy bien loing , afin que les plus esloignés ne croyent pas que Ion soit foible à cette teste-cv.

J'iray demain visiter Lauffen qu'on me dit estre bon et capable de tenir un escadron et quelques compagnies d'infanterie , ce qui seroit d^n secours et d'un renfort considérables pour cette garnison , outre que c'est le meilleur pont du Neckre qu'il se faudra toujours conserver jusqu'à ce que Ion le veuille rompre. Après-demain je verrai Wimpfen et Neckersulm , et puis tous les cbasteaux qui sont à deux et trois lieues aux environs d'icy, et me feray rendre compte de ceux qui sont plus loing. 11 me semble, Monseigneur, que dans quelque temps d'icy, lorsque, par le retour des troupes de l'Empereur dans l'Empire ou par l'assemblée des troupes des cercles et des princes, nos contributions seront plus difficiles, parce que l'on ne voudra pas risquer trop les partis que Ton fera sortir, ces chasteaux-là seroient bons pour assurer la retraite des partis; et pour cela il ne faudroit mettre de l'infanterie que dans ceux qui pourroient attendre le canon ; nous serions tousjours assez à temps de retirer le monde que nous y aurions lorsque je

seau rois que les ennemis y en voudroient conduire, ou bien lorsque vous le jugeriez à propos. Après que ces chasteaux nous auroient servy pour les contributions, on les mettroit en estât de ne pouvoir plus nous nuire.

Un autre advantage que ces chasteaux nous produiront, c'est que, comme nous sommes dans un pays de montagnes, les paysans font des signaux lorsqu il sort des trouppes, ce qu'ils sçavent la nuit comme le jour par les deffilés où il faut passer. Je sçais bien que je puniray fort sévèrement ces faiseurs de signaux, et que je ne négligeray rien pour les découvrir; mais, lorsque, par le moyen de ces chasteaux, je pourray couvrir les partis, ils en iront bien plus secrettement.

L'on vous aura, Monseigneur, envoyé lestât de larsenal de cette place , par lequel vous verrez que Ton ne peut estre plus mal en poudre que nous ne sommes ; vous y pourvoirez comme vous le jugerez nécessaire.

Jay trouvé que, par la capitulation , l'exemption de logement a esté promise à tous les gens qui composent le sénat , dont le nombre monte à dixneuf. Comme ce sont les plus belles et plus grandes maisons, jay cru que je pourrois bien restreindre cette exemption aux quatre bourguemestres et aux officiers publics de la ville, comme syndics, secrétaire et receveur en année; vous me

manderez, s il vous plaist, si jay bien ou mal fait.

Voilà, Monseigneur, ce qui se présente aujourdliuy à vous faire sçavoir. Je seray fort régulier à exécuter vos ordres ; je craindray tousjours de ne pas faire assez bien sur cela , Monseigneur ; et vous ne pourrez vous en prendre qu'à vous de m1 avoir cboisy pour ce poste ; mais, comme la bonne volonté ne me manquera pas , vos bons ordres redresseront tout.

J'oubliois à vous dire qu'il pourra souvent se présenter des cboses à vous faire sçavoir qui niérilteront destre chiffrées.

DU MEME AU MEME

Novembre 1688.

Depuis ma despesche du 3, jay esté visiter Lauffen , que jay trouvé capable de contenir et faire subsister deux escadrons de cavalerie et de dragons. Le Neckre partage la ville en deux; la partie de ce costé-cy est muraillée et a un bon réduict ; celle de l'autre costé n'est pas muraillée, mais elle a sur le bord du Neckre , vis-à-vis du réduict , une grosse église dans l'enceinte de laquelle il y a des maisons plus qu'il n'en faut pour mettre un escadron à couvert. Ces deux escadrons , qui subsisteront fort bien dans ce lieu , seroient d'une grande

commodité pour nos contributions, et y seroient en toute sûreté. La ville est à M. de Wirtemberg.

J'achèveray ces jours-cy le reste de la visite que je vous ay mandé par ma première despesche que je fer ois.

11 y a à douze lieues d'icy un chasteau , nommé Boxberg, appartenant à M. le Palatin, et où il a mesme garnison. On le dit dans une assiette fort advantageuse et forte. Ce chasteau, s'il vouloit, nous incommoderoit fort lorsque nous irons du costé de Wirtzbourg, estant entre llaxt et le Tauber. Je propose à M. de Duras de le faire entrer dans la capitulation de Manheim, pour luy faire suivre le mesme sort et en estre les maistres, ce que je ne croirois pas fort difficile , au lieu que ce seroit une affaire de l'assiéger. Il faudroit y mettre une garnison , qui seroit d'un grand secours pour les partis. Voyez, Monseigneur, ce qu'il vous plaira de m'ordonner sur cela. Il est constant que les contributions peuvent estre poussées et plus loing et plus haut que lestât des demandes qu'on a faites ; plus loing, par se mettre au large par des postes comme ceux-là, bons par eux-mesmes, où il n'y a rien à craindre de tout l'hyver , et qui mesme tiendront en respect les Allemands et les empescheront de prendre des quartiers trop près d'icy ; et plus haut, par la grande cognoissanceque ces postes nous donneront des pays et de leur force. Par exem-

pie, Monseigneur, dans Testât des demandes qu'on a faites , on demande des sommes à des corps de noblesse , lesquels en font la reparution sur leurs paysans, et comme cela il ne leur en couste rien. Je crois qu'il faut les laisser payer, et après cela faire une imposition sur les chasteaux. Il y a comme cela bien des moyens qu'on peut pratiquer; mais comme je nay encore reçu vos ordres particuliers sur rien , je ne me mesle pas de tout. Jusqu'à cette heure, le mestier de receveur des contributions u'a pas esté un mestier ingrat , et j'en vois fort bien toutes les raisons. 11 y a de certains advantages qu'il est fort difficile de les empescher d'avoir , comme est celuy des espèces ; encore les en empescheray-je bien, si vous me l'ordonnez. Mais pour celuy du retardement des payemens, il est fort aisé de le leur oster. Sur tout ce qui regarde ces costés-cy dont vous voudrez me charger, je vous supplie, Monseigneur, de m'expliquer vos intentions bien au long, et je puis vous assurer que le Roy sera bien servy .

Le bailliage de Lauda sur le Tauber, qui n'est que de sept villages , dont le meilleur, nommé Underbalbach, a esté bruslé, traita hier à 1 500 escus, qui doivent estre icy dans huit jours. Ces bonnes gens ne demandent pas pour combien de temps. Ainsy , quand tout sera tiré, on pourra assurément encore, sous des prétextes, faire une nouvelle impo-

DES FEUQUIÈIIES. 305

sition partout, en la faisant moins forte. Ceux de Dunkelsbùhl et Creilsheim , à 1 0 ou 1 2 lieues par delà Hall , arrivent dans ce moment, et me demandent un passeport pour venir traiter, que je leur ay donné pour les faire repartir ; tous les autres viendront comme cela.

M. de Wirtzbourg a dit aux baillifs en deçà du Mein de s'accommoder pour les contributions, et qu'il ne pouvoit pas les protéger ; mais que , pour l'autre costé , il le garderoit ; si les gelées viennent bientost , et que vous me laissiez agir , ce sera peut-estre bien tout ce qu'il pourra faire. Voilà, Monseigneur, tout ce qui se présente aujourdhuy à vous faire scavoir.

DU MÊME AU MÊME

Le H novembre 1688.

J'avois, conformément aux ordres de M. de Duras, envoyé M. de Romainville , avec 200 chevaux , 1 00 dragons et 50 hommes de pied, à Boxberg pour, sous le prétexte des contributions, essayer de se rendre maistre de ce chasteau par finesse; mais celuy qui y commande s'est trop tenu sur ses gardes. Ainsy, il n'a pas pu réussir. De la manière dont ce chasteau est fait, qui a un bon fossé taillé dans le roc avec des caponnières dans le fossé et de grosses tours qui le flanquent bien , c'est un poste v. 20

qu'il Tant (le nécessité avoir, de peur que les ennemis, quand ils approcheront d'icv, n'y mettent du monde et ne nous resserrent par là. J'en escris à M. de Duras, pince que, si Ton pouvoit joindre à la réduction de Manheim celle de ce chasteau , cela seroit fort bon; sinon, s'il veut m1 envoyer deux mineurs , avec quelque infanterie que je rnèneray d'icy , et deux petites pièces de canon, je crois que je l'obligeray à se rendre, n'ayant, à ce que me rapporte M. de Romainville , pas plus de 20 hommes dedans, parce que j'adjousteray à la vue des trouppes et du canon la menace de faire pendre le commandant avec toute sa garnison , s'il laisse tirer.

M. de Saint-Pouange1 m'a envoyé, Monseigneur, l'extrait d'un article d'une de vos despesches, par lequel vous ordonnez qu'on retire touls les bateaux du Neckre, au-dessus et au-dessous de Heilbron. J'ay fait response à cet article; et, comme je ne doutte pas que M. de Saint-Pouange ne vous ait envoyé ma lettre , je ne vous répéteray pas ce que je luy mandois sur ce sujet; sur quoy j'attendray vos ordres comme sur tous les autres articles sur lesquels je me suis donné l honneur de vous escrire.

Jl a fallu donner quelques jours aux gens qui

' Gilbert Colbert , chevalier, seigneur de Saint-Pouange et de Chabanois, secrétaire des commandements de la Reine et ensuite du cabinet du Roi, grand trésorier des Ordres en 1701 , mort en 1706.

contribuent , pour faire leurs répartitions et assembler leur argent ; il y en a desjà icy bien des sommes arrivées qu'ils délivreront incessamment.

M. de Duras doit aussy vous avoir communiqué une proposition que je luy ay faite touchant les contributions, qui seroit de m'aller saisir des deffilés et ponts sur le Koker qui sont aux environs de Hall , et de marcher avec la cavalerie et les dragons jusques vers Onolsbach , d'où je détacheray des partis jusqu'à Nuremberg, AichstetetUlm, pour prendre tout ce que je pourrais ou de bourgeois ou de gentilshommes de ces villes ou de baillifs; car, à moins de cela, ou aura peine à avoir de l'argent de Nuremberg; cesgens-là, me voyant dansle pays, traicteroient bien viste , et donneraient de l'argent surle-champ ou des ostages suffisants. Je suis, etc.

DU MEME AU MEME

A Hejlbron , le 12 novembre 1688.

Je me suis donné l'honneur de vous eserire hier et je ne puis pas que je ne vous représente que, faute d'avoir des ordres et de vous et de M. de Duras , le temps de bien establir les contributions esloignées et de tirer tout d'un coup une grasse somme d'argent s'advance fort sans que l'on fasse rien. Tout le costé de Wirtzbourg vient assez bien; mais rien ne vient d'Ulm , de Nuremberg ni d'Aich-

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stet, qui sont pourtant de grands et de bons pays. Vous sçavez sans doute que Messieurs d l lin ont envoyé au-devant de M. de Staremberg pour le prier de faire rester son régiment dans leur ville, et Ion m'assura hier qu'il y restoit. Les premières trouppes qui viendront de Hongrie seront pour Nuremberg et Àichstet. Si c'est de l'infanterie , cela ne nous empeschera pas de faire contribuer le plat pays; mais si c'est de la cavallerie, cela raccourcira nos promenades, parce que nous partons de trop loin et qu'ils sçauront tousjours quand nous serons dehors. Je vous ay pour cela proposé , Monseigneur , de m'aller poster aux environs de Hall avec quelque infanterie que je laisserois à la garde des ponts et des deffilés du Koker, et puis de m'advancer jusque vers Onolsbach, et je compte que je serois là jusques à ce que les partis que j'enverrois sur Nuremberg, Aichstet et l lm seroient revenus et auroient fait l'effect que je desirerois. Le temps se met au beau et à la gelée; tous les petits ruisseaux et les petites rivières vont devenir guéables ou seront prises ; ce sera un beau temps manqué si celui-cy se perd. Vous m'enverrez, s'il vous plaist, vos ordres sur cela, et me croirez avec un profond respect , etc.

DU MEME AU MÊME

Le 13 novembre.

J'apprends , Monseigneur, dans le moment , par M. d'Harcourt1, qu'il a reçu une lettre de vous pour venir commander icy. Vous sçavez que, parla première lettre que je me suis donné l'honneur de vous escrire , je vous représentais que j'avois des affaires qui m'estoient de fort grande conséquence, mais que néantmoins je les abandonnerois toutes dès qu'il s'agiroit du service de Sa Majesté. Puisque, par l'arrivée de M. d'Harcourt icy, il me paroist que je vais y devenir absolument inutile, j'ose, Monseigneur, vous supplier de me faire accorder la permission de terminer mes affaires cet hyver, afin d'estre après cela plus en estât de servir le reste de ma vie. Je prends mesme la liberté de vous supplier de considérer que j'étois colonel que M. d'Harcourt n'estoit pas encore dans le service, et

1 Henri d'Harcourt , marquis de Beauvau , puis duc d'Harcourt, né en 1654 , mort en 1718. Il était fort protégé par Madame de Maintenon , et devint successivement duc , pair, maréchal de France , ambassadeur, chevalier de l'Ordre, gouverneur de Louis XV membre du conseil de régence pendant la minorité de ce prince. « Il « étoit, dit Saint-Simon, fait exprès pour les affaires par son esprit « et sa capacité , et autant encore par son art, et propre encore, par « la délicatesse , la douceur et l'agrément de son esprit et de ses ma- « nières . à faire les délices de la société. »

310 IKÏTRES INÉDITES

que j'ay plus de sept années de services de plus que luy. Je suis bien malheureux que ses années ayent esté plus remarquées que les miennes, quoique j'aye du et qu'en effet je me sois trouvé en plus d'occasions que luy. S'il faut absolument que je reste j je resteray, puisque je suis résolu à faire toujours toiU ce qui marquera le plus mon entier dévouement à vos ordres et aux volontés de Sa Majesté; mais je vous supplie , Monseigneur, de vouloir bien regarder lestât auquel je me trouve, et de me croire, etc.

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