‹ Lettres inédites des Feuquières (volume 2)Chapitre 40 sur 48 · DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQ11EBES A M. LE MARQUIS DE TORCY · texte numérisé non relu

DE M. LE MARQUIS ANTOINE DE FEUQ11EBES A M. LE MARQUIS DE TORCY

12 août 1704.

Mémoire sur les affaires d'Allemagne*.

L'opiniastreté de l'Empereur à laisser dans les vicariats de Trente le corps de troupes qui s'est retiré d'Ostiglia , soit pour le monstrer toujours de loin à M. de Savoye3, qu'il peut avoir raison de craindre de voir luy eschapper , soit pour faire voir aux Anglois et Hollandois qu'il n'abandonnera ja-

1 Jean-Baptiste Colbert , marquis de Torcy, fils de Charles Colbert marquis de Croissy, et gendre de M. le marquis Arnauld de Pomponne; successivement ambassadeur, ministre des affaires étrangères, surintendant général des postes, et membre du conseil de régence pendant la minorité de Louis XV ; né en 1G65, mort en 17-40.

3 M. de Feuquières cessa de servir en 1701, lorsque s'ouvrit la guerre de la succession d'Espagne ; mais il ne cessa point pour cela de se préoccuper des chances heureuses ou défavorables de nos armées , surtout lorsqu'il voyait celles-ci livrées à des généraux imprévoyants, tels que ceux qui commandaient en Allemagne. Voilà pourquoi il communiquait ses vues à M. de Torcy, alors ministre des affaires étrangères.

5 Petit-fils d'une sœur de Louis XIII , beau-père du duc de Bourgogne , beau-père de Philippe V roi d'Espagne , le duc de Savoie venait de quitter le parti de la France pour se donner à l'Empereur, qui lui promettait tout ce que ses gendres lui avaient refusé , le Montferrat-Mantouan , Alexandrie , Valence , les pays entre le Pô et le Tanaro, et plus d'argent que la France ne lui en donnait. Mais l'Empe-

mais ses vues sur l'Italie1, est, dans la conjoncture présente , très-heureuse pour M. F Électeur2. Car si le corps qu'on dit avoir eslé recruté en partie entroit en Bavière par le haut de l'Inn, jugez, Monsieur, de la diversion que cela feroit. La simple démonstration seulement et la marche de ce corps au delà d'Inspruck forceroient M. l'Électeur à faire marcher des troupes pour s'y opposer. Gela n'est point encore arrivé ; mais comme il est prudent de penser que cela peut arriver, pourquoy ne pas porter une application entière à faire repasser les ennemis en Franconie par les mouvements proposés dans le mémoire du 6 3, et les empescher de

reur avait juste raison de se défier d'un prince qui , dans la guerre précédente , avait abandonné brusquement son parti pour celui de la France.

1 « L'Italie a toujours été le pays le plus cher aux intérêts des « empereurs. C'était celui où ses armes pouvaient le plus aisément « pénétrer par le Tyrol et par l'État de Venise. 1704. » (Voltaire, Siècle de Louis XIV .)

2 L'électeur de Bavière, allié de la France. Une fâcheuse inimit é était survenue entre ce prince et le maréchal de Villars qui , depuis le commencement de la guerre, avait défendu ses Etats contre les Impériaux ; Villars demanda son changement , on lui donna pour successeur le maréchal de Marsin , et peu de temps après l'Electeur avait perdu tous ses Etats.

5 Ce document ne se trouve pas dans la collection de Madame la duchesse Decazes. Mais les Mémoires de M. de Feuauières contiennent sa manière de voir sur la situation d'alors, et les motifs qui le faisaient écrire à M. deTorcy ; par un triste pressentiment de ce qui devait arriver; car le lendemain 13 fut le jour de cette funeste bataille de

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s establir puissamment sur le Danube, au lieu de s opposer simplement à eux en teste, et faire à la longue périr une grande partie de nostre cavallerie par la nécessité des fourrages ?

Quoyque, par une triste expérience du cas que l'on fait de moy, je sache fort bien que c'est en vain que je pense sur un mestier qu'il y a trente ans que je fais, cependant, Monsieur, mon zèle ne me permet point de penser sans vous due comme jay pensé. Vous lavez trouvé bon. En tout cas, le temps que vous employerez à me lire sera assez court, quoyque vous soyez fort occupé , pour ne le pas peut-estre regretter entièrement.

Hochstett qui apprit à l'Europe que Louis XIV n'était pas invincible, « de cette bataille qu'on peut dire , avec M. de Feuquières ? avoir été « le terme du bonheur du règne du Roi.»

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