DE M. LE MARQUIS DE EEUQUIÈBES A M. DE POMPONNE
Je n'ai jamais tant souhaitté d'estre riche que présentement pour pouvoir donner 2 ou 300 pistoles à Coq. et autant au secrétaire de Jan Gui-
denstiern ; car vous ne sçauriez croire combien les avis du premier m'ont redressé, avec ce qu'il nous sera toujours utile auprès de son maistre ou à Farinée ou ici , parce qu'il 'sçait tout ce qui se passe au collège de guerre. Pour F autre , il se présente de lui-mesme, et vous pouvez juger combien il seroit avantageux de sçavoir les affaires de la Chancellerie par un autre que le Chancelier.
Je ne crois pas, Monsieur, qu'on obtienne présentement des Suédois la liberté de faire armer le Danemark en Allemagne, parce qu'ils ont toujours la pensée de retomber sur lui selon le cas que je vous ai souvent représenté; mais dans la suitte cela se pourra faire. Si une fois les Suédois estoient engagés dans une autre guerre plus profitable^ en Silésie ou ailleurs , ils ne seroient pas fâchés que le Danemark fist une diversion en leur faveur. Quoy qu'il en soit, il me semble que c'est toujours bien fait de tenir le Danemark en espérance, quand il en devroit couster quelque chose , parce qu'aussi bien si les Suédois prenoient le change, ce seroit toujours à nos despens ; et il ne s'agiroit pas de l'armer en Allemagne , mais seulement chez lui , pour sa propre sûreté et à petits frais. J'ai quelquefois témoigné au Chancelier que le Roy ne refusoit les offres du Danemark qu'à la considération de la Suède; il ne Fa seulement jamais reçu avec l'honnêteté qu'il devoit.
DE M. DE CHASSAN A M. LE MARQUIS ISAAC
A Dresde, le 10 novembre 1673.
Monseigneur, comme M. l'électeur de Saxe persiste dans son dessein, et qu'il parle de faire marcher ses trouppes au rendez-vous dans cinq ou six jours d'icy, j'ay esté obligé de luy renouveller mes remonstrances sur ce sujet; mais tout cela n'a pu esbranler son opiniastreté ou, pour mieux dire, son aveuglement. Peut-estre que M. de Graffenthal, qu'on attend de jour à autre, négociera avec plus de succès.
Je ne dois pas oublier de dire à Yostre Excellence que M. l'électeur de Saxe a desjà fait un grand pas en donnant son attache au mandat et lettres avocatoires de l'Empereur. Je suis avec respect, Monseigneur, de Vostre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur,
Chassa* .
DU MÊME AU MÊME
A Dresde, le 17 novembre 1673..
Monseigneur, M. de Graffenthal est enfin armé hier ; je le trouve très-bien intentionné, et ses ordres sont tels que nous pouvons souhaitter t mais
DES FEUQTJIÈRES. 301
j'ay descouvert par ses discours que le conseil de Suède est dans une grande irrésolution , craignant deux choses s'ils s'embarquent dans cette guerre, Tune que le roy de Danemark ne forme quelque entreprise contre eux , l'autre, qui est celle qui leur fait le plus de peine, que les Hollandois ne ruinent entièrement leur commerce par mer. Il ne se cache pas non plus que les finances sont tout à fait épuisées en Suède , et il m'a mesme tesmoigné qu'on auroit grand besoin que les subsides que le Roy leur fait tenir à Hambourg fussent payés plus promptement. Ce qui m'a le plus surpris est qu'il m'ait dit qu'il n'y avoit encore aucun ordre pour faire marcher les trouppes, et qu'ayant à craindre le Danemark et la Hollande, si elle s'engageoit dans la présente guerre, la couronne de Suède ne pourroit tout au plus envoyer hors de ses Estats qu'un corps de 8 ou 10 000 hommes. Les trouppes qui sont en Poméranie et au duché de Brème n'ont point reçu de paye depuis deux mois , et le résultat de la conférence que M. le mareschal Horn vient d'avoir à \\ ismar avec M. le mareschal Helmfelt, n'est autre que de faire sçavoir en Suède que, si l'on veut faire la guerre à F Empereur, il faudroit assembler touttes les trouppes dans ladite province de Poméranie, puisqu'elles seroient plus proches des Pays héréditaires. Lies choses estant desjà bien advancées icy, et les trouppes ayant marché au rendez-vous à douze
lieues d'icy, où M. l'Electeur est aussy allé, M. de Graffenthal est party ce matin en poste pour s'y rendre. Je ne seay s'il viendra à temps pour rompre ce coup. Je pourray mander à Vostre Excellence, par le prochain ordinaire, quel en aura esté le succès; cependant je la supplie de vouloir mesnager ce que je luy escris, estant tousjours avec respect, Monseigneur, de Vostre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur ,
Ghassan.
DE M. LE CHEVALIER DE TERLON A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIÈRES
A Copenhague , le 17 novembre 1673.
Je ne vous escris, Monsieur, ce mot que pour entretenir la bonne coustume, n'ayant rien de nouveau à vous faire sçavoir du lieu où je suis, touttes choses y estant tousjours au mesme estât que par mes précédentes. Du reste, Monsieur, les nouvelles de Cologne, du dernier ordinaire, vous auront appris que la face des affaires y a changé d'un jour à l'autre, par l'approche de cette ville-là de MM. le mareschal d'Humières , de M. le duc de Luxembourg el de M. le mareschal de Turenne, en sorte que nos ennemis doivent avoir bien des affaires. Espérant que l'ordinaire de demain ou de
mardy, au plus tard, nous apportera la nouvelle de quelque action considérable, je suis tousjours , Monsieur, entièrement à vous,
LE CHEVALIER DE TERLON
DE M. LE CHEVALIER DE PAS A M
A Rochefort, le 20 novembre 1673.
Je suis, Dieu mercy, arrivé à bon port, après avoir essuyé six semaines du plus vilain et gros temps que Ton puisse avoir à la mer; mais le seul déplaisir que j'aye est de ne recevoir non plus de nouvelles icy comme là; j'ay esté malheureusement abandonné de tous parents et amis, n'ayant pas reçu une seule lettre depuis que je suis embarqué. J'ay escrit à tous ceux que j'ay cru pouvoir faire tenir mes lettres de Paris à Farinée; je croy, Monsieur, que celle-cy vous trouvera , et que vous voudrez bien m'y faire response, laquelle j'attendray à La Rochelle, .le vous prie de me mander ce qui s'est passé dans la famille et ce qui se passe présentement à la cour. On parle icy d'un grand armement sur mer pour l'esté prochain. Je m'en iray à Paris aussitost que j'auray reçu de vos nouvelles, pour voir s'il n'y auroit pas moyen d'eslrefait capitaine, ne l'ayant pu eslre l'hiver passé. Adieu, mon cher Monsieur, je
30£i LETTRES INÉDITES
vous prie de vouloir faire mes compliments à M. et Madame de Pomponne, et à Mademoiselle Ladvocat * ; je suis vostre très-obéissant serviteur ,
le Chevalier de Pas.
DE MADEMOISELLE CATHERINE DE FEUQUIERES A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES.
A Séméac , le 27 novembre 1673.
J'ay reçu vostre lettre avec bien de la joye, mon cher père, devoir appris que nous nous re verrions peut-être bientost. Je vous assure que ^en ay une fort grande impatience ; il y avoit plus de deux mois que ma tante n1 avoit reçu de vos lettres ; elle a eu vingtquatre heures durant la fièvre, mais cela n'a esté rien, Dieu mercy . Ma sœur est arrivée icy il y a huit
4 Mademoiselle Ladvocat , fille de M. Ladvocat maître des comptes, et sœur de Madame de Pomponne. Madame de Sévigné en parle dans ses lettres comme d'une personne agréable, fort éclairée et initiée à beaucoup d'affaires. « J'ai causé, dit-elle , trois lieures en « deux fois avec M. de Pomponne ; j'en suis contente au-delà de ce que « j'espérois. Mademoiselle Ladvocat est dans notre confidence; elle « est très-aimable ; elle sait notre syndicat , notre procureur, notre « gratification, notre opposition, notre délibération, comme elle sait « la carte et les intérêts des princes, c'est-à-dire sur le bout du doigt ; « on l'appelle le Petit ministre. » Elle épousa en 1674 M. le marquis de Vins. «Quoique femme d'un homme de qualité et de mérite, « dit l'abbé Arnauld , elle pouvoit néanmoins, sans trop se flatter, « aspirer à une plus grande fortune. »
ou neuf jours. L'on m'a dit, mon cher père, que si vous escriviez tous les ordinaires à ma tante , elle recevroit de vos nouvelles aussi souvent que de Paris: vous devriez bien nous donner ce contentement. Il fait icy un froid épouvantable; je crois qu'il en fait beaucoup plus où vous estes. Adieu, mon cher père, je vous prie de me conserver tousjours l'honneur de vostre amitié.
DE M. DE POMPONNE A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUïÈRES.*
A Versailles, le 24 novembre 167P».
Comme vous estes , Monsieur , adroitement informé de ce qui se passe sur le Rhin , je ne vous diray rien des nouvelles que nous en avons eues. Les Impériaux auront sans doute fait grand bruit en Allemagne de la prise de Bonn , bien que cette méchante place, qui a duré huit jours de tranchée ouverte , ce qui est beaucoup plus qu'elle ne devoit, leur ait coûté beaucoup de monde. Les armées de M. de Turenne et de M. de Luxembourg, dont la première est sur la Moselle, l'autre proche de Nuitz, changeront sans doute bientost Testât des affaires, et délivreront l'électorat de Cologne des troupes impériales et de celles des Estats.
Madame la duchesse d'Yorck partit hier de Paris tout à fait remise de l'indisposition qui l'y a arrestée quelques jours. Comme le roy d'Angleterre avoit prorogé son Parlement le 1 4 de ce mois, elle trouvera toutes choses calmes en ce pays , et sa présence ainsi que la consommation du mariage dissiperont sans doute les bruits que les mal intentionnés avoient excités dans la Chambre des Communes.
DE M. DE CHASSAN A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQU1ÈRES
A Dresde, le 24 novembre 1673.
Monseigneur , Vostre Excellence aura vu par ma précédente que M. de GrafFenthal estoit allé trouver M. l'Électeur à Zuiccau. J'ay eu des advis depuis qu'il y estoit arrivé le 20 , et qu'il devoit avoir audience avant-hier. Je commence d'espérer qu'il obtiendra ce qu'il demande, parce que, outre qu'il n'y a point d'argent pour faire marcher les trouppes, l'Empereur a escrit ces jours passés à M. l'électeur de Saxe qu'il ne se pressât pas de les envoyer, d'où il est aisé de juger qu'il n'en a que faire ou qu'il ne les tient pas capables de se faire jour à travers l'Allemagne pour joindre son armée. Quoy qu'il en soit, Ton conserve tousjours icy la
DES FEUQU1ÈRES. 307
mauvaise volonté , et l'Empereur peut faire estât desdiltes trouppes quand il les voudra avoir. J'attends de moment à autre ledit sieur de Graffenthal. Je suis avec respect, Monseigneur, de Vostre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur,
CïïASSAN.
DU MEME AU MEME
A Dresde , le 5 décembre 4673.
Monseigneur, je ne me donnay pas l'honneur d'escrire à Y ostre Excellence l'ordinaire précédent, à cause que j'ay esté en voyage pour joindre M. de Graffenthal, lequel n'a eu son expédition qu'à Torgau , à dix lieues de cette ville. Sa dépesche consiste en substance que M. l'électeur de Saxe s'excuse envers le roy de Suède qu'il n'a point eu dessein de se mesler dans la guerre de Hollande ni de manquer aux promesses qu'il luy a faittes, mais que, les armées du Pioy nostre maistre ayant pénétré de plus en plus clans l'Empire, il n'a pu éviter de s'engager avec l'Empereur pour le deffendre. C'est le contenu à peu près de ladite dépesche, à quoy j'adjousteray que M. l'électeur de Saxe luy a promis veiballement , l'ayant mesme chargé de m'en assurer de sa part, qu'il ne vouloit en façon du monde déplaire à la France ni à la Suède, ni se mesler dans
la guerre de Hollande et d'Espagne, et que, ne pouvant se desbarrasser entièrement du secours qu'il a promis à F Empereur, il feroit passer tant seulement à Farinée impériale le prince son fils avec un régiment de cavallerie de 600 chevaux, et qu'il luy donnerait pour escorte 400 dragons, qu'il révoquerait le tout aussitost après son arrivée en ladite armée et qu'il tascheroit aussy de faire revenir en peu de temps ledit prince. C'est tout ce qu'on a pu mesnager pour le service de Sa Majesté dans Festat où estaient les choses; mais, à parler en confidence à Vostre Excellence, la Suède agit foiblement dans cette rencontre. La lettre que M. de Graffenthal a rendue a fait connoistre assez clairement que le roy de Suède n'est pas prest d'entreprendre quelque chose de considérable pour les intérests du Roy ni pour faire une diversion. Je ne m'estendray pas davantage sur cette matière avec Vostre Excellence : elle est sur le lieu et en peut mieux juger que personne. Pour moy, je n'y connois plus rien , et je trouve qu'après avoir esté près de sept ans parmy cette nation, je ne la connois pas encore. Du reste, ledit sieur de Graffenthal, pour ce qui est de sa personne (car il est Allemand), n'a fait paroistre que de très-bonnes intentions. 11 a assez fait dans une conjoncture désespérée de faire retrancher 1 600 hommes dudit secours, pourvu que l'on nous tienne parolle.
Quoique M. l'électeur de Saxe ne joigne que peu de troupes à Tannée impériale, il me semble que Sa Majesté aura juste sujet de là de presser la couronne de Suède d'exécuter nostre traitté de Stockholm; j'en ay parlé dans ces mesmes termes audit sieur de Graffenlhal lorsque nous nous sommes séparés, ^le suis avec respect, Monseigneur, de Yostre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur,
Chassan.
DE M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQUIERES A LOUIS XIV
Le 2 décembre 1673.
Sire , le sieur Blose , conseiller de M. le duc de Hanovre, est enfin arrivé avec des lettres de créance pour le roy de Suède et pour le Grand Chancelier. Jl m'en a rendu une fort bonne, dont les termes essentiels sont que le Duc espère que je ne refuserai point mon crédit et mon assistance à son conseiller lorsqu'il y aura recours. Il m'a prié de donner avis de son arrivée au Chancelier, ce que j'ai fait, et en attendant la response, de lui faire voir Jan Guldenstiern, qui préside à la chancellerie, ce que je ferai. 11 a ordre exprès de ne se découvrir ici à personne, et ne m'en put dire aucune raison sinon que c'est son ordre. Pour ce qui est, Sire, du sujet de son voyage.
c'est la suite d'un qui a esté fait auprès de son rnaistre de la part du roy de Suède, qui n'estoit , à ce qu'il dit , qu'un complément en termes assez généraux, et il proposera une alliance particulière qui aura pour fins la conservation des cercles de Westplialie et basse Saxe, et l'accomplissement des traittés qu'ils ont avec Votre Majesté. Quand je les aurai mis ensemble , Sire, j'essayerai de connoistre s'ils vont de bon pied, et mon épreuve sera de leur proposer d'entrer en Silésie quand ce ne seroit que pour soulager leurs pays, qui sont surchargés du logement de leurs troupes.
Je puis assurer Votre Majesté que les sénateurs blâment fort la conduite du Chancelier, qui ne devoit pas promettre pour tenir comme il a fait s'il ne vouloit tenir, et qui pouvait tenir s'il eût voulu , parce qu'ils disent que c'estoit la délibération du sénat. Votre Majesté aura vu par sa lettre comme il tombe d'accord du fait avec moy, encore que nous concluiions bien différemment et qu'il n'essaye de se sauver qu'en feignant d'ignorer ce qui s'est passé depuis Calmar. Plus je songe, Sire, à la bassesse de ce procédé , et plus je suis empesché à en deviner la cause ; s'il n'est pas corrompu, je n'en vois point de plus plausible que le manque d'argent. On m'en donne souvent de petites atteintes, et en effet les troupes qui sont en Allemagne ne sont pas payées. Et si cela estoit, Sire, ni les justes
raisons qui peuvent dispenser Votre Majesté d'en donner davantage ni la honte que le Chancelier auroit d'avoir si mal pris ses mesures, ne surmonteroient pas la difficulté ni ne remédieroient a aucun des inconvéniens qui s'ensuivent. D'ailleurs aussi, quand on augmenteroit la somme, il n'y a pas plus de sûreté pour l'avenir que pour le passé. Quelqu'un a pensé là-dessus que, pour s'assurer, Votre Majesté pouvoit, sans rien innover au traitté, promettre de les gratiffier d'une somme qui ne seroit néantmoins délivrée qu'après la déclaration, ce que je prends, Sire , la liberté de dire à Votre Majesté , comme une partie du compte que je luy dois rendre de toutes choses ; car pour moy, je ne puis parler en rien avec personne sur ce sujet, et peut-estre mesme qu'on ne m'en parle point ouvertement, à cause que je l'ay trop rebuté.
M. Verjus m'a encore escrit que les députés de Suède ne luy communiquoient rien, mais qu'ils assuroient que tout ce qu'ils faisoient estoit concerté avec moy, ce qui m'a obligé de luy réitérer qu'on ne m'a jamais parlé que d'un achat de houppes de l'Électeur1, et qu'on m'a promis de luy communiquer toutes choses. C'est une tricherie perpétuelle que tout le procédé de ces gens-cy.
1 L'électeur de Brandebourg.
S 12 LETTRES INEDITES
DE M. DES CARRIERES A M. LE MARQUIS ISAAC DE FEUQIJIÈRES
A Liège, le 5 décembre 1673.
Je remercie très - humblement Votre Excellence des nouvelles dont il luy a plu me faire part des bonnes dispositions de la couronne de Suède ; il est désormais temps que nous la voyions passer de toutes ces bonnes dispositions aux effets. C'est aujourd'hui, Monsieur, l'affaire importante, et ce qui me donne plus sujet d'en espérer (je dis d'en attendre) tout, c'est que le Roy l'ait confiée à de si bonnes mains , et à un ministre si esclairé qui ne sçaura pas se satisfaire d'apparences , Sa Majesté ayant agi par des effets.
Je ne vous sçaurois, en eschange de vos nouvelles, entretenir que des incendies et désordres que commettent les armées ennemies dans l'électoratde Cologne, d'où elles ont commencé à se séparer, M. le prince d'Orange retournant en Hollande par Yenlo : il avoit desjà hier fait repasser la Meuse à quelque cavalerie; il estoit encore de sa personne à Ruremonde, d'où il aura peine de sortir , du moins avec tout son corps ; car M. le duc de Luxembourg, qui a son armée toute assemblée, marche de Rhynberg en deçà pour le voir passer,
et je m'assure que Votre Excellence est bien informée que son armée consiste en 20 000 hommes de pied et 8 000 chevaux , toutes troupes de vieux corps tirés des places d'Hollande. Quant aux Espagnols, leur projet est d'aller hyverner en Gueldres, sauf les mesmes contredits de M. de Luxembourg. Et pour les Impériaux, ils prétendent faire hyverner dans le pays de Juliers et Parchevesché de Cologne le corps qu'ils destachent de leur armée , pendant que le gros repassera le Rhin à Bonn pour en faire autant, s'ils peuvent, dans la Westphalie et l'évesché d'Hildesheim.
Le Roy a envoyé M. de Schomberg1 commander un corps sur la frontière vers la Sambre, et M. le mareschal de Bellefonds2 commande en Flandres l'armée que commandoit Monseigneur le Prince3; j'espère que la campagne prochaine fera voir à nos ennemis que nostre foiblesse, qu'ils publient si fort, ne se trouvera que dans leur teste.
Votre Excellence n'aurajamais personne qui luy soit plus dévouée que son très-humble et très-obéissant serviteur,
Des Carrières.
1 Frédéric Armand de Schomberg , maréchal de France en 1675. Zélé protestant , il quitta la France après la révocation de l'édit de Nantes. Tué à la bataille de la Bo>ne en 1690.
2 Bernardin de Cigaut de Bellefonds , maréchal de France eu 1668, mort en 1694.
5 Le grand Condé.