Lettres inédites du général Fontbonne ae représentant du peuple Saint-Prix
\li^\ biographie du général Fontbonne, écrite d'après les documents officiels, ne pourrait donner une juste idée de ce caractère, que les lettres que nous publions nous dépeignent, dans un style parfois emphatique à la manière du temps, le plus souvent simple et sobre, toujours empreint d'une énergie et d'une franchise singulières. C'est l'ombre, l'image fidèle d'un soldat loyal et entier, intraitable dans ses convictions, inflexible dans l'accomplissement de son devoir, d'un puritain de l'honneur, jouissant, selon les belles paroles d'Alfred de Vigny, de celte satisfa£tion miraculeuse que donne à tout homme la conviction qu'il ne se peut soustraire à nulle des dettes de
l'honneur; grand cœur de soldat, qui meut, tue et aime, n^nis aussi qui souffre et meurt. Un assassin ambitieux et jaloux, devait, hélas, ravir au général Fontbonne le bonheur de mourir sur le champ de bataille.
Ces lettres contiennent des détails d'un haut intérêt pour l'histoire de la politique, des guerres et des personnages de la Révolution. On y trouvera aussi quelques détails peu connus sur la ville de Lyon à cette époque.
Alexandre-Louis de Fontbonne (i), naquit à Etoile le 13 juin 1750. Le 26 juin 1769, le roi lui donna la
(i) La famille Fontbonne serait originaire d'Auvergne. On la trouve de bonne heure à Valence en Dauphiné : honorable Anthoine Fontbonne figure au rôle de la taille en 1588 ; honorable Isaac Fontbonne, marchand de la ville de Valence, fut créé second consul, trésorier et administrateur de cette ville le 25 avril 1631. Il rendit compte au bout de son année de consulat de l'administration qu'il a faite des aftaires de la ville. (Archives municipales de Valence, CC. 44. — Communication de M. Edw. Brosset-Heckel.) En 1698, vivaient Henry Fontbonne, écuyer, conseiller du Roy, chevalier du guet, lieutenant en la maréchaussée de Valence, et Jean-Antoine Fontbonne, licencié en droit, professeur à l'Université de Valence, né vers l'an 1671 à Étoile, décédé le 9 mars 1743, laissant, de Marguerite - Ulalie Dupont :
Alexandre de Fontbonne, né à Étoile, près de Valence, le 19 janvier 1709, et baptisé le 23. Capitaine aide-major au régiment d'/Vuvergne, chevalier de Saint-Louis, il obtint, le 26 février 1752, une pension de retraite, confirmée le i"' septembre 1779, et se retira à Étoile, dont il fut plusieurs fois échevin. Il avait épousé Anne Clauzel, d'une ancienne famille vivaraise, et institué héritier Alexandre-Louis de Fontbonne, son fils, le futur général, alors capitaine au régiment de Câlinais, en garnison au Cap- Français (Saint-Domingue). Il eut deux autres enfants : Jean-Ange, sans alliance, et Marie-François- Vincent, qui fonda, en Vendée, une branche alliée aux familles de Panthou et de Lépinay.
la charge de sous-lieutenant en la compagnie de Cabrières dans le régiment d'infanterie d'Auvergne, vacante par l'abandonnement du chevalier de Frolich, et le i6 juillet 1775, celle de lieutenant au même régiment, dans la compagnie de Barjac, en remplacement de Saint-Florent, promu capitaine-commandant. C'est cette même année qu'il s'embarqua pour les Indes occidentales, où il fit, avec sa compagnie, neuf campagnes consécutives de 1775 à 1783. Lieutenant en deuxième dans le régiment d'Auvergne, devenu Gàtinais, en 1776. Premier lieutenant le 15 avril 1778. Capitaine en deuxième le 8 janvier 1780. Il fut grièvement blessé à la tête par un éclat de bombe au siège d'Yorktown, en Virginie, dans la nuit du 12 octobre 1781, et sa vue en fut pour toujours affaiblie. Le 13 mai 1783, tenant garnison au Cap-Français, il épousa Bonne-Marie-Anne de Bonnefons, fille de Guillaume et d'Anne Pinaudier, et dont la famille fut ruinée par les événements de Saint-Domingue (i).
Le 22 décembre 1786, Fontbonne est promu capitainecommandant dans le régiment de Gàtinais, devenu Royal- Auvergne. Chevaher de Saint-Louis le 29 juin 1788. Lieutenant-colonel du 18' régiment d'infanterie le 28 avril 1792, Colonel du 12 septembre 1792, il était au camp de Bruxelles en novembre de la même année, et sut, dans ces
(i) Peut-être est-ce grâce à ce séjour dans les colonies que les relations des familles Fontbonne et Saint-Prix, déjà alliées, et unies par des liens intimes depuis plusieurs générations, devinrent plus étroites encore, Alexandre de Vincens de Malade, maréchal de camp, oncle à la mode de Bretagne de l'ami et correspondant de Fontbonne, Hector de Soubeyran de Saint-Prix, étant, vers cette époque, gouverneur de Saint-Domingue.
temps troublés, admirablement maintenir l'ordre et la discipline dans son régiment. Sa brillante conduite à la bataille de Jemmapes, où il commandait le centre, le fit nommer général de brigade employé à l'armée des Ardennes, le 8 mars 1793. Cet officier, dont la conduite pleine de vertus n'avait Jamais varié, qui avait sacrifié les soins d'une grande fortune à Saint-Domingue, et ceux d'une nombreuse famille, pour rester à son poste, dont la bravoure et l'intelligence active étaient universellement reconnues, fut suspendu de ses fonctions en juillet 1793 parle ministre de la guerre Bouchotte, comme ci-devant noble, au moment où il était le plus à portée d'être utile à la patrie, en défendant la place de Maubeuge qu'il commandait, qu'il avait essentiellement concouru à rendre inexpugnable, et où un séjour de six mois lui avait multiplié la connaissance des localités et des diverses ressources, si nécessaires à un général en pareil cas. Il fallut céder ce poste important à un protégé de Bouchotte, qui y fut désastreusement bloqué et vit brûler tous les villages environnants.
Fontbonne ruiné, victime de la tyrannie révolutionnaire, se rendit à Etoile, son pays, pour confier sa famille à la Société populaire de cette ville, avant d'offrir de nouveau, mais vainement, ses services à la patrie menacée.
Il n'est plus aux armées, mais a encore, selon ses propres expressions, le bonheur de se rendre utile à la patrie. Ancien député aux assemblées de Romans et de Vizille, membre fondateur de la Société populaire, chargé, après la Terreur, de réorganiser la municipaUté d'Etoile (i), prési-
(i) Rappelons que la ville d'Étoile, où Fombonne joua un si beau rôle, fut le lieu de réunion de la première fédération provinciale. Elle était déjà, sous l'ancien régime, fort en avance sur son teitips, si l'on
dent d'une Société populaire, il joue un rôle important dans la pacification du midi de la France.
Enfin, grâce aux efforts de son ami Saint-Prix, aux pétitions des Représentants du Peuple et des membres de la commune d'Étoile, qui envoyèrent à Paris l'instituteur, le citoyen Roquemaurel, tout exprès pour demander la réintégration de leur brave compatriote, la suspension de Fontbonne fut levée le 15 décembre 1794.
Le 14 messidor an III, il est nommé général de division, à dater du 25 prairial (13 juin 1795), et employé à l'armée des Alpes et d'Italie. Employé au corps d'armée d'Italie le 12 août 1795, il est autorisé à prendre sa retraite le 2 3 février 1796.11 cesse ses fonctions le 25 mars 1796 et meurt assassiné dans la forêt de Lestrelle le 9 avril. Une relation des circonstances de l'assassinat terminera cette publication.
Le général de Fontbonne laissait quatre enfants, dont deux garçons, qui se distinguèrent dans l'armée. Il existe encore plusieurs de ses descendants, et c'est à l'un de ses petits-fils, M. Henry de Fontbonne, ingénieur principal honoraire, que nous devons plusieurs documents et renseignements concernant le général. M™' de Tauriers, née de Bonnefons, et M. Amédée d'Arb.alestier, son neveu, nous ont aussi communiqué des notes. Nous avons mis enfin à contribution pour cette courte biographie les ouvrages et l'obligeance de M. Léopold Lamothe, directeur de l'école d'Étoile, et notamment son intéressante brochure, intitulée : Étoile sous la Révolution.
en croit une adresse de la Société populaire aux Jacobins de Paris : « Longtemps avant la Révolution, notre haine fortement prononcée pour la tyrannie et ses exécrables suppôts, avait fait donner à la commune d'Étoile le surnom de petite République. »
Les Lettres peindront les deux correspondants, leur caractère d'un inflexible et intransigeante honnêteté, leur cœur plein de tendresse, inspirateur de cette amitié si touchante et si ardente, qui contraste étrangement avec les calamités, les désastres sanglants de l'époque, et donne un caractère plus poignant à la fin tragique du général Fontbonne.
Humbert de Saint-Prix.