VERSAILLES
14. Mardi. Dîné à Versailles, moi, ma femme, avec M. Soldini. En partant de Paris, en montant en voiture, donné à Clie-
vrère, portier de la maison de ma femme, pour ses commissions, soins et services qu'il m'a rendus pendant mon séjour à Paris, quinze francs, cy 15 fr. »
Eté avec Soldini au salut à Saint -Louis, notre paroisse. Eté ensemble savoir des nouvelles de l'état de M. le curé, dangereusement malade.
J'ai couché clans ma chambre, et ma femme a couché dans la sienne, au midi.
J'ai payé à notre bon petit cocher, selon sa convention avec Léonard, à Paris, 14 francs et 20 sous pourboire, ce qui fait 1.3 francs, dont ma femme a payé la moitié, cy. . . lo fr. »
lo. Mercredi. Dîné à la maison avec ma femme. Le matin, sur les dix heures, lorsque j'étais dans mon lit, ma femme s'y est assise et m'a dit une funeste nouvelle qu'on m'avait cachée : c'était la mort de M. l'abbé Sortai.'^, curé de l'ég-iise-calhédrale et paroissiale de Saint-Louis, et depuis longtems mon conseil et mon très vénérable et saint confesseur.
M. Soldini, mon ami, m'a dit qu'il était mort le dimanche 12 juin, Fête-Dieu, à neuf heures du malin, d'une fièvre maligne avec le pourpre, une des plus terribles et dos plus compliquées, et qu'il avait été enterré le lendemain lundi 13, dans le cimetière de la paroisse, au pied de la croix, à côté de iVI. Gandolphe, son prédécesseur, sur les sept heures du matin, par une pluie à verse ; et avec les regrets, les larmes et la vénération de toute la paroisse pour toutes les vertus dun curé plein de sagesse et de charité, d'un véritable ange sur la terre, emporté à quarante-six ans; né à Nogent-le-Rotrou, laissant une mère vivant dans son pays et un frère qui vivait avec lui.
Un mois auparavant, était mort, dans cette paroisse, M. l'abbé Le Hérissé, grand vicaire du diocèse, édifiant et excellent prêtre, homme de beaucoup de jugement et d'esprit, le conseil do
notre évêque, et qui l'avait décidé à la nomination du saint curé que nous avons eu le malheur de perdre.
Nota, — Sur les onze heures du matin, lorsque j'étais accablé de la triste nouvelle, m'est arrivée une lettre de mon ami Richard. (Gabriel-François-Hug-ues-Erasme Richard), des Trois-Epis de Londres.
16. Jeudi. Dîné à la maison avec ma femme et M. l'abbé Dufour.
J'ai été, le matin, saluer M. l'abbé de la Fage. Dans la contribution volontaire des habitants de Versailles pour aider le Roi et ses excellentes et nobles intentions dans les circonstances présentes où la France est si pauvre, il a donné la somme de 100 francs, et il m'a dit à ce sujet que je ne pouvais me dispenser de donner pour cette contribution la même somme, ce que j'ai fait aussitôt en la comptant à M. Desjardins, notaire, qui l'a reçue et l'a jointe aux autres sommes déjà données.
Nota. — Le mardi 14 juin, présent mois, tout compte définitif fait avec Léonard, j'en ai reçu net, à Paris, la somme de 1,300 francs, dont je lui ai donné ma quittance avant notre départ pour Yersailles. La somme qu'il ma comptée et qui me reste en partant est de 970 livres. J'ai remis à Adélaïde 400 francs pour payer boulanger, boucher, marchands de bois et de vin.
17. Vendredi. Dîné à la maison avec ma femme et mon neveu George.
Talma est venu avec M"^ Duchesnois et ses autres camarades de Paris, à Yersailles, pour jouer ma tragédie à'Hcnnlet, sur le théâtre de la ville. On a donné pour petite pièce Les Drguisements amoureux.
J'ai payé à ma domestique Adélaïde, à Catherine, domestique de ma femme, et à Geneviève, sœur d'Adélaïde, leurs places dans une troisième loge. J'ai donné à ma nièce Lefrançois dix francs pour deux places de premières. Elle a donné la moitié de ces 10 francs à sa sœur Verdier pour voir Hamlet; mais elle s'est trouvée mal chez elle, de fatigue, et n'a pu y aller.
18. Samedi. Dîné à la maison avec ma femme. Sur le midi, comme il me l'avait promis, est venu me voir M. l'abbé Prat, très vénérable prêtre, attaché à la paroisse Notre-Dame, ami intime et confesseur ordinaire du défunt M. l'abbé Sortais. lia eu la bonté et la charité de vouloir bien se charger de la direction
JOURNAL INTIME DE DUClS. 43
de ma conscience et, pour la première fois, il m'a entendu en confession dans ma chambre et m'a permis de communier demain à la messe de huit heures, à la chapelle de la Vierg-e à Saint-Louis, notre paroisse, messe qui sera dite pour le repos de Tâme de notre vénérable et saint curé.
Ma nièce Verdier et M. de la (^roix, juge civil au tribunal de Versailles, sont venus nous voir avant diner. (ioorgc a déjeuné avec ma femme et moi ; nous avons pris le chocolat ensemble et il est retourne à Paris.
19. Dimanche. Dîné à la maison avec ma femme. X... [nom illisible) est arrivé à Paris pour dîner avec nous^ mon ami Campenon, M™' Oger, ses deux jeunes filles : celle par nature^ celle par adoption, M. Jarps et M. Bourier qui a vu souvent M. le comte d'Angiviller à Altona, près Hambourg-. M. Soldini a dîné avec nous, comme il a coutume tous les dimanches.
Campenon et ces dames avaient apporté avec eux dans leur voiture deux bouteilles de vin de Bordeaux^ un pâté de jambon et un g-ros homard. Ils ont retourné, après dîner, dans... [la sii^jte manque clans le manuscrit).
Le matin, été à Saint-Louis, ma paroisse, avec le bras de Geneviève, entendre une messe dite à la chapelle de la Vierg-e, pour le repos de l'âme de notre vénérable curé de Saint-Louis, Jean- Simon Sortais. Je l'ai entendue et j'y ai reçu la sainte communion de la main de M. Arnoud, son ami particulier, ainsi que M. Prat, son confesseur, et M. Hénaut.
Le matin, le frère de feu notre vénérable curé, qui avait communié auprès de moi à la sainte table, de la main de M. Arnoud, vint chez moi, sur une lettre que j'avais eu l'honneur de lui écrire, me faire don d'un petit reliquaire qu'il avait toujours sur lui, avec lui, et qu'il tenait toujours dans ses prières, même avant qu'il fût prêtre; mais il me pria de le lui donner à ma mort, par le grand prix qu'il y attachait. Il me lut le testament de Monsieur sop frère, plein de modestie, de charité et d'onction.
20. Lundi. Dîné ensemble à la maison, moi et ma femme. Une lettre de M"*" Peyre me demanda pour son mari une lettre
de recommandation auprès de Mgr le Ministre de l'Intérieur.
21. Mardi. Dîné à la maison avec ma femme. J'ai répondu à M™* Peyre, la bru de ma femme, et lui ai envoyé la lettre de
recommandation auprès de M. l'abbé de Montesquiou, ministre de l'Intérieur.
Acheté un petit livre de comptes 1 fr. 46 sols.
22. Mercredi. Diné à la maison avec ma femme. Le matin, dans la sacristie, chargé un homme honnête, attaché au service de la sacristie, de remettre à M. Dromo 20 francs pour des messes à dire pour le repos de l'âme de M. Sortais...