‹ Lettres inéditesChapitre 7 sur 18 · Mercredi. Dîné à la maison avec ma femme · texte numérisé non relu

Mercredi. Dîné à la maison avec ma femme

30. Jeudi. Dîné, moi et ma femme, chez ma sœur, avec elle, son fils Auguste et sa fille, M""" Verdier. Après dîner, ma sœur me pria de la suivre dans le petit cabinet de sa chambre à coucher. Là, lorsque je fus assis auprès d'elle, elle m'annonça deux choses importantes, deux bonnes nouvelles : la première, que, sentant sa mémoire très affaiblie par l'âge et craignant d'être exposée aux ruses et aux pièges des gens adroits et intrigants, pour sa sûreté et sa tranquillité, et celle de sa famille, elle avait d'elle-même et librement, par ses propres réflexions, pris le parti de se choisir un conseil, sans lequel elle ne pourrait jamais aliéner rien de ses biens fonds, se réservant la jouissance pleine et entière de ses revenus, et me dit qu'elle avait choisi pour ce conseil M. Ponce, son avoué, que je connaissais. Je lui en fis mon compliment de tout mon cœur. Mais je lui dis que, si j'étais charmé de voir la sage défiance d'elle-même et les précautions nécessaires qu'elle avait prises pour ses affaires temporelles, j'espérais que Dieu lui ferait la grâce de pourvoir efficacement à ses affaires spirituelles, à la grande affaire de son salut, en se souvenant de l'éducation très chrétienne et des grands exemples de religion que nous avons reçus de nos père et mère. Elle m'assura que déjà elle avait commencé d'aller exactement à la messe les dimanches et fêtes. Je fus enchanté et pénétré de ce grand trait de la miséricorde de Dieu sur elle. Je lui dis bien que si Dieu venait de sauver Paris et la France en nous rendant Louis XVIII, notre souverain légitime, et l'ancienne famille des Bourbons par un miracle éclatant et sans exemple. Dieu signalait ses miséricordes dans tous les sens sur elle, sur une simple particulière comme sur un grand royaume, et qu'avec Dieu et un conseil qui lui serait donné par lui pour son salut, elle jouirait du calme du cœur et de la bonne conscience comme elle jouirait de la sécurité dans ses affaires temporelles. Cet entretien m'a laissé dans le cœur une joie sainte et m'a fait admirer avec larmes les richesses immenses de la miséricorde du Seigneur.

Juillet. — Une apostille de ma main sur un mémoire au Roi présenté par mon neveu Le François, comme le mari de ma nièce Caroline Heurtin, pour obtenir la régie de la belle terre de Navarre ou une autre.

Une apostille pour le même objet, de ma main, sur un mé-

moire présenté par le même neveu Le François à M. l'abbé de Montesquiou, ministre de l'Intérieur.

Cet objet n'ayant pu être obtenu, une autre apostille de ma main sur un mémoire présenté par le même neveu Le François, à M. de Braye, chancelier de France, pour obtenir une place de greffier.

Une apostille au bas d'un mémoire présenté par Peyre (son beau-fils) , à Mgr le Ministre de l'Intérieur (M. l'abbé de Montesquiou), pour obtenir de lui un moment d'audience particulière. Dans cette apostille, voici comment j'ai parlé de moi à ce ministre : « Arrivé à l'âge de quatre-vingts ans, affligé de la goutte et d'un nuage permanent sur la vue (ce qui est pour moi le plus grand malheur), n'ayant jamais vécu et pu vivre que libre et caché, il ne me reste plus. Monseigneur, qu'à mourir de même, etc. »

10. Dimanche [à Paris]. Dîné à la maison avec ma femme, avec M. Soldini et mon ami Richard, le capitaine, arrivé à Versailles pour diner avec nous, et ensuite ramené à Paris par la même voiture, qui l'est venu prendre à la maison.

11. Lundi. Dîné à la maison avec ma femme. Ecrit une lettre à M. de la Croix, sur le conseil demandé par ma sœur.

Pour avoir porté ma lettre à la mère Allaire. . . 20 sous.

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