‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 175 sur 246 · AU COMTE DE FRONTENAC · texte numérisé non relu

AU COMTE DE FRONTENAC

GOUVERNEUR ET LIEUTENANT GENERAL DU CANADA

Seetox, lomty 1677.

Sa Majesty m'ordonne d'ajouier ces ligoes k ia iettre qu'elle vous ^crit. pour vous informer de ses intentions sur trois ou quatre points qui ne sont pas compris dans ses d^pesches.

Le premier, sur tout ce qui conceme i'union enti^re et parfaite qui doit estre entre vous et ie sieur Duchesneau, d'autant que Sa Majesty , vouiant qu'il prenne soin de tout ce qui regarde la justice, la police et les finances, veut qu'il agisse en cela de concert avec vous et qu'il vous communique toutes ses pens^es; mais eile veut aussy que vous concouriez, avec Tautorit^ qu'elle vous donne, sur tout ce qui conceme ces trois points, et que tons ses sujets du Canada, soit eccl^siastiques ou autres, connoissent toujours qu'il n'y a qu'une seule volont^ entre vous et une union enti^re et parfaite pour faire r^ussir, chacun dans vos fonctions, tout ce que vous estimez n^cessaire pour le service du roy, le bien des peuples et faugmentation de la colonie. Gomme, pour Tordinaire, ceux qui ont le commandement des armes et des peuples se laissent facilement flatter et persuader qu'ils doivent prendre soin de toutes choses et entreprendre d'avoir connoissance de tout ce qui conceme ces trois points de la justice, de la police et des finances, Sa Majesty m'ordonne de vous I'eipliquer aussy clairement que je fais et de vous dire que, sur ces trois points, vous ne devez faire autre chose qu'ayder et appuyer I'intendant de vostre autorit^ en tout ce quil estimera n^cessaire et k propos de faire; et, dans tout ce qui concerne les fonctions du conseil souverain, y tenir la premiere place et tenir soigneusement la main k ce que la liberty des voix et des avis y soit gard^e; au surplus, j'^cris en mesme temps k Tintendant, par ordre du roy, quelle doit estre sa conduite k vostre ^gard , c'est-i-dire de d^f6rence et d'ouverture sur tout ce qu'il estimera k propos et n^cessaire de faire sur cea trois points. Sa Majesty m'ordonne de vous dire qu'elle veut que vous consid^riez cecy comme le principal point auquel vous devez donner toute vostre application , parce qu'il est impossible que son service se puisse faire s'il n'y a une union parfaite et enti^re entre les deux personnes qui doivent agir, faire valoir son autorit^ et travailler au bien des peuples et k I'augmentation de la colonic.

Sur le sujet des boissons, M. I'^vesque de Quebec m'a fait remettre icy, par son grand vicaire, une consultation qu'il a faite en Sorbonne , qui con-

tient des faits tels que, s*iis estoient v^ritables, il faudroit sans difficult^ chercher tous les exp^diens pour empescher qu ii D*en fust donn^ aux sauvages; mais pour voos dire le vray, apr^ mWre inform^ de M. Talon, du sieur Bouteroue et g^n^ralement de tous ceux qui ont est^ au Canada , ou qui en ont quelque connoissance , j'ay trouv^ que ces faits estoient extr^ mement exag^r^s, et que Ton tire des consequences g^n^rales de ce qui est arriv^ h quelques sauvages. J'envoye audit Duchesneau cette consultation de M. Talon , et quelques autres que j'ay fait faire en mesme temps, et luy ^cris de Yous faire voir le tout, Sa Majesty voulant que vous examiniez ensemble tous les faits qui sont port& par cette consultation, et que vous luy en fassiez s^^avoir la v^rit^ en commun, son intention estant que, si tous les faits contenus en cette consultation sont v^ritables en g^n^ral, c'est-2t-dire, si tous les sauvages et toutes les bourgades s'enivrent et commettent ensuite des crimes , assassinats et autres grands exc^s marqu^ dans cette consultation, en ce cas, vous cherchiez des moyens d*empescher que Ton ne porte aux sauvages de ces sortes de boissons. Mais si ces d^sordres sont seulement commis par quelques particuliers de ces gens-1^, et qu'ils soyent seulement un pen plus sujets k s'enivrer que ne sont les AUemands et icy, en France, les Bretons, elle veut en ce cas que vous et luy employiez son autorite, non pas pour rien prononcer directement contre Tautorit^ ^piscopale, mais seulement pour empescher par Tautorit^ royale que T^piscopale n'entreprenne rien au dehors de T^glise sur une mati^re qui est purement de police et sujette aux lois et r^glemens qui sont et peuvent estre establis par les juges, et aux peines qu'ils contiennent.

A regard des d^penses.Sa Majesty ayant vu, par celles de Tann^ pass4e , qu*il en a est^ fait beaucoup au dela des fonds qu'elle avoit laiss^ par ses estats, elle m'ordonne de vous dire qu'elle ne veut pas que vous touchiez k ses revenus au del^ des fonds qu'elle laisse, pour quelque cause et sous quelque pretexte que ce soit, si ce n'est qu'il y eust guerre ouverte et d^clar^e par les Iroquois et autres sauvages, ou par les nations de TEurope qui ont des habitations voisines du Canada.

J'ay dit icy, au grand vicaire de M. I'^vesque de Quebec, qu'il estoit n^cessaire d'envoyer les buUes d'^rection de I'^vesch^ ^ pour estre enregistr^es au parlement de Paris sur des lettres patentes qui seront exp^di^s sur lesdites bulles, etc'est ce qui doit estre fait auparavant que de les faire enregistrer au greffe du conseil souverain , parce qu'il sera n^cessaire que ledit conseil se conforme k I'arrest qui interviendra ail parlement de Paris, lorsque lesdites leltres y seront enregistr^es.

' Le grand vicaire ^tait sans doute venu en France poor suivre cette affaire d^lkaie. Le pape

6ili

J'ay fail exp^dier une ordonnance de 23,i83 livres, tant poor une ann^e de vos appointemens, que pour le remboursement de la somme de 3, 435 livres que vous avez avanc6e pour faire des pr^sens aux Iroquois, et j'ay fait remettre ce fonds entre les mains de madame la comtesse de Fronlenac.

(Arch, de la Mar. OrdresduroipowlM compagniBs des Inde$, 1677, ful. 99.)

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