‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 179 sur 246 · AU COMTE D'ESTRfiES · texte numérisé non relu

AU COMTE D'ESTRfiES

VICE-AMIRAL

Paris, 11 man 1678.

J'ay vu avec grande joye dans vos d^pesches pour le Roy, pour mon fils, et pour moy, les avantages que vous avex remport^s sur les ennemis de Sa Majesty, tant par la prise des forts de I'isle de Gor^e sur la coste d'Afrique , que par la prise de I'isle de Tabago dans I'Am^rique \ et je puis vous assurer que la satisfaction et la joye que je re^ois des avantages du Roy sont d'autant plus grandes que vous y avez part, et que peut-estre, vous servant aussy glorieusement que vous faites des moyens qui sont entre vos mains, cela pourra servir h vostre ^l^vation et k tout ce que vous pouvez d^sirer pour vostre satisfaction et vos avantages, h quoy je prendray toujours beaucoup de part.

J'attends h present avec une tr^s-grande impatience le succ^s que vous avez eu en Tisle de Curasao ^, parce qu'il faut quelque chose d'aussy ^clatant que cette action doit estre, pour relever les deux autres et leur donner, dans I'esprit du Roy, le poids n^cessaire pour le determiner k tout ce qui pent estre de vos avantages. Mais si, outre ce qui regarde celte isle de Curasao, vous pouviez encore faire quelque chose sur Saint-Do-

* Parti de Brest, le 1" octobre 1677, *® comte d^Estrdes enieva , eo passant en Afrique, rile de Gor^e aux HoUandais, qui ia poss^ daient depuis 1617; puis ii se dirigea Yers Tabago, oik il d^barqua sans obstacle le 7 d^ cembre. La troisi^me bombe lanc^e tomba sur la maison du gouverneur, qui servait en mdme temps de magasin & poudre. Le vice-amiral Binken sauta avec tout son ^tat- major, et la gamison se rendit pnsonni^re de guerre. (Hi$t. mariL de France, par M. Gn^rin, III,

3i/i.) — Voir aussi Imtructioni d Seign^ay, piice n* 67.

* Les esp^rances de Colbert ne furent pas r^lis^es. An mois de mai 1678, d'Estr^ fit Toiie vers Curasao pour chasser les HoUandais de leur dernier posle, mais pendant la nuit, et par une fausse manoeuvre , douze vaisseaux qui marchaient en ligne touch^rent contre les rochers qui avoisinent les lies d^Av^ et se perdirent avec leurs ^nipages. {Hi»t. maint, de France, par M. Gu^rin, III, 3i5.)

mingue, suivant les desseins que vous avez projetes et vos instructions, je vous avoue que ma joye seroit accomplie; en6n, je suisbien persuade que vous n'oublierez rien de tout ce qui se pourra faire pour le service et pour la gloire du Roy, et pour la vostre particuli^e; surtout ne manquez pas de nous informer soigneusement de tout ce qui se passera.

Je suis bien ayse de vous dire que le Roy est party d'icy le 7 du mois pass^ avec la Reyne et toute la cour. Sa Majesty a est^ jusqu'^ Metz et Nancy, donnant toutes les apparences qu'elle vouloit attaquer quelque place du cost^ de TAUemagne ou du Luxembourg. Apr^s avoir fait ce voyage h ses journ^es ordinaires , en un instant , et le premier jour de ce mois, les places de Luxembourg, Gharlemont, Namur, Venloo, Hasselt et Ruremonde du cost^ de Maestricht, Mons et Ypres, se sont trouv^es investies par plus de 80,000 hommes des troupes de Sa Majest^; et elle-mesme en personne est venue fondre, en quatre jours de temps, sur la ville de Gand\ et la tient assi^g^e avec toutes ses troupes; Ton vient de me donner avis que la ville est rendue, et il ne reste plus que la citadeile, qui le sera assur^ment dans trois ou quatre jours.

Encore que ces grandes et ^orieuses conquestes de terre ne puissent pas servir de module ni d'exemple pour la mer, la presence du Roy en personne emportant toute comparaison, je ne laisse pas n^anmoins de vous en donner avis, non-seulement parce que vous serez bien ayse d'apprendre ces grands avantages de ses armes, mais mesme parce que cela servira encore h exciter tons les officiers et les troupes qui servent sous vous k faire quelque chose d'extraordinaire dans les entreprises que vous ferez.

Vous aurez sfu, par les vaisseaux commandos par le sieur de La Vigerie, qui sont partis de Brest, Testat auquel estoit alors I'Angleterre; et, comme il y avoit toutes les apparences d'une declaration prompte et brusque contre la France, j'avois fait tenir par ordre du Roy un vaisseau tout prest k Rochefort pour vous porter les mesmes lettres, il y a desj^ plus d'un mois; mais, comme le parlement d'Angleterre n'a pas est^ aussy vite dans ses resolutions qu'il y avoit lieu de le croire et qu*il paroissoit mesme que le roy d'Angleterre vouloit, ledit vaisseau a attendu jusqu'^ present mes d^pesches pour partir. Et encore que le si^ge de Gand ayt est^ sfu en Angleterre, ce qui devoit vraysemblablement porter le parlement h donner les moyens au roy d'Angleterre de faire une prompte declaration, cela n est point encore fait, et mesme , comme il y a beaucoup de division

' Gand fot investi fe 1" maw, le 9 la ville se rendit, et le 1 1 la citadeile capiiula.

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