III. -a* hi
L'ann^e pass^e, Sa Majesty vous fit connoistre ses intentions sur beaucoup de pretentions mat fondles que vous avez k regard des c^r^monies de TEglise * ; cette ann(5e-cy, en voicy une nouvelle sur le fait du conseil souverain. Vous avez pr^tendu que Ton vous donnast la quality de chef et de president de ce conseil; et les officiers qui le composent s'y sont opposes et vous ont fait des remontrances telles qu'ils devoient; cela a caus^ une grande division entre vous et ledit conseil , et vous avez us^ de violence et d'autorite pour exiler deux conseillers et le procureur g^n^ral *^.
Le Roy m'ordonne de vous dire sur ce sujet qu'il s'^tonne bien que vous ayez pr^tendu ces deux titres de chef et de president du conseil , cela estant absolument contraire h sa volont^, port^e par sa d^laration dc juin 1676, d'autant plus que Sa Majesty est persuad^e qu'aucun autre que vous en France, estant gouverneur et son lieutenant g^n^ral dans un pays 9 ne demanderoit pour une augmentation d'honneur et de dignit^s, la quality de chef et president d'un conseil ;
Et, de plus, que, comme vostre principale fonction consiste a faireob^ir le Roy et h faire ex^cuter ses ^dits, declarations et ordres particuliers et publics, Sa Majesty ne pent pas se confier en cette principale et capitale partie de vos fonctions, puisque vous-mesme voulez enfreindre cet ordre et prendre une quality qui vous est absolument d^ni^e par la declaration de 1676; ainsy, non-seulement Sa Majesty veut que vous vous d^partiez de cette pretention , qui n'a aucun fondement, mais mesme elle m'a ordonne d'en expedier un arrest contenant ses volontes pour estre enregistre au conseil souverain.
Sa Majeste m'ordonne encore de vous dire qu'elle ne peut approuver, en aucune mani^re, Fordre que vous avez donne aux deux conseillers et au procureur general de se retirer, et que, si ce n'estoit qu'elle esp^re encore que vous changerez de conduite, elle leur auroit adjuge un dedommagement assez considerable k prendre sur vos appointemens, parce qu'elle ne peut jamais autoriser une violence de cette nature sans aucun fondement.
Le deuxi^me point sur lequel Sa Majeste m'ordonne de vous expliquer ses intentions est celuy qui regarde les coureurs de bois, sur lequel elle
* Voir pike n"* 83 , note. fait mettre en prison immMiatement apr^ Ic
* On lit dans le P. Charlevoix au sujet de depart des vaisseaux, qu'il auroit eu le plaisir ces graves d^m^I^ : «Le comte de Frontenac de Ty tenir deux annees enti^res , parce qu'il osa exiler, de sa propre autorit^, le procureur falloit ce temps-l& pour avoir un ordre de la g^n^ral et deux conseillers ; il rompit ouverte- cour qui Ten fit sortir. n ( Higtoire de la Nouvellement avec Tintendant, el il ne craignit point France y II, •i5o. )
de dire qu*il ^toit bien fAch^ de ne Tavoir pas
a voulu pareillement voir toutes les pieces que vous m'avez eovoy^es pour justifier que c'est Tintendant qui les favorise et qui a part au commerce qu ils font ^ a quoy vous y joignez aussy ie provost et quelques autres. Sa Majesty m'ordonoe de vous dire sur ce point que, connoissant aussy clairement qu'eile fait que ce d^sordre est tel qu'il pent causer la mine enti^re de cette colonie, renverser et rendre inutiles tons les soins qu'eile en a pris depuis dix-huit ou vingt ans, les tesmoignages publics estant toujours contre vous et les pieces mesmes qui sont rapport^es estant beaucoup plus fortes, elle ne pent pas s'empescher de donner plus de cr^ance h ces tesmoignages et aux pieces qui sont contre vous qu'^ celles que voiis avez apport^es contre les autres, qui n'ont paru dans son esprit qu'une forme de recrimination. Mais, quand mesme Tesprit de Sa Majesty seroit en suspens pour sgavoir qui seroit auteur de ce d&ordre, comme il provient de la division qui est en ce pays-li , h laquelle vous n'avez que trop contribu^, elle ne laisseroit pas de prendre la resolution de vous retirer, puisque le principal point de vos instructions, de tout ce qui vous a este dit avant vostre depart et de tout ce qui vous a est^ ^crit depuis que vous y estes, consistoit uniquement h establir cette union qui est TAtne et le soutien de toutes les colonies, et que non-seulement vous ny avez pas r^ussy, mais mesme vous y avez mis une division telle que Sa Majesty ne pent pas trouver d'exp^dient de la faire finir qu'en vous retirant.
Vous verrez au surplus, par la lettre du Roy cy-jointe, ses intentions encore plus fortement expliqu^es ; h quoy j'ajouteray seulement que vous devez faire une s^rieuse reflexion sur tout ce que je vous ^cris, et comme Sa Majeste ne vous a rien tant recommande par ses instructions et par ses iettres que de maintenir les habitans de ce pays-1^ en paix et en union, consid^rez combien elle est eioign^e de voir ses ordres executes puisqu'elle voit une enti^re division entre tous ceux auxquels elle a confix son autorite. Vous jugerez facilement combien elle estime cette division prdjudiciable a son service et contraire h ses ordres et a ses volont^s, puisque, connoissant aussy bien qu'eile fait que vos pens^es et vos resolutions ne sont pas souvent telles qu'elles devroient estre , elle ne laisse pas de donner ses ordres au sieur Duchesneau, d'avoir ime deference enti^re pour tout ce que vous desirerez, apr^s toutefois vous avoir represente ses raisons, avec ordre, et en cas que vous n'y deferiez pas, de luy en rendre compte par des Iettres.
II est difficile que je puisse rien ajouter k tout ce que je viens de vous
^ On a vu, pi^e n** 98, que, de son c6t^, Tintendant accnsail le gouverneur de faire ie commerce pour son propre compte.
/ii.
dire; pensez seulement que , s'il vous peut estre de quelque avantage el de quelque satisfaction que Sa Majesty soit satisfaite de vos services, il faut que Yous changiez enti^rement la conduite que vous avez tenue jusqu a pr^ent.
( Arcb. de la Mar. Ordrei du roi pour lt$ compagniet dn hubs, 1680 , (<A. 16.)