MAXIMES POUR MON FILS
( Minutes aulograpbes. )
Maxime ginirale a transcrire dans mes regUtres de tnaximes, pour f avoir toujours prisente devant les yeux et ne s'en jamais d^rtir.
II faut sfavoir toujours bien precisement tous les fonds qui sont faits entre les mains du tr^sorier de la marine et des galores;
Ne donner jamais d'ordre d'envoyer aucune somme dans les ports qu'apres avoir v^rifi^ sur Tagenda des fonds qu'il a eu les deniers en ses mains;
LuY expliquer par Tordre en sorte qu'il le connoisse clairement, et que, par ce moyen, il ne puisse apporter aucun retardement ni difficult^ dans lex^cution.
* Cbacime de ces maximes avail ^l^ ecrile par Colbert sur tine feuille separ^. Cest sans doute d^apres sen ordres que Seignelay les rassembla toutes, le 1 U mai 1 67^ , et les transcrivil sur un cabier; Tayant communique a son p^re, celui-ci ecrivit sur la couverture :
ffVous ne pouvex rien faire de mieux, mon GIs, que de bien garder ces lettres et memoires el les relire quelquefois. II n y a rien qui ne soil plein de tr^94)onnes instructions pour vous, el tout en esl substantiel.n — Toutefois, ce premier travail (piece 63 6*f du manuserit) ne satislit pas Colbert, car il ecriiit
en marge : (tApr^ avoir lu ce memoire avec attention, je vous dis qu^il y a bien d'autres maximes que je vous ay donn^ et qui sont colees maxime , que celles contenues en ce memoire. r>
Seignelay se remit i Touvrage, preseuta a son p^re un nouveau memoire (pi^ 7/^ du manuscril), qui porte en marge cette note de Colbert :
ell falloil coier les feuillets, divisor ces maximes par date et par chapilre, en faire seulement un exlrait pr^s el s^appliquer a en cxcculer quelque partie ouqaelque article. »
11 ne peul avoir que quatre sortes de fonds :
Les d^penses libell^es de chacun port;
Les soldes des Equipages et les appoiotemens et tables des officiers des armemens ;
Les fonds employes pour les d^penses extraordiuaires ;
Les deniers revenant^bons.
Les foods employes pour les d^penses libell^es sont envoy^ dans les ports, mois par mois, par un ordre g^n^ral qui s'exp^die d^s le commencemenl de I'ann^e.
Les. soldes ne se doivent jamais divertir.
Les fonds des d^penses extraordinairea, qui demeurent ^s mains des tr^soriers, peuvent servir aux d^penses extraordinaires qui surviennent dans le courantde Fannie, jusqu Ji ce qu ils soyent euti^rement consomm^; mais lorsque Ton ordonne au tr^sorier de prendre quelque chose sur ce fonds, il faut luy expliquer, afin qu'il en soit inform^ et qu'il nayt aucune excuse.
Les deniers revenant-bons ne se peuvent connoistre qu'en fin de chacune ann^e.
Quand il survient quelque d^pense absolument n^cessaire pour le service du roy et qu'il ne reste aucun fonds entre les mains du tr^sorier, ni des d^penses extraordinaires, ni des deniers revenant-bons de Tann^e pr^c^dente, il faut la proposer au Roy, luy faire voir qu'il n'y a point de fonds; si Sa Majest^ Tordonne, en exp^dier Testat ou Tordonnance de fpnds.
Prendre soin d'en faire solliciter le fonds des officiers qui se meslent de finances, et ne point donner d'ordre au tr^sorier d'envoyer le fonds qu'auparavant il ne I'ayt rejf u. L'on pent quelquefois obligor le tr^sorier d'avancer, mais rarement, et il faut qu'il en soit couvenu.
II ne faut jamais donner d'ordre, ni pour achat dans les arsenaux, ni aux compagnies du Nord, des Pyr^n^es, du Niveruois et autres, pour fournir quelque chose dans les magasins que i'on n'envoye les fonds, ou sur les d^penses libell^es, ou sur les d^penses exlraordinaires, ou sur les deniers revenant-bons des ann^es pr^ctSdentes; et, lorsqu'il n'y a aucun de tons ces fonds, il faut Texposer au Roy, prendre I'ordre de Sa Majesty pour exp^dier I'ordonnance de fonds et la faire solliciter aux finances, ainsy qu'il est dit cy-dessns; et jamais il ne faut donner aucun ordre qui doive
66 INSTRUCfTIONS
produire dc la d^pense qu'auparavant I'ordonnance de fonds n'en soit exp^di^e*.
Qaelquefois il n'est pas n^cessaire d attendre que le fonds en soit enti^ rement fait, car, pour les achats de marchandises et les foumitures h faire par les compagnies, d'autant qu'il faut beaucoup de temps pour travailler h ces achats, il suiBt tl'avancer quelque chose aux marchands.
Ges maximes bien suivies et bien observ^es donneront une grande facility pour bien faire ma charge.
II faut envoyer soigneuseraent aux intendans et conunissaires g^n^raux de marine des copies des ordres donn^ au tr^sorier pour remettre des fonds, chacun dans leur d^partement; leur ordonner en mesme temps d'envoyer, tons ies six mois, un estat de tous les fonds qui auront est^ remis par le tr^sorier au commis servant pr^s d'eux ; et tenir la main k ce qu*ils ex^cutent cet ordre, afin de verifier si le tr^sorier a remis tous les fonds qui luy ont est^ ordonn^s, et si son commis servant en chacun d^ partement en a fait la d^pense par les ordres de Tintendant ou commissaire g^n^ral qui a le pouvoir d'en ordonner.
Comme il se pent faire que, nonobstant la pr^aution que Ton prend pour les d^penses de marine, les commis des tr^oriers qui sont dans les ports pourroient faire quelque omission de recette que les intendans et conseillers g^n^raux de marine, qui font rendre compte par estat auxdits commis, fin de chacune ann^e, pourroient laisser passer, soit pour n'avoir point conserve les copies desdits ordres qui leur sont envoy^s, soit par oubly ou negligence, il faut, tous les trois mois, ou au moins tous les six mois, exp^dier un extrait en forme de tous les ordres qui auront est^ donnas, tir^ sur I'agenda des fonds, coUationn^ et sign^ par mon fils, et I'envoyer aux intendans. Et, en fin de chacune ann^e, il faut verifier si toutes les sommes qui ont est^ envoy^es seront employees dans I'estat de recettes et d^penses, qui est arrest^ en chacun port.
Pour commencer cet ordre, il faudroit verifier sur les estats de I'ann^
' Celle phrase est mal ecrite dans la titans- luy qui a ecrit de celte sorle poisee faire recriplion faile par Seignelay, et Colbert met eo flexion 4 ce qu^il ecrit. n ninr^ : tH est moralement inipos8i)>le que re-
derni^re, 167/i, si tous les fonds qui ont est^ envoy^s en chacun port sont employes en recette.
Jamais arm^e navale, composite de douze vaisseaux et au-dessus, ne doit estre mise en mer sans y establir un commissaire gdn^ral pour y faire ses fonctions suivant une instruction qu'il faut luy donner et dont il faut faire un projet, et le meltre dans les registres. II faut aussy luy donner toujours un cbifire. Outre ce commissaire g^n^ral, il faut luy donner encore pour servir sous luy un commissaire ordinaire pour cbaque nombre de dix vaisseaux, en sorte que, si une arm^e est compos^e de vingt vaisseaux, il y aura un commissaire g^n^ral et deux ordinaires. A quoy il faudra ajouter un commis au conseil.
Pour les escadres, il sera n^cessaire d'y establir un commissaire ordinaire settlement. Observer de plus que, estant impossible qu'une arm^e subsiste sans quelque d^pense, il faut mettre toujours sur les armies navales, pour cbaque nombre de dix vaisseaux, 90,000 livres de fonds dont il faut que le commissaire g^n^ral seul ayt connoissance.
II faut faire un riglement pour les estendards, enseignes et pavesades des galores.
II faut tenir toujours tout ce qui concerne la marine enti^rement s^par^ des galores ;
Les<l^pesches sdpar^es, mesme lorsque Mv le due de Vend6me ou autre commandent Tun et Tautre;
Les enregistremens s^par^ ; les listes; les ordonnances et les r^glemens.
II faudroit travailler, avec le temps, h faire un corps d'ordonnances et de r^glemens pour les galores.
Quand le Roy a donn^ 4 I'amiral ou au vice-amiral le conmiandement d'une flotte ou d'une escadre, tous les vaisseaux dont elles sont compos^es, en quelque lieu qu'ils soyent, doivent toujours estre sous les ordres du g^n^ral, et jamais, sans une n^cessit^ absolue, il ne faut leur envoyer aucun ordre du Roy imm^diatement ; mais, lorsque Sa Majesty veut que quelques-uns de ses vaisseaux rendent un service particulier, il faut le faire sf avoir au g^n^ral, afin qu'il en donne Tordre. Et quand il y a n^cessit^
absolue, par exeraple si quelques-uns des vaisseaux de i'escadre de M. ie vice-amiral se trouvoient a Calais, le vice-amiral estant en Charente» et que le Roy voulust envoyer les mesmes vaisseaux h Dunkerque ou dans le Nord, en ce cas, il faut envoyer des ordres du Roy aux capitaines qui les commandent et en donner avis au vice-amiral.
Quand il y a un ordre k donner k un capitaine de marine qui est sous le conunandement d'un chef descadre, ou d'un autre capitaine plus ancien, il faut toujours adresser cet ordre au commandant et luy en dire les raisons.
Lorsque le vice-amiral est arriv^ dans un port, c'est h luy h donner les ordres h tons les vaisseaux qui doivent servir sous son commandement, quand mesme il y en auroit qui seroient h Rochefort et que luy seroit h Brest.
Comme il n'y a rien de plus n^cessaire et de plus important dans ma charge que de tenir la main k ce que tons les r^glemens et ordonnances faits pour la marine soyent bien connus dans tons les ports, que tons les intendans et commissaires g^n^raux de marine les s^achent bien et les fassent ponctuellement ex^cuter, il faut, tons les ans en est^, leur demander la liste de tous les reglemens et ordonnances de marine qu'ils ont fait enregistrer dans les registres de I'arsenal, qui doit estre toujours dans le lieu oil le conseil des constructions s'assemble et dont le commissaire doit prendre soin.
La demande qui leur sera faite de cette liste les obligera de les recherch^r et de les lire, et, lorsqu'ils Tenverront, il faudra verifier si les ordonnances y sont toutes; et, comme il y en manquera assur^ment beaucoup, il faudra leur faire un petit reproche de les avoir n^glig^es, leur en faire connoistre Timportance, et Ton doit estre assur^ qu'en executant ce point deux ou trois ann^es de suite, ces ordonnances et reglemens deviendront familiers dans les ports et seront par consequent mieux ex^cut^s qu'ils ne I'ont est^ par le pass^. Mon fils tirera encore cet avantage de Tex^cution de cette maxime, qu'il apprendra luy-mesme ces reglemens el ordonnancej? et tiendra mesme la main a leur execution.
li faut qu'il travaiile i reformer ler^glemenl pour les eonseils de guerre de marine, en ce qui concerne la fonction du provost. Je s^ais bien que cela devroit estre fait dis cet hyver..
U faut travailler h connoistre particuli^rement les vaisseaux du roy et tous les usages auxquels chacun pent servir.
Connoistre de mesme tous les officiers, non-seulement leurs bonnes et mauvaises qualit^s pour le service, mais mesme ceux qui ont des antipathies ou qui se peuvent accommoder ensemble pour le commandement d'un mesme vaisseau.
Dans tous les armemens que le Roy ordonne^ il faut toujours bien examiner ces deux points et y faire grande reflexion, pour ne mettre dans un armement aucun vaisseau qui ne soit propre aux fonctions pour les* quelles il est destin^, ni aucun officier subalteme dont le capitaine ne puisse bien s'accommoder.
Mais, lorsque ces armemens auront est^ bien r^^^s, il ne faut pas souflfrir aucune proposition de changement, pour quelque excuse que ce soit, par les officiers g^n^raux ou particuKers, d'autant que de ces cbangemens perp^tuels, qui se pratiquent trop souvent, naistra la confusion; et de la confusion, la mine enti^re de la marine.
II faut tenir toujours un m^moire, en table, de tous les lieux oik se trouvent les vaisseaux du roy, et m*en envoyer une copie pour tous les mois.
II faut m'envoyer de mesme un extrait de tous les enregistremens que Ton fait par mois sur I'agenda des fonds, divis^s par chapitre, afin que je puisse connoistre si les enregistremens sont bien faits.
II est n^cessaire que mon fils, en m'envoyant, tous les ordinaires, les paquets de chacun port, fasse un m^moire de sa main, avec reflexion de tout ce qui sera contenu dans le paquet, parce qu'il n'y aura que cela qui luy apprendra h faire une d^pesche parfaite, en sorte qu*il n'y manque rien.
Ge luy doit estre une rigle indispensable.
Dans la liste de Tescadre de M. le Vice-Amiral, le vaisseau le Vigilant est marqu^ h radouber et doit estre mont^ par Belile-Erard. Ce capitaine est h Rochefort. Le vaisseau doit arriver le ao avril au Havre, et
il n'y a point de nouvelles qu'il y soil encore arriv6. Le capitaine M^ricourt:, qui le commande , doit servir en second sur ie vaisseau rHercuk, qui est a Brest. C'est a mon fils k juger si la marine pent estre conduite avec des contre-temps et des contrari^t^s de cette nature.
II y en a dix de cette nature dans Tarmement present que je luy ay laiss^ faire.
xni.
II faut toujours tenir en mer, une ann^e enti^re , les vaisseaux gardecostes et toutes les escadres qui sont destinies pour la seuret^ des mers ; et, pour cet effet, il faut prendre bien ses mesures pour leur faire foumir des vivres, dans les temps et lieux n^cessaires.
II faut aussy bien examiner combien un vaisseau pent tenir la mer sans estre espalm^, et, comme il ne pent pas y demeurer une ann^e enti^re, il faut bien examiner en quels lieux tons les vaisseaux qui seront mis en mer pourront estre espalm^s.
En cas que cela ne se puisse dans les pays estrangers, cooune il y a beaucoup d'apparence , il faut donner les ordres pour les faire venir, I'un apr^ Tautre ou deux h deux, dans les ports de France, pour y estre espalm^s , en telle sorte que la mer ne demeure jamais d^garnie.
II faut establir ce travail dans tons les ports, en sorte qu'il se fasse avec une grande diligence.
Toute Tapplication de ma charge doit estre en ce fait de faire partir de bonne beure les vaisseaux qui sont destines pour la garde-costes et les escadres pour tenir les mers libres, sf avoir, dis le mois de f^vrier ou au commencement de mars, et les faire demeurer en mer le plus tard, s^avoir au moins jusqu'^ la fin de chacune ann^e.
Dans toutes les occasions des voyages du Roy, soit dans les provinces, soit h la teste de ses armies, de combats, de prises de villes, et autres ^v^nemens favorables et extraordinaires de toute nature, il faut toujours en donner part dans tons les ports principaux ou le Roy tient des armemens de marine; h tons les officiers commandant les armies navales, escadres et vaisseaux s^par^s de Sa Majesty ; aux officiers Aes galores, aux lieutenans g^n^raux du Canada, isles de TAm^rique et des Indes orientales.
Dans les occasions des Te Deum, il faut faire la mesme chose.
Observer r^guli^rement et avec grand soin de ne faire jamais aucun m^moire sans y mettre la date. Mais il ne faut pas se faire dire tant de fois une mesme chose.
(Areh. de la Mar. Mss. originaax, Colbert et Seignelay» pieces /17 k 56.)