‹ Lettres, instructions et mâemoires de Colbert, publiâes d'apráes les ordres de l'empereur, sur la proposition de Son Excellence M. Magne, ministre secrâetaire d'etat des financesChapitre 91 sur 246 · SEN ALLANT INTENDANT DE LA JUSTICE, POLICE ET FINANCES EN CANADA · texte numérisé non relu

SEN ALLANT INTENDANT DE LA JUSTICE, POLICE ET FINANCES EN CANADA

( MiDu le autograpbe. )

Saint-Germnin , 5 avrii 1668.

PRIKCIPAUX POINTS ADXQUELS L*INTENDANT ENVOVi PAR LE ROY EN CANADA

DOIT S'APPLIQOBR.

Incontinent apr^s son arriv^e , il doit faire un r6le ou recensement g^ n^ral de tons les habitans du pays et marquer leur sexe, Age et estat, s*ils sont mari^s ou non, et combien ils ont d'enfans;

S'informer, tons les trois mois, du nombre des morts, des nouveaun^ el des manages;

Renouveler le recensement tous les ans pour connoistre si la colonie augmente.

L'augmentation de la colonie doit estre la r^gle et la (in de toute la conduite de Tintendant, en sorte qu*il ne doit jamais estre satisfait sur ce point, et doit s'appliquer incessamment k trouver tous les exp^diens imaginables pour la conservation des habitans et pour leur multiplication par les mnriages, et pour y en attirer de nouveaux.

Pour cet effet, il faut tenir soigneusement la main que la justice leur soit bien et promptement rendue , et sans frais;

Travailler incessamment h en bannir toute chicane et toute division;

' Des difHcult^s s'etant levees enire dance du Canada, M.deBouteroiie, qui yresla MM. Courcelles et Talon, ce dernier revinC en jusqu'au 1 o mai 1 669. Ce ne fut que te 9 avril France ei eut pour successeur, dans t^inten- de Tanndo ^uivante qu^il ropaasa en Franro.

COLONIES. /i03

Apaiser tous Icurs ditf^rends, tant g^o^raux que particuliers, en sorte qu'ils ne soyent divertis par aucune autre application qu'& la culture des terres, k leurs manufactures et au commerce;

Visiter souvent toutes les families, les exciter k la paix, h Tunion entre elles, s'informer de tous leurs besoins, les pr^venir et leur donner toutes les assistances qui pourront d^pendre des soins dudit intendant;

Avoir grand soin de tout ce qui concerne la sant^ des peuples, et, en cas de maladies populaires, en examiner et faire examiner les causes avec grand soin et y trouver les rem^des; comme aussy des maladies particulitres, estant n^cessaire que tous les peuples soyent persuades que leur conservation est tris-chire au Roy, n^cessaire et utile au public;

Observer la conduite des juges et des personnes publiques^ les avertir en cas de manqaemeas, et, s'il y avoit quelque d^sordre considerable, en donner avis au Roy;

Exciter, par tous moyens possibles, les peuples au travail, tant pour le d^frichement des terres que pour la bonne culture , k Testablissement des manufactures et k faire quelque commerce par mer;

Leur faire connoistre les grands avantages qu'ils recevroient en establissant les pesches s^dentaires dans la riviere de Saint-Laurent ^ , ou dans les roers voisines , et en envoyant leur poisson en France.

lis pourroient encore establir un autre commerce dans les isles de TAm^rique occupies par les Francois, en leur portant du poisson, des viandes et du bois de merrain dont ils ont besoin. «

Rechercher avec grand soin les mines qui peuvent estre dans le pays, comme cbarbon de terre, fer et plomb, et en establir le travail.

II faut prendre mesme soin , h proportion , de la conservation et multiplication desbestiaux n^cessaires^ la vie et k la culture des terres, comme chevaux , boeufs et vaches et moutons , que de celle de I'homme.

Conf^rer avec M. de Terron, k la Rochelle, sur tout qui se peut faire pour envoyer de ce pays-1^ les marchandises n^cessaires au bastiment des vaisseaux, comme fer, cbarbon de terre, bois de toute sorte, et prendre avec luy les mesures n^cessaires pour en faire amas et en envoyer.

A regard du spirituel, les avis de ce pays-l^ portent que T^vesque de P^lr^e et les J^uites y establissent trop fortement leur autorit<i par la crainte des excommunications, et par une trop grande s^v^rit^ de vie qu'ils veulent maintenir.

L'intendant doit observer tout ce qui se passe sur ce point sans prendre

' Fleuve de rAm^rique du nord qui sort dc I'extr^niite N. E. du lac Ontario ct so jelte dans le golfe qui porte son nom.

le party dc blasmer leur conduite, mais seulement en les eonsid^rant et les estimant comrae gens d'une pi^t^ exeroplaire et qui ont beaucoup contribu^ k la d^couverte et conservation de ce pays-l&; s'entremettre quelquefois et dans les occasions pour les porter k adoucir cette trop grande s^v^rit^, estant tr^s-important que lesdits ^vesque et J^uites ne s'aperfoivent jamais qu'il veuille blasmer leur conduite, parce qu'il se rendroit presque inutile au service du roy.

Observer de mesme la conduite du gouverneur et des officiers commandant les troupes et les habitans pour la guerre ^ se maintenir avec eux en grande intelligence, ne prendre jamais aucun party dans toutes les divisions ou g^n^rales ou particuli^res qui peuvent arriver, se tenir toujours en estat d accommoder toutes choses et s'entremettre toujours pour maintenir et conserver I'union et la bonne intelligence entre toas les corps et les particuliers du pays.

II a paru jusqu'^ present que la maxime des J^uites n'a point esi6 d'appeler les habitans naturels du pays en communaut^ de vie avec les Francois, soil en leur donnant des terres et des habitations communes, soit par T^ducation de leurs enfans et par les manages. Leur raison a est^ qu'ils ont cm conserver plus purement les principes et la saintet^ de nostre religion en tenant les sauvages convertis dans leur forme de vivre ordinaire qu'en les appelant parmy les Francois. Gomme il n'est que U*op facile k connoistre combien cette maxime est ^loign^e de ioute bonne con*duite, tant pour I9 religion que pour TEstat, il faut agir doucement pour la leur faire changer et employer toute I'autorit^ temporelle pour attirer les sauvages parmy les Francois, ce qui se pent faire par les manages et par r^ducation de leurs enfans ^

Le commerce du vin et des eaux-de-vie avec les sauvages, ce qui s'appelle la traite des boissons^, a est^ un sujet de perp^tuelle contestation

' Colbert suivait, en ced, ies errenients de ia charte de ia compagnie des Cent-Associes,

la politique de Richelieu , qui , sur la demande Mercure de France, xit , 9 A5. ) de Samuel de Champlain , arait iua^i^ dans * Voir^pi^en^^QQ, uaiongm^iiioireaarla

Facte de fondation de la compagnie de la Nou- traite des boissons. — D^s le 1 6 avril de Fann^

velle-France, en 1698, Tarticle suivant : pr^cedente, Colbert ^rivait 4 M. de Terron :

■ Les sauvages qui seront amends k la con- ffCorome Testablissement des brasseries qui

Doissance de ia foy et en feront profession se- a est^ fait en Canada a este jug^ tr^impor-

roDt census et r^put^ naturels Francois, et tant, tant pour retrancher une infinite ded^-

comme tela pourront venir habiter en France, sordres qui sont arrives par la trop grande

quand bon leur sembiera , et y acqu^rir, tester, quantity de vins ct d*eaux-de-vie qui y ont

succ^eretaccepterdonationset legs, tout ainsy est^ transports que pour conserver Targent

que les vraisregnicolesetoriginaires Francois, dans le pays, et que le conseil souverain de

sans estre tenus de prendre aucunes letlres de Quebec adonn^ un arrest en cetle conformite,

di^daralion ni de naturalite.7> (Article xvii de j^estime qu^il est bon que vous teniez la main,

eotre T^vesque de P^ir^e et les J^suites, et les principaux habitans et ceux qui trafiquent en ce pays-li. L'^vesque et les J^suites ont pr^tendu que ces boissons enivroient les sauvages, qu'ils n'y pouvoieat prendre aucune moderation, et que I'ivresse les rendoit paresseux k la chasse et leur donnoit toute sorte de mauvaises habitudes tant pour la religion que pour TEstal. Les principaux habitans et les trafiquans au contraire pr^tendent que Tenvie d'avoir des boissons, qui sont troqu^es chacunes, oblige les sauvages d'aller k la chasse avec plus d'application. 11 faut bien examiner ces deux sentimens, et que Tintendant en donne son avis rai* sonn^ au Roy.

A regard des monnoyes , il ne faut faire aucun changement considtirable dans un pays foible comme celuy-tii, mais il faut s^v^rement empescher que le mal (au cas qu'il y en ayt) n'augmente, et mesme travailler k le dinunuer insensiblement.

11 faut convier, par tons moyens possibles^ les habitans k establir leurs demeures ensemble pour former des villes et bourgades, afin qu'ils soyent plus en estat d'attaquer et de se d^fendre, et commencer k establir quelque police parmy eux ;

Prendre une exacte connoissance de tous les revenus publics; prendre soin de les porter k leur juste valeur, et que les deniers en soyent bien et fidMement administr^;

Examiner toutes les dettes du pays et chercher les moyens de les ac* quitter.

Pour conclusion, il ne faut pas qu'un intendant croye avoir jamais bien fait son devoir qu'il ne voye au moins deux cents families d'augmentation totts les ans dans ledit pays.

11 faut empescher autant qu'il se pourra la trop grande quantity des prestres, religieux et religieuses; il sudit qu'il y en ayt le nombre n^cessaire pour le besoin des Ames et pour 1 administration des sacremens.

11 faut, autant qu'il se pourra, procurer les manages des gar^ons k I'Age de dix-huit k dix-neuf ans, et des fiUes, k quatorze et quinze.

Le s^minaire de Saint -Sulpice ayant une habitation et mesme la seigneurie de Montreal , il faut prendre garde que I'intelligence et la bonne union se maintienne toujours entre I'^vesque de P^tr^e, les J^uites et eux.

(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi s. Colbfrl et StigneUnf, IV, coto i & , pi^ 3. — Areb. de la Mar. Ordret du rot pour lt$ compuguim d§» Indst, toL 86. -^M. Joobleau, Audes sur Colbert, II, 385. — Huloire de Colbert, page i8i.)

dans toute Testendue de voslre pouvoir, a ce que liJierte de faire leur commerce audit pays, n'y lesinarchands de la Bochelle , t}ui ont une pleiue portent que la plus petite quantity de boissons

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