‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 104 sur 470 · A M. DE MOYENNEVILLE · texte numérisé non relu

A M. DE MOYENNEVILLE

INTENDANT DES FORTIFICATIONS

Fontainebleau, 3i aoust 167».

Pour réponse à vostre lettre du a a de ce mois, je vous ay marqué, l'ordinaire dernier, que j'avois écrit à M. de Rouville 9 de vous donner toutes les assistances qui pourront dépendre de luy pour les escortes des voitures des matériaux dont vous avez besoin pour la fortification de la place

1 L'année suivante, c'étaient d'autres diflicultés au sujet des briqueteries , et Colberl d'écrire à l'intendant (ao mars) :

« Le sieur Garand me mande que les briqueteries de la porte Saint-Jean de Saint-Quentin sont très-mal placées , et que les briquetiere, pour les terres qui leur sont nécessaires, y ont fait des concavités qui pourroient donner moyen aux ennemis de se couvrir plus facilement.

«Il est importent que vous fassiez soigneu-

<|iiclorios peuvent causer, et que vous fassiez diligemment remplir les trous et concavités qu'elles peuvent avoir faits, et empeseber qu'il ne s'en fasse aucune dans toute l'estendue du plocis ni meame dans celle que les ennemis pourroient occuper pour le» approches de la

place. . . * ( Dtp. à M. He Bretsuil, i 676 , pièce

' Antoine d'Aumont , enfant d'honneur de Louis XIII, servit dès i6ai. Successivement capitaine des gardes du roi (i63a), gouverneur de Boulogne ( i635), lieutenant gt-m-ral des armées (16&6), maréchal de France ( 1 65 1 ) , gouverneur de Paris ( 1 66a ) , duc et pair de France ( 1 665 ). Il suivit Louis XIV en Flandre en 1 667, et à son retoor mourut d'apoplexie te 1 1 janvier 1 669, à l'âge de soixantehuit ans.

* Henri- Louis, marquis de Rouville, commandait les chcvau-légers, lorsqu'en i65i il fut nommé gouverneur d'Ardre». Il conserva ce gouvernement jusqu'à sa mort, arrivée le a8 novembre 1677. Il était âgé de soixantesept ans.

d'Ardres. Mais à I égard du pouvoir que vous me demandez à présent pour régler les amendes el les différons <|ui surviennent entre les paysans qui sont commandés pour le travail, c'est une chose que je n'ay point vu pratiquer jusqu'à présent. Ainsy je ne vois pas qu'il y ayt lieu de rien changer à ce qui est eslably ; el comme ce qui est de plus pressé est de faire fournir des charrois, en cas qu'il se commette quelque abus à cet égard, vous pouvez m'en donner avis, afin que le Roy y pourvoye.

Puisque, pour oster les armes du roy d'Angleterre qui sont sur le frontispice de la grande église de Calais, et y mettre celles du Roy, et pour réparer la brèche qui s'est faite au mur, il ne faut qu'une somme de '10 ou 5o écus, vous pouvez faire faire cette dépense. ..

( Dép»l d«w fortifient^.., . Mm. »o5 , i 675 , M. i j,4. )

Versailles, lU septembre 167.V Tous les mémoires que je reçois de M. de Vauban tesmoignent trop clairement que vous n'avez pas eu l'application nécessaire pour avancer les ouvrages d'Ardres et de Calais à proportion de ce que vous deviez, et des pressantes instances que je vous ay faites par toutes mes lettres.

L'excuse que vous prétendez estre bonne, que M. de Vauban ne trouve rien de bien failque ce qui passe par un autre canal1, n'est d'aucune valeur auprès de moy, et je ne vous conseille pas mesme de vous en servir jamais.

Il est difficile et mesme impossible de remédier au passé, mais vous devez employer toute vostre industrie et toute vostre application, nonseulement pour profiter des deux mois et demy de belle saison qui nous restent pour achever tous les ouvrages que le sieur de Vauban a réglés et proportionnés à ce temps, mais faire aussy toutes les diligences nécessaires pour les amas de matériaux, afin de, commencer dès le commencement du mois de mars prochain les ouvrages qui resteront. Ne manquez pas d'examiner avec soin tous les moyens que vous pourrez pratiquer pour cela et de m'en donner part; et pensez que vous ne pouvez avoir aucune excuse pour ne point faire ce que je vous dis, puisque vous estes assuré que MM. les ducs de Charost el d'Aumonl vous donneront toutes les assistances dont vous pourrez avoir besoin, soit pour les achats des matériaux , soit pour les fairo voiturer et par mer et par terre. Pensez

1 !>• «l.;partrm<'nl J«> Iximois

donc bien que le Roy, une seconde année, ne recevrait aucune excuse el que vous estes averty de bonne heure. Au surplus, je vous ay répété tant de fois d'exécuter ponctuellement et à la lettre les mémoires de M. de Vauban quo j'eslimc inutile de vous le dire encore.

J'oubliois de vous écrire, sur l'article concernant le prix des ouvrages de terre, de maçonnerie et autres d'Ardres, que mon frère m'écrit que vous ne donnez que 35 sols de la toise cube de terre, et que, dans toutes les autres places circonvoisines on en donne ko à 65 sols. C'est à vous à bien examiner ce point, estant certain que, quand les entrepreneurs ont la conduite et l'industrie nécessaires pour bien establir les ouvrages et les faire faire avec toute l'économie possible, lorsqu'ils n'y gagnent pas, et mesme qu'ils y perdent, il faut qu'ils fassent banqueroute ou qu'ils fassent de mauvais ouvrages; en un mot, cela ne peut pas subsister et retourne contre le roy. (l'est à vous à voir à quelle distance est la portée des terres, et si les entrepreneurs y apportent toute l'économie qu'il est possible; parce que s'ils agissent de celte sorte et qu'ils perdent, il faut assurément augmenter le prix desdits ouvrages pour qu'ils soyent bien faits et avec diligence. Vous devez observer la mesme chose pour les ouvrages de maçonnerie et eharpenterie.

(DépMd«s fortifications . Mm. »o6, 1676, loi. 9<mi.)

Page 1