‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 127 sur 470 · A M. DE SEUIL · texte numérisé non relu

A M. DE SEUIL

INTENDANT A BREST

Versailles, i4 octobre 1676.

Le Koy a esté fort étonné, et moy encore plus, quand Sa Majesté m'a dit qu'elle estoit informée qu'à vostre vu et à vostre sçu le sieur de Saintré, lieutenant du roy à Brest, avoit vendu et vendoit encore publiquement les pièces et matériaux d'une enceinte de bastions de la ville de Brest, que M. le cardinal de Richelieu avoit fait faire.

Je vous avoue que la surprise du Roy a esté grande , et la mienne n'a pas esté moindre, vu qu'estant sur les lieux et vous ayant donné le soin des ouvrages qu'il y a eu a faire à cette place pour les fortifications, l'on ne peut quasy pas se persuader qu'un désordre si extraordinaire de cette nature se soit passé à vostre vue, sans que vous en ayez donné aucun avis.

Sa Majesté veut donc que, sans en rien faire connoistre au sieur de Saintré, vous me fassiez sçavoir précisément et certainement si cela est vray ou non; en cas que cela soit véritable, que vous m'informiez exactement de tous les ouvrages que ledit sieur de Saintré a démolis, de la

Évéchés el en Bourgogne , pour lever les plans des places fortes de ces pays et en composer un allas destiné au Roi.

' Huit jour» après, Colberl lui écrivait encore :

* Je suis surpris que vous n'ayez pas Tait plus de diligence. J'ay peine à croire que, si vous n'allez plus vile, vous puissies avoir achevé vos- Ire travail dans deux mois ou deux mois et denty, ainsy que vous me Paviez promis, »

El, le 19 novembre : "Je suis étonné que vous ayez passé six jours de beau temps à lever le plan d'Amiens, vu que celte place n'est pas a présent de grande conséquence. Vous auriez bien mieux fait de lever celtiy de Péronne et de Saint-Quentin, d'autant plus que vous auriez pu aller une autre fuis à Amiens. . . •> ( Dépôt de* jortif. 1676, fol. ai8 et afia.) — Voir pièce n* 1 Go, et note.

quantité de matériaux qu'il a vendus, et combien a peu près il peut en avoir tiré. Et pour vous faire connoistre que Sa Majesté est bien informée de çe désordre, elle m'a dit que l'église et le logement des Carmes en estaient bastis.

Au surplus, prenez garde que le sieur de Sainlré ne sçachc pas que je vous ay écrit, ni que vous ayez ordre de vous informer, jusqu'à ce que \c. Roy vous ordonne de le rendre public et d'en parler1.

(Dépôt île» fortifications. Mss. so6, 1676, fol. si5.)

1f>7. A M. DE MORANG1S,

li\TKM>A!\T A METZ.

Versailles, 17 octobre ilï^fi.

Ce n'est que pour satisfaire à ce que je vous écrivis l'ordinaire dernier, que je vous feray sçavoir les intentions du Roy sur les travaux de Verdun, après avoir vu et examiné les mémoires du sieur Ferry, ce que Sa Majesté fit hier au soir : elles sont donc de continuer à travailler fortement à Verdun pendant l'byver.

Comme il y a beaucoup de terre à remuer, et que le sieur Ferry a dit au Rov qu'on n'y manquerait pas d'ouvriers, Sa Majesté a résolu de faire le fonds nécessaire pour avancer extrêmement tous les ouvrages {le terre pendant cet hyver, tant à la citadelle qu'à la haute et basse ville. Ainsy vous devez, dès à présent, prendre vos mesures, suivant que je l'ay dcsjà écrit, pour faire travailler les corvées et faire des marchés pour les remuemens des terres aux meilleures conditions qu'il sera possible. Ce doit eslre là le sujet de vostre application, n'y ayant point d'ouvrages où l'industrie des entrepreneurs se fasse plus connoistre et soit plus nécessaire, parce que tel entrepreneur gagne en transportant une toise de terre, selon sa distance, à Uo sols, qu'Ain autre s'y ruine à un écu*. Et comme en ce pays-là je ne doute point que vous n'ayez des entrepreneurs habiles, et les ouvrages y estant aussy à très-bon marché, à quoy ajoutant les corvées, Sa Majesté ne doute pas que vous ne puissiez avancer tous les ouvrages des terres consi-

1 Aui explications fournies par l'intendant, Colbert répondit le 5 novembre :

«J'ay lu au Roy le mémoire «pie vous m'aveï envoyé »ur le sujet des matériaux de la fermeture de la ville de Brest. Je dois vous dire que Sa Majesté a fort bien remarqué dons le style de ce mémoire que vostre intention n'a pas

esté do dire la vérité, et qu'elle a este d'cicuser le sieur de Sainlré. Si vous m'en voulea faire sçavoir la vérité en secret, comme vous le devez , cela sera bien; sinon je i'apprendray d'ailleurs...- {Dépôt InfartiJ. 1676, fol. a38.) — Voir la note de la pajje 1 hfi.

* Voir pièce 11" 1 â 1 .

dérableinenl pendant rcl hyvcr, cl vous devez estre assuré que le fonds ne vous manquera pas.

( Dépit drf rorUfkaUon* , Mm. aoC , , 676 , fol. »«o.)

Saint-Gwmain, 18 janvier 1677.

Quoyque M. de Vauban vous ayt dit toutes ses pensées et tout ce qu'il y avoit à faire dans les places de Metz, Toul et Verdun, et que Sa Majesté les ayt approuvées, et que je vous aye écrit par son ordre qu'elle vouloit que tous les mémoires et pensées dudil sieur de Vauban fussent exécutés, je ne laissera)' pas de vous répéter que vous devez surtout réformer les marchés de la maçonnerie ainsy qu'il vous a dit : c'est-à-dire qu'il ne faut pas en faire un pour les matériaux et un autre pour les ouvrages, parce que cello division ne peut jamais estre avantageuse nu service du roy.

Sa Majesté veut de plus que vous donniez au capitaine suisse Salzkeber les ouvrages que le sieur de Vauban a estimé à propos, en tirant de luy les meilleures conditions que vous pourrez pour Sa Majesté.

Le sieur de Vauban vous a aussy dit que vous deviez décharger l'entrepreneur de tous les dédommagemens et payemens des terres qu'il luy convient prendre, tant pour tirer des matériaux que pour ses chemins, estant nécessaire que vous en chargiez le roy, et que pour faciliter l'entrepreneur vous fassiez les accommodemens par autorité, afin qu'il s'applique uniquement à bien avancer ces ouvrages.

Sa Majesté veut de plus que, pendant tout le temps que dureront les ouvrages de maçonnerie des trois places de Metz , Toul et Verdun , vous fassiez une défense très-expresse dans ces trois villes et dans tout le pays des Trois-Éveschés , de faire aucun ouvrage de maçonnerie de quelque qualité qu'il soit, afin que tous les ouvriers qui se trouvent dans tout le pays soyent obligés de venir se rendre dans les ateliers du roy.

(Dépôt d« fortincaiiwM, Mm. 90b, 1C77, M. i4.)

1 69. — A M. DE MOYENNEVILLE,

INTENDANT DES FORTIFICATIONS

Sainl-Gcmiain , o* jnmier 1C77.

Je suis fort étonné de n'apprendre aucune de vos nouvelles et de vous

seavoir à Amiens dans un temps comme celuy-cy, où il seroit absolument nécessaire, pour le service du roy, que vous fussiez à Calais pour travailler incessamment à faire faire des amas de matériaux el vous mettre en estai de faire commencer les ouvrages aussylost que le temps et la saison vous le pourront permettre; et comme je trouve qu'en cela il y a beaucoup de négligence de vostre part, et que le service du roy ne doit pas se faire avec négligence , vous ne devez pas tarder un seul moment à vous y en aller.

Vous ne manquerez pas de fonds, puisqu'au premier avis que vous me donnerez que vous en avez besoin de nouveaux , je vous en enverray promptement. Mais prenez bien garde de ne pas vous faire écrire deux fois de vous en retourner dans la place de Calais1.

( Depot de* fortification». Mu. ao5, 1677, fol. to.)

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