A M. BAZIN
I INTENDANT A MKTZ.
Saint-Germain , 90 niay 1678.
Après avoir soigneusement examiné les deux mémoires que vous avez envoyés à mon fils, signés tous deux du sieur Niquet seulement, et après avoir fait voir au Hoy tous les articles qui les composent , Sa Majesté a jugé que les sommes demandées pour achever lesdits ouvrages ne pourraient pas estre fournies cette année , et ainsy, après avoir fait choix des ouvrages qu'elle peut et veut faire achever l'année présente, et de ceux qu'elle veut remettre à l'année prochaine, elle m'a ordonné de vous envoyer les deux estais cy-joints qui ont un rapport entier auxdits deux estats que vous m'avez envoyés, et auxquels Sa Majesté veut que vous vous conformiez exactement.
Vous trouverez aussy cy-joint un mémoire particulier qui a rapport à ces estats, et qui vous fera connoistre le temps auquel les fonds qui ont esté résolus par le Roy vous seront remis , et dont vous pouvez faire un
' Voir pièce n .90. - ' Voir piè™ n' 18A.
estât certain. Comme ils montent à i 8,000 livres par semaine, Sa Majesté désire que vous preniez bien vos mesures et que vous donniez vos ordres justes à Niquet pour avoir le nombre d'ouvriers et tous les matériaux nécessaires pour bien employer cette somme, et faire en sorte que Sa Majesté ayt satisfaction de tous ces ouvrages. Sur quoy vous devez observer que, cette année, il aura esté employé plus de 000,000 livres pour cette seule place, et que Sa Majesté n'a point encore donné aucun fonds aussv considérable que celuy-là pour aucune des places au dedans du royaume.
Sa Majesté m'ordonne aussy de vous dire qu'elle a esté surprise de voir une si prodigieuse différence entre les mémoires du sieur de Vaubau et ceux du sieur Niquet. Comme elle ne peut pas ajouter aucune foy à ce que dit ce dernier, ni diminuer la créance qu'elle a en ce que dit le sieur de Vauban , elle veut que vous teniez toujours la main à ce que Niquet ne s'écarte en aucune façon du contenu aux mémoires du sieur de Yauban, et que vous vous défiiez de l'esprit du sieur Niquet, qui a toujours paru emporté en bonne opinion de luy, sans beaucoup de fondement.
Si vous estes encore à Metz, il seroit bien nécessaire que vous entrassiez vous-mesme en détail dans la connoissance de ces prodigieuses différences1.
(Dépôt de* fortiflMtion*. Ms». «oà, 1678, M. 13» )
IVrKMH.Vr DES FOUTIFICATIONS.
Sainl-Gcrmaiu, 1 1 juin 107S.
Les fréquentes brèches qui arrivent aux murailles et bastions de Cliarleville me donnent beaucoup de sujet d'appréhender que, n'ayant esté bastiesque par ostentation par M. le duc de Manloue, lorsqu'il estoil en France, et pour une représentation de souveraineté, soit à l'égard des fondations,
1 A chaque instant , CoIImtI était utilisé de relever les façons d'agir de Niquet. Ainsi, le 1 1 février 1 677, il avait écrit à l'intendant :
«Je m'étonne de la prétention ridicule de Niquet sur le sujet de la pierre qui se trouve dans la démolition des maisons et dans l'excavation des terres. Il faut bien vous donner parde de croire ce que les ingénieurs tous disent sur ce sujet , et tenir pour maxime certaine qu'ils ne doivent loucher autre chose que h* appoiulemens que le Rov leur donne. «
Le ji décembre de la même année, il lui écrivait enrore:
ffllnefaulplussouflrïrque les travaux soyent fait», ni à la journée du roy, ni par économie, qui sont des manières du sieur \iquet, qui ne tendent n autre chose qu'à mettre de la confusion dans la dépense, et ne peuvent jiimaisestre avantageuse* au roy... * ( Dcjtolile* Jortif. 1 G77, fol. 'i.'< .'I 'i.tu ) — Voir pièces n" 1 '17. 171 et notes.
soit à féga*d de l'épaisseur pour soutenir l'augmentation de charge qui leur a esté donnée par l'élévation des murailles et les terre-pleins des remparts, il n'arrive <|ue ces brèches succèdent les unes aux autres jusqu'à ce que tout le tour de la place soit entièrement tombé , et inesme que les réparations do ces brèches estant faites sur les mesmes fondations ne se trouvent pas assez fortes et tombent aussy successivement, en sorte que ce ne soit jamais fait. C'est pourquoy il faut s'éclaircir bien à fond de la qualité de ces murailles, et en avoir l'avis de tout ce qu'il y a d'habiles gens en toute l'estendue de la frontière de Champagne. Pour cet effet, le Roy veut cpie le sieur Ferry su rende sur les lieux avec les sieurs Raulet et Thuillier, et que vous preniez encore deux ou trois architectes et maçons les plus habiles de toute la frontière pour examiner le tout et avoir leur avis.
M faut pour cela faire divers profils exacts de la contrescarpe, du fossé, de la muraille et du rempart.
Faire cinq ou six trous à l'entour de la place, qui percent jusqu'aux premières assises de la fondation , pour en connoistre la profondeur.
Examiner aussy de quelle matière sont ces fondations, si le mortier en est bon ou non, et les différentes épaisseurs que la muraille a en toute sa hauteur. 11 faut également examiner si la muraille est coulée ou s'est renversée tout entière avec ses fondations dans les brèches, ou à quelle hauteur elle s'est soutenue.
Examiner pareillement tout ce qui concerne les terres; et après avoir bien examiné le tout, il en faudra dresser un procès-verbal, et que tous ceux qui y seront donnent leur avis sur tout ce qui est à craindre et sur tout ce qui est à faire pour y remédier.
(Dépôt des fortifications . Mm. aoû, 1678. M. )
207 —AU SIEUR NIQIET,