AUDITEUR DE ROTE A ROME
Paris, 1 1 avril «6(19.
J'ay reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrirc du 1 a du mois passé. J'ay esté Irès-ayse d'apprendre qu'il y ayt quelque apparence de pouvoir acheter les statues de la vigne du prince Ludovisi 1 ; et comme les occasions de faire de semblables achats ne se rencontrent pas toujours et qu'il est bon d'en profiter pour l'ornement des maisons royales, je vou» prie de vous appliquer avec soin à en conclure le marché à un prix raisonnable. Pour cet effet, comme jo ne doute pas que le sieur Krrard ne soit à présent délivré de la fluxion qui luy estoit restée de sa maladie, et qu'il ne soit en estât d'agir, il sera bon que vous confériez, s'il vous plaist, avec luy et le sieur Girardon", tant sur la beauté de ces statues que sur leur prix, et tnesrac que vous preniez sur le tout les avis de M. le cavalier Bernin.
Vous me ferez aussy un singulier plaisir de me mander en quoy consiste le palais dudil prince Ludovisi, combien il peut couster, tant pour l'achat, en Testai qu'il est à présent, que pour l'achever de tout point. Mais il importe beaucoup qu'en prenant cet éclaircissement, vous observiez de ne faire aucune démonstration que le Roy ayt envie de l'acheter, afin qu'on ne puisse pas s'en prévaloir pour le vendre plus cher*.
(Bibl. Imp. Mis. 5oo Coibort, vol. 9«4 , Dépêche» ccmctmnnt h commerce , fol. 54. — Depping, CamtpwAanct adminittrattte mm Louù XIV, IV, 666.)
1 Voir III , Instruction* à Seignelay {Voyage rn Italie), In noie de la page a 3 fi.
* François Girardon, né a Troyes, le 17 mars 1698, avait été envoyé à Rome pour travailler sous la direction du Bernin. Membre de l'académie de peinture et de sculpture en 1657, professeur en ifi'jg, adjoiut au rec leur en 167a, recteur en 167/1 et chancelier en ifio.5. A la mort de Le Brun, Louis XIV donna a Girardon la charge d'inspecteur général de tous les ouvrages de sculpture. Mort le 1" septembre 1 7 1 5.
J Le prix était sans doute asset élevé, car. le 7 juin suivant, Golbert répondit à l'abbé de Rourlemont :
«rQuoyquo je fusse bien ayse de les acheter ( le poluis et les statues) pour le Roy , je ne suis pourtant pas résolu d'en donner an delà de leur juste valeur; c'est pourqiioy j'estime qu'il faudra laisser ceui qui sont chargés de celte vente quelque temps hors d'espérance de I1* pouvoir vendre à 8a Majesté; d'autant plus que je ne crois pas qu'il y ayt beaucoup de fieii* n Rome qui puisw'tit en donner un prii
DIRECTEUR DE L'ACADÉMIE DE FRANCE A ROME1
Paris, 96 ma y 1669.
Le sieur Girardon est arrivé icy, qui m'a appris Testât de vostre santé, de laquelle je souhaite fort le restabtissement, afin que vous puissiez estre en estât de continuer vos services au Roy. Je ne doute point que ledit Girardon n'ayt beaucoup profité dans ce voyage, et je m'attends bien que ses ouvrages en recevront beaucoup de perfection 2. Je fais estât d'envoyer, l'automne prochaine, un autre de nos meilleurs sculpteurs, afin de les perfectionner tous et les faire travailler à l'envy l'un de l'autre ; j'observeray régulièrement cet ordre tous les ans.
Continuez à exciter le cavalier Bernin de travailler à la statue du Roy à cheval3; et, quoyque vous le voyiez peut-estre éloigné et peu affectionné à ce travail, ne laissez pas de luy en parler de temps en temps, sans vous rebuter. Peut-estre qu'avec le temps et la patience nous luy donnerons envie de s'y appliquer.
Continuez aussy à faire travailler à mouler tout ce qu'il y a de beau à Rome, sans y perdre un seul moment de temps, d'autant que peut-estre, dans un changement de pontificat, nous n'aurions pas les mesmes facilités que nous avons sous celuy-cy.
Pour ce que vous avez desjà d'achevé , je suis d'avis que vous écriviez à M. Arnoul *, pour vous envoyer un bastiment propre pour charger les creux et les reliefs en piastre, et les apporter par le détroit à Rouen.
si «orbitant que celuy que vous me marquez. cl n'arriva à Paris que quatorze ans plus tard. Je me remets entièrement à tous de la conduite !/«• 9 octobre 1 683 , Louvois écrivait à Pinten-
de celle affaire.» (5oo CoUxrt, vol. aoo, fol. dant de marine à Toulon : «-Je vous prie de
196.) - Voir pièce n* 47 et note. me mander ni vous n'avez point connoissanco
1 Errard (voir III, Marine, p. i3a) était que M. Colberl eust pris quelques mesures
parti de Paris , avec doiiie étudiants , au mois pour faire embarquer à Civita-Vecchia la 1
de mors 1 666. Il resta à Rome jusqu'en 1 673 , du Roy ù cheval , que le cavalier Bernin a faite. *
époque à laquelle il fut remplacé par Coypel. — L'ingénieur Jacomo Uorsachi fut chargé d'ac-
Ën 1675, il fut envoyé une seconde fois à cumpagner cette statue de Civita-Vecchia an
>, avec le titre de directeur de l'académie, Havre, et l'on voit, dans les registns des dé-
et y resta jusqu'en 1 683. penses des bâtiments du roi , qu'il lui fut alloué
* Nous publions n l'Appendice, a la date du 33o livres par mois durant tout ce voyage.
3 avril 1 669 , une lettre adressée par Errard à Une fois à Versailles , la statue déplut tellement .
Colbert, au sujet de Girardon. qu'après y avoir mis nnc téte de fantaisie, on
1 Cette statue, dont il est si souvent ques- la relégua au bout de la pièce d'eau des Suisse»,
tion dans les lettres de Colberl et que l'on on elle est encore, attendait avec tant d'impatience, ne fut pas « Intendant des galères à Marseille,
commencée ( p. 99a . note 1 ),
J'écris audit sieur Arnold de tenir correspondance avec vous sur ce sujet, et de vous envoyer les vaisseaux que vous luy demanderez Faites-uioy sçavoir le nombre des pièces que vous aurez à envoyer, et leur volume, afin qu'il puisse vous envoyer un vaisseau propre et assez grand.
J'estime que nous pouvons establir cet ordre, que tous les ans, environ le mois de juin , nous vous enverrons un basliment pour embarquer tout ce que vous aurez fait mouler pendant le cours de l'année, dont vous m'enverrez le mémoire exact tous les ans, environ le mois de mars ou d'avril.
Faites-moy sçavoir si vous avez fait quelque chose pour l'achat du palais du prince Ludovisi, ensemble ce qu'il y a de beau dans sa vigne.
Travaillez avec soin au restablisscment de vostre santé, et soyez persuadé que j'y prends beaucoup de part.
11 sera nécessaire que vous preniez le soin vous-mesme de faire emballer et encaisser tout ce que vous enverrez, et mésme que vous le fassiez charger, s'il est possible, dans le vaisseau, et que vous mettiez toujours quelque sculpteur pour l'accompagner; et, en cas que vous n'en ayez point, en me le faisant sçavoir, j'enverray toujours d'icy quelqu'un.
(Bibl. Imp. Mm. Boo Olhert, vol. loi , Dépéck* contcm«nt U commerce, M. , ,6.)